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François-Xavier Demaison - Entretien Coluche

 

François-Xavier Demaison - Entretien Coluche Quel souvenir gardez-vous de la soirée où Antoine de Caunes est venu vous voir au théâtre et vous a proposé d’être son Coluche ?
François-Xavier Demaison : Déjà je savais qu’il assistait à la représentation. Après quoi il est venu me voir et il m’a dit : «Il faut qu’on se parle.» Et il m’a annoncé ça, comme ça, dans un bar. J’ai été écrasé par la proposition. J’ai été effrayé, mais c’était une proposition que je ne pouvais pas refuser.

Pourquoi ?
François-Xavier Demaison : Parce que c’est un rôle magnifique. Coluche je l’ai tellement aimé, j’aurais été tellement malade que ce soit un autre qui l’interprète... Que mes camarades qui auraient pu le jouer m’en excusent : je ne pouvais pas passer à côté de ce rôle ! Un rôle qui encore aujourd’hui me marque. Il y aura eu pour moi un avant et un après Coluche. En plus le scénario était magnifique. C’est la tragédie d’un clown qui veut entrer à la cour du roi et c’est sublime. C’est la tragédie du bouffon qui en vient à défier le roi au lieu de se contenter de l’amuser. Et qui va devoir en payer le prix.

Rien n’aurait pu vous faire dire non ?
François-Xavier Demaison : Des choses m’ont freiné. La première chose c’est que je ne suis pas Michel Colucci ! L’enjeu était d’incarner un personnage connu et aimé de tous. Mais c’est le travail d’acteur qui pouvait faire la différence. Ce qui pouvait faire que ça marche, ce n’était pas de mettre un tee-shirt jaune et une salopette, mais le travail. C’est le jeu d’acteur qui pouvait permettre au personnage d’exister. Le travail, le travail, le travail. Ce qui n’a pas empêché les appréhensions. Les gens dans la rue me disaient : «Il ne faut pas que tu le rates notre Coluche». C’était aussi une forme d’encouragement pour moi.

Comment aborde-t-on un tel personnage ?
F-X D : D’abord avec beaucoup d’humilité. J’ai essayé de le faire vivre dans ma matière. Je suis ce que je suis. Je ne suis pas le sosie de Michel Colucci. Mais j’ai essayé de faire un travail d’acteur suffisant pour qu’à un moment donné il apparaisse en moi. C’est-àdire qu’il utilise ma matière pour «revenir» en quelque sorte. C’était ça ma démarche. Très peu de maquillage, pas d’utilisation de prothèses en latex... C’est ma voix (elle n’est pas transformée), c’est moi qui chante les chansons, c’est moi qui joue les sketches... Et le plus beau compliment que j’ai eu, c’est un des musiciens de Coluche qui me l’a fait. Il m’a dit : «C’est Coluche dans la peau d’un autre.» Ça résume toute ma démarche.

Concrètement c’est beaucoup de préparation, presque un an...
F-X D : C’était comme pour un combat. Il y a donc eu une préparation physique. Il m’a fallu prendre du poids, travailler avec des coaches, le physique, la matière, la voix... Et puis à un moment, il est arrivé. Doucement. Des choses sont apparues. J’ai chopé des gestes. Il y a eu des déclics. Et quand il y avait un déclic, on fêtait ça. Parfois, pendant des semaines, j’ai eu l’impression de ne pas avancer, de pédaler dans le vide et puis tout à coup... un déclic. Comme quand je n’arrivais pas à pousser ma voix dans les aiguës ! Ça a été artisanal et laborieux. Mais au cours de ce travail, j’ai compris des choses sur Coluche, sur son essence, sa manière de respirer, son rythme, son énergie... Ce sont des milliers de petites choses dont je me suis nourri et qui une fois digérées sont ressorties à travers moi.

François-Xavier Demaison

Vous avez visionné beaucoup de documents ?
F-X D : Beaucoup. J’ai aussi beaucoup écouté ses chansons sur mon iPod. Pas forcément celles que je devais chanter. Il y en a une qui m’émeut beaucoup qui s’intitule J’suis l’andouille qui fait l’imbécile. Elle est magnifique. L’écouter m’aidait à me mettre en phase avant une séance de travail. Aujourd’hui, quand j’écoute ces chansons ou que je regarde les vidéos, j’ai une impression de mauvais trip. D’avoir perdu un pote.

