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La 60ème édition du Festival de Cannes s’est officiellement ouverte ce mercredi soir avec la projection en Compétition de My Blueberry Nights, en présence du réalisateur et ancien Président du Jury Wong Kar Wai et des acteurs Norah Jones et Jude Law. De nombreuses stars, parmi lesquelles Aishwarya Rai, qui honorera de sa présence la Fête de l’Inde ce vendredi 18 mai, Clotilde Courau, Jurée de la Caméra d’Or, ou encore Juliette Binoche, une des interprètes du Voyage du Ballon Rouge, qui fera l’ouverture d’Un Certain Regard, ont auparavant gravi les marches du Palais. Figurant au générique du film de Denys Arcand, L’Age des ténèbres, qui sera présenté en Clôture du Festival, Diane Kruger, Maîtresse de Cérémonie, a eu l’honneur d’accueillir, sur la scène du Palais, le Jury présidé par le réalisateur Stephen Frears et composé de Maggie Cheung, Toni Collette, Marco Bellocchio, Sarah Polley,Marco Bellocchio, Orhan Pamuk, Abderrahmane Sissako et Michel Piccoli. « Cannes n'est pas un festival-musée, il évolue avec le cinéma et ne se retourne pas sur le passé. Ce soir, nous parlons le même langage, le cinéma », a déclaré l'actrice allemande.« Nous fêtons 60 ans de grâce, d'élégance, de bonheur, de coups de bol et de coups de coeur, 60 ans de Palmes d'Or espérées, jalousées, admirées », a-t-elle poursuivi.
A cette occasion, l’assistance de la Salle Lumière a pu découvrir, en avant-première mondiale, le cadeau anniversaire de David Lynch, un court métrage intitulé Absurda, dédié à la salle de cinéma, ainsi qu’un florilège d’extraits de films présentés en Compétition. A l’issue de la Cérémonie d’ouverture, l’actrice taïwanaise Shu Qi et le réalisateur portugais Manoel de Oliveira, un couple imaginé par le Festival et qui allie sagesse et modernité, expérience et grâce, a déclaré ouverte cette édition anniversaire. Le cinéaste âgé de 98 ans a tenu à rendre hommage, en français, à « ce festival prestigieux et pourtant encore bien jeune », avant de s'exclamer « et vive le cinéma ! »
La rencontre d’Ouverture :
«Cinéma, vers le public de demain»
Des professionnels du cinéma et des nouveaux médias, des journalistes et des sociologues débattront le mercredi 16 mai après-midi des liens entre création cinématographique, nouvelles plateformes de promotion et de diffusion, et de l’évolution des pratiques des spectateurs.
Wong Kar Wai a inauguré la première conférence de presse cette 60ème édition du Festival de Cannes, en répondant aux questions des journalistes au sujet de My Blueberry Nights, le film d'ouverture présenté en Compétition. A cette occasion, le réalisateur chinois était entouré des deux comédiens principaux Norah Jones et Jude Law.
Wong Kar Wai sur ses ambitions avec My Blueberry Nights :
« Le principal challenge consistait à tourner en anglais, qui n’est pas ma langue maternelle. Au fil des années, j’ai vu de nombreux films sur la Chine réalisés par des metteurs en scène étrangers. C’est toujours un peu curieux pour nous, car les choses sont souvent représentées de façon trop exotiques. Je voulais donc faire un film dans une autre langue, tout en évitant cet écueil dont je viens de parler. En le préparant, j’ai toujours demandé à Norah, à Jude, ainsi qu’à toutes les autres personnes qui m’entouraient, ce qu’ils pensaient. Parfois mes questions étaient un peu sottes, mais j’avais besoin de référence. Par exemple, un baiser signifie autre chose dans la culture chinoise. Il y a des connotations subtiles et je voulais rendre hommage aux Américains en évitant les erreurs que les autres font dans leurs films sur la Chine. Je crois que nous avons tous quelque chose à partager en dépit de nos races et de nos cultures différentes. Nous pouvons partager des émotions au-delà des langues. »
Wong Kar Wai sur la genèse du film :
« L’histoire de My Blueberry Nights est née des courts-métrages que j’ai tournés par le passé. Un court de six minutes avait déjà servi de base à In The Mood For Love. Dans ce cas, plutôt que de faire un remake, je dirai que c’est le prolongement naturel. J’ai tourné aux Etats-Unis parce que je voulais travailler avec Norah ; je pensais que cette histoire était parfaite pour elle. Par ailleurs, il était intéressant de tourner en anglais et à New York - parce qu’elle y vivait, elle était occupée à l’époque. Mais nous avons réussi à trouver du temps pour travailler ensemble. Nous avons mis au point cette histoire qui est très différente. Dans le court-métrage, ce n’est que le premier chapitre. Ici, il y a ce prolongement qui nous mène à Memphis ; on traverse le pays... Je me suis demandé si c’était un road movie, je ne crois pas, car ce n’est pas un film qui parle de voyage mais de distance. Même si elle est très proche de Jeremy, le personnage incarné par Jude Law, la distance entre les deux personnages est très importante. »
Norah Jones sur ses débuts au cinéma :
« C’est Wong Kar Wai qui est venu me chercher à l’improviste. Je lui ai répondu que j’étais en tournée et que je n’étais pas actrice. J’ai découvert par la suite ses films. J’ai vu In The Mood For Love, