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lundi, octobre 27, 2008

Les Neg Marrons

Les Neg Marrons
ils sont actuellement en " tournée sacrée" dans toute la France.
De plus leur album est sorti le 30 juin, il est donc toujours disponible chez tous les disquaires.

Il suffit d’atterrir à Kingston ou à Montégo Bay pour comprendre : ici le Reggae music est partout, intense et transcendant, identitaire et profondément enraciné dans la culture populaire. Bien plus qu’une musique, il s’agit d’un véritable style de vie, qui brille aussi bien dans la pupille d’un vendeur de papaye au coin d’un boulevard de Kingston, que dans le sourire édenté d’un vieux paysan chevauchant son âne dans les collines d’Ocho Rios .

Pour un artiste, l’île de Marley est aussi fascinante que dangereuse.

Dangereux parce que le raggae s’avère si puissant qu’il vous renverse et vous submerge comme un cyclone caribéen.
Les Neg Marrons le savent ils ont donc intelligemment et patiemment attendu près de dix ans de carrières, et deux albums certifiés or et double or, pour affronter cette tempête culturelle.
« On voulait avoir engrangé une expérience avant de se frotter aux Jamaïquains, voilà pourquoi nous n’y sommes pas allés plus tôt » explique jacky. « Ce voyage était une volonté de revenir à la source de cette musique pour travailler avec les plus grands ». Et Benj de continuer : « musicalement ça nous a permis d’atteindre une autre dimension. Mais nous ne nous sommes jamais pris pour des Jamaïquains. On a jamais voulu faire comme eux, et d’ailleurs nous sommes arrivés au studio avec des maquettes déjà bien avancées.

Cette première aventure jamaïquaine prouve aussi la volonté du groupe de refuser la facilité, c’est-à dire de ne pas appliquer systématiquement les formules de l’album précédent, pourtant couronné double or ( 214 000 exemplaires vendus).

En écumant les studios de kingston, les Neg’ Marrons firent donc leur marché et choisirent les meilleurs fruits pour composer leurs nouvelles recettes. Ils engagèrent le fameux Frenchie ( réalisateurs des albums de Raggasonic) pour « sa patte de programmateur, l’énergie de ses instrus dancehall ». Ils y retrouvèrent aussi le producteur Tyrone Downie qui officiait déjà sur leurs précédents opus, ainsi que des musiciens légendaires comme Sly and Robbie( BLACK UHURU, label Taxi, etc...) une rencontre fortuite avec Mister Vegas se transforma en combinaisons explosives sur « tout le monde debout ». Et plusieurs soirées à côtoyer Beenie man , Elephant, ou Capleton( star des scènes dance hall en Jamaïque) laissent penser que d’autres collaborations suivront…

« On est satisfait de ce voyage parce qu’on a réussi à vraiment partager une vibration… ce disque sent bon la jamaique et à la fois c’est toujours 100% neg marrons ».

Il restait ensuite à mixer tout ça, sans dénaturer les épices originaux fraîchement cueillis dans les studions de kingston . Pour cela, le groupe invita l’un des meilleurs artistes reggae à venir mixer cet album à paris : Fatta alias lynford fatta marschall, propriétaires des labels Fat Eyes et Black Diamond ainsi qu’éminent producteur et mixeur de certains des meilleurs albums du genre (comme ceux de culture, THIRD WORLD, il mixa aussi les tubes internationaux « murder she wrote » de Chaka Damus & Pliers, le remix de « informer » de snow etc.…
« Héritage »avait définitivement capturer la chaleur du son jamaïquain moderne, la rondeur des basses et la dynamisme des arrangements.

Ainsi, les deux dompteurs de micros méritent plus que jamais leur réputation « d’artiste tout terrain, à l’aise dans chaque situation » comme le clame jacky. Qui à part eux serait capable de s’aventurer jusqu’au fin fond de la jamaïquain pour enregistrer avec les pires « rude-boys », et ensuite de chanter l’amour avec une extrême déviation sur le titre « juste pour toi » featuring kwin ? Qui oserait enchaîner de violentes sessions de hardcore (dead), et un titre intimiste comme « héritage » sur fond de guitare sèche façon Tracy Chapman ?