La prise de poids, ça vous a aidé ?
F-X D : Oui. Ça change votre façon de bouger, de respirer, on s’essouffle plus vite... Donc il y a beaucoup de choses qui se font à l’économie chez Coluche. Mais il faut accepter le fait que l’on devient un autre. Un autre moi, qui est plus gros, qui a les sourcils épilés, les cheveux teints... Encore aujourd’hui j’ai quelques reflets roux et je n’ai pas totalement perdu les 14 kilos que j’avais pris...

Au moment des essais, vous n’aviez pas pris de poids, vous étiez juste un acteur «dans une salopette avec un tee-shirt jaune». Comment vous sentiez-vous dans ce costume ?
F-X D : Je me suis dit qu’il y avait encore beaucoup de travail ! Mais j’avais la confiance d’Antoine. Et je l’ai toujours eue. Il m’a toujours soutenu et je ne l’oublierai jamais. Il a eu un acte de foi. Alors que mon régime surprotéiné a provoqué une crise de foie ! Il fallait que je sois à la hauteur de cette confiance. À la hauteur d’Antoine et de Coluche surtout.

C’était qui Coluche pour vous avant ?
F-X D : Un ami de la famille. Je me souviens d’avoir annoncé la mort de Coluche à mon père qui était très fan. On avait eu l’impression d’avoir perdu un membre de la famille. On adorait Coluche. C’est un personnage qui manque énormément et qui n’a pas été remplacé.

Qu’est-ce que vous aimiez de lui ?
F-X D : Ses chansons. Je les trouve extraordinaires. Ses films : il me faisait marrer dans DEUX HEURES MOINS LE QUART AVANT JÉSUS-CHRIST ou BANZAÏ... Quand j’étais jeune ça me faisait beaucoup rire. Ses sketches ! La publicité, Le voyou... «On est une bande de jeunes on s’fend la gueule !»

Quand on est soi-même comique, ça aide à devenir Coluche ?
F-X D : C’est vrai que je suis un homme de scène comme lui. Mon spectacle, je l’ai joué 500 fois. Un spectacle dans lequel j’habite mes personnages, j’essaye de les incarner. Et c’est peut-être ce qu’a vu Antoine : c’est qu’avant d’être comique, je suis surtout acteur. Mais c’est vrai qu’il avait peut-être aussi besoin d’un mec qui sache ce que c’est d’être tous les soirs sur scène devant 600 personnes, parce que tous les sketches du film ont été tournés devant 600 spectateurs figurants, dans le théâtre du Gymnase plein à craquer.

On ressent quoi quand on est dans la peau de Coluche, ou plutôt quand on a Coluche dans la peau, et que l’on joue son spectacle au Gymnase ?
F-X D : Il n’y a pas de mots pour décrire ça... Je ne voudrais pas être mystique, mais il s’est passé quelque chose à ce moment-là. Il est descendu de là-haut... Je n’étais pas seul sur scène... Heureusement car la moitié des figurants dans la salle avait déjà vu Coluche sur scène. Ils m’attendaient au tournant !

Verdict ?
F-X D : Ils ont été bluffés ! À la fin, après que j’ai chanté les chansons, certains sont venus me dire : «On ne faisait pas de la figuration, on était au spectacle.» Et ça, ça fait plaisir. Je pense qu’ils ont participé au buzz quant au projet. De là, les gens se sont dit : «Ils sont peut-être en train de réussir leur pari.»

Le tournage a été parfois difficile ?
F-X D : Non, j’étais tellement préparé que j’étais bien décidé à ce que le tournage ne soit que du plaisir, de l’envie, du bonheur. D’autant plus que j’ai eu des partenaires formidables comme Léa Drucker, qui est une actrice magnifique, Olivier Gourmet, Alexandre Astier... J’ai eu beaucoup de chance.

Vous aviez du mal à sortir du personnage en rentrant chez vous ?
F-X D : Disons que, comme par hasard, je faisais des soirées pâtes ! Comme par hasard je disais «Merde» aux cons. Il m’a aidé à être plus insolent. J’étais un peu trop consensuel avant de faire ce film. Maintenant, les cons, je me les prends frontalement. Coluche a quand même été le plus grand catalyseur de la connerie en France qu’on ait eu ! Et c’est terrible de se dire que, trente ans après, rien n’a changé. Il défendait une cause qui serait toujours défendable aujourd’hui.

Huit mois après la fin du tournage, Coluche vit toujours en vous ?
F-X D : Il est toujours là... Il rôde ! J’espère qu’il va m’aider à affronter la sortie du film, comme un copain ! (Propos recueillis par Patrick Fabre)

 



 

      

 

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