Comment s’est passée la rencontre avec Agnès Jaoui et
Jean-Pierre Bacri ?
Nous avions fait une séance d’essai, Agnès Jaoui et moi, avec la
complicité de Brigitte Moidon. Jean-Pierre Bacri , je l’ai rencontré
pour une première séance de travail. D’emblée, ils étaient
chaleureux, ils avaient vu certains des films auxquels j’ai
participé. À partir du moment où ils vous ont choisi, la
confiance qu’ils vous font est énorme. Ils ont une façon
si fraternelle de vous accueillir sur leur projet que vous
avez l’impression de faire partie de la famille ! C’est très
touchant.
Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario ?
J’avais l’impression de lire de la musique. Le cinéma
dAgnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri est extrêmement
délicat et précis sur les tempi, les changements d’humeur,
de sensations. Tout est raconté sur des airs tantôt d’une
profonde tristesse, tantôt mélancoliques. Leurs dialogues
sonnent tour à tour comme du blues, une balade ou du
swing. Dans leur texte, il n’y a pas une virgule à bouger.
C’est délicieux, «y a plus qu’à»... s’amuser.
Comment s’est passé le tournage ?
Quand Agnès est concentrée sur son travail de comédienne,
il y a toujours Jean-Pierre Bacri qui veille, regarde, écoute...
J’adore leur numéro de duettiste, je le trouve délicat et
drôle. Agnès gère l’aspect technique du film, la caméra,
les décors, la lumière, les costumes... Jean-Pierre est très
présent sur le tournage, très impliqué dans la direction
d’acteurs.
Qu’est-ce que vous vous racontiez sur votre personnage ?
Au départ, je m’étais dit que mon personnage pouvait
être architecte mais Agnès m’a dit : «Moi, j’ai pensé :
journaliste.» C’était drôle qu’elle me dise ça car je rentrais
à l’instant du Rwanda où je venais de jouer un journaliste
dans OPÉRATION TURQUOISE d’Alain Tasma. Je sortais de
l’avion, je n’avais pas eu le temps de repasser chez moi,
j’étais habillé un peu «brousse»... Agnès m’a d’ailleurs
demandé de reporter les fringues de ce voyage pour le
film ! Et je me suis raconté qu’Agathe étant une politique
et lui grand reporter, ils ont toujours un grand plaisir à se
retrouver mais qu’il y a un côté aérien dans leur relation.
M’imaginer qu’Antoine revient du Rwanda, n’était pas
indifférent non plus. Cela lui donne une forme de gravité
et une philosophie : il est à un moment de son existence
où il se dit qu’on n’a qu’une vie et qu’il important de ne
pas louper le coche de leur couple. Je me sens très proche
de mon personnage, de sa volonté de se simplifier la vie,
d’aller à l’essentiel. Il aime cette femme. Point. Il ne va
pas chercher plus loin. Quand il lui dit que c’est mieux de
ne pas se revoir, ce n’est pas un calcul mais une façon de
lui signifier que son amour est sincère et engagé. Il a plus
de 45 ans, pense à avoir des enfants, pense vraiment les
avoir avec elle, l’espère en tous cas, beaucoup... L’emploi
du temps compliqué d’Agathe à ce moment-là du film
n’est qu’un micro accident, rien de grave par rapport à
ce qu’il a connu au Rwanda. C’est ce que je me racontais,
en tous cas.
Et le titre du film ?
Je sais que pour Agnès et Jean-Pierre, c’est Brassens,
mais moi, ça m’évoque Prévert, que je viens de le
relire pour mon travail, notamment «La pluie et le beau
temps»... Comme Prévert, Agnès et Jean-Pierre font
partie de ces artistes qui savent exprimer la poésie des
choses simples. Prévert était capable d’être cinglant sur la bêtise et la méchanceté humaine, terrible envers le
comportement des gens de pouvoir, la politique. Même
s’ils s’y prennent autrement, vous retrouvez cette même
révolte et cette colère chez eux. Avec l’envie de s’amuser
aussi de cette bêtise, de se moquer d’eux-mêmes. Il y a
beaucoup d’auto-dérision chez eux. Cette distance qu’ils
arrivent à avoir m’enchante. Ils ne sont pas dupes, ils ne
se la pètent pas ! Ils me font aussi penser à Pessoa dans
leur manière de dire la profondeur de moments ordinaires
et quotidiens.
Quelle a été votre réaction en voyant le film ?
Que le mouvement du film soit lent ou rapide, il y a
toujours une tension : la tension de la vie. Je ne l’avais
pas forcément senti au scénario mais ça m’a frappé
en voyant le film. Pendant toute la projection, j’avais
la sensation physique que tout peut exploser tout
le temps. Exploser d’amour, de colère de malaise...
C’est fort d’arriver à choper ça. Et à la fin, quand le
film se pose un peu, on ressent ce que peut être la
vie quand on largue les angoisses inutiles. Une fois
de plus, c’est une métaphore musicale qui me vient :
leur cinéma est comme un air de jazz, il nous parle de
l’époque, de l’air du temps avec acuité et humour.
|