Ce troisième album est sans doute l’un des plus aboutis qu’un groupe francophone ait jamais réalisé.Cet « Héritage » est d’abord musical ; il représente à la fois le résultat de 10 années de travail pour le duo, et même pour tous les jeunes groupes qui essayent à cette musique. Il restera probablement comme une pierre d’angle, un virage important sur la route du raggae Français. Il synthétise à la fois l’expérience du passé et ouvre une nouvelle ère comme un pilier sur lequel on s’appuie pour bâtir de nouvelles fondations.

En 15 morceaux, le duo étale son arsenal technique verbales et de virtuosité mélodique, démontrant que les trois années écoulées depuis « le bilan » ont été parfaitement mises à profit pour aiguiser leur talent.

Jacky et Benj sont aujourd’hui de bien meilleurs producteurs ( cf.leur production sur leur label Première classe) de bien meilleurs animateurs (cf.leur émission « couvre feu »tous les mercredi sur Skyrock), de biens meilleurs paroliers ( cf.le titre « héritage ») et de bien meilleurs paroliers ( cf.le nouveau single « Une vie meilleure »)Tout cela en conservant l’esprit hédoniste propre au reggae, ainsi que la volonté permanente de transmettre des émotions « insiste benj » ce que l’on souhaite avant tout , c’est réussir à toucher les gens en les faisant danser ou en les faisant réfléchir. Mais on veut réussir à les faire bousculer d’une façon ou d’une autre.

Ce voyage dans le berceau du reggae a également suscité de nouvelles envies, notamment celle de véritablement « mettre en scène » cet album. Après avoir longuement observer les Wailers en avant leurs premières parties, les Neg Marrons ont désormais constitué leur propre groupe de musicien. « Les gens pensent souvent qu’on est resté à l’étape des sound systèms. Du coup ils nous identifient parfois comme un groupe de rap, alors qu’on défend vraiment le reggae et le raggae hip hop. C’est très important pour nous, c’est une sorte de mission »

En mission, le duo de Garges-Sarcelles l’est depuis le premier jour de leur carrière. Et pas seulement pour le reggae, mais surtout pour leurs familles, leurs amis, et toutes les minorités.

Jacky Brown le capverdien alias « la voix du ghetto » et benj le congolais alias « l’enfant du peuple », chantent toujours pour ceux qui n’ont pas la parole. Ils roulent toujours avec le Secteur Â, ils revendiquent toujours leur culture de cité (ce qui ne les empêche pas de « rêver d’une vie meilleure avec beaucoup plus d’amour dans les cœur »). Bref si la musique et l’écriture ont évolué, le fond du message reste le même. « Notre force vient toujours d’en bas et on ne l’oublie pas » disent ils sans vergogne. Et comme le chante Jacky « chaque société hérite de la jeunesse qu’elle mérite ». Mais bien plus qu’un message social, c’est une aventure humaine dont le groupe témoigne à travers ce nouveau disque. La chanson « héritage » se comprend à un niveau individuel ( celui de leur propres familles respectives) et collectif ( celui de toutes les minorités sur le territoire français). Il est ici question de sacrifice parental, d’espoir et de patrimoine communautaire… le fruit d’une introspection si profond que chaque rime mérite d’être décortiqué avec minutie. Un titre écrit avec le sang, chanté avec les tripes et qui s’écoute avec le cœur.

Sans pondérer leurs vérités, les deux Neg’ assument haut et fort leurs origines, leurs quartiers, et leurs passés. Pour preuve ils continuent aussi de pousser de nouveaux talents Gargeois comme l’excellent raggamuffin Faya D sur le titre « pyromane » et restent fidèle à leurs éternels complices tel Pit Baccardi et Arsenik en combinaison sur « Dead ».

Les Neg Marrons méritent plus que jamais leur nom de scène. En patois jamaïquains « marroons » signifie « indomptables ». C’est ainsi qu’on surnomme les esclaves rebelles, qui profitèrent des affrontements entre britannique et espagnols au milieu du XVIème siècle, pour s’insurger et prendre les armes face aux collons Européens. A leur, les Negs marrons combattent aussi pour un monde plus juste et plus équitable. A cette époque moderne, les vrais révolutionnaires ne portent pas forcément un flingue à la ceinture. Mais ils serrent le micro dans leur poings comme on agrippe les rennes de sa destinée.

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