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mercredi, novembre 19, 2008

Damian Ortega

Damian Ortega Champ de vision12 nov. 2008 - 09 févr. 2009 Paris. Centre Pompidou

«L’installation Champ de vision, conçue spécialement pour l’Espace 315, s’inscrit dans l’ensemble des oeuvres qui conscientisent la question de la perception visuelle, comme Circular Perception en 19991. À l’entrée de l’exposition, l’ensemble des molécules constituant la matière connue est présenté sous la forme de petites maquettes, disposées sur des étagères en forme de spirale.

Puis, dans un espace de près de deux cents mètres carrés, le spectateur découvre une installation réalisée en modules de Plexiglas, de différentes couleurs et différentes tailles, composés chacun de deux rondelles encastrées l’une dans l’autre et formant un objet sphérique, suspendus dans l’espace selon la projection au sol d’un long triangle s’amenuisant vers le fond. Ces modules alignés libèrent des espaces entre chaque nouvelle ligne d’accroche, permettant au spectateur de sillonner à l’intérieur de l’installation. Il se trouve ainsi immergé dans un environnement associé mentalement aux molécules chimiques présentées à l’entrée, comme si la matière avait été étirée dans de gigantesques dimensions. Puis il est invité à passer derrière une cimaise qui révèle en son centre une infime ouverture, un trou muni d’une lentille qui permet de voir ce que l’on vient de traverser. Dans l’oeil du spectateur se forme alors l’image d’un oeil, composée de l’ensemble des modules formant à cette distance des pixels de couleur. Ce tour de force met le spectateur face à l’outil de sa perception, et à la question même du point de vue.

Ortega propose ici moins des objets qu’une expérience de leur perception, qui dépasse l’objet même, pour offrir un savoir sur l’objet. L’oeil qui regarde est confronté à sa propre représentation et au processus même de son fonctionnement. Cette installation explicite certaines découvertes des neurosciences depuis les années quatre-vingts, à savoir qu’on distingue une forme après une couleur, que les lignes n’existent pas, et qu’il n’existe que des formes et des couleurs. Pour Ortega, le réel est donc par essence voilé. Cette oeuvre contribue à mettre en lumière la conviction de l’artiste selon laquelle la définition de la réalité demeure problématique.

En insistant sur la relativité du point de vue, Ortega propose à travers l’installation Champ de vision, une vision de l’homme qui, au-delà de la question optique et cinétique, dessine un nouvel humanisme à l’ère de la fin du matérialisme mécaniste. La vision d’Ortega s’articule, en effet, autour de la personne humaine, invitée à dépasser son expérience des objets pour vivre un autre type d’événement. Qu’il s’agisse d’une méditation sur la matière, le cosmos, le langage, la perception ou encore les réalités politiques et sociales du monde capitaliste, cette vision est ponctuée de clins d’oeil, comme celui que le spectateur est invité ici à former pour voir autrement ce qu’il a d’abord cru découvrir.»2

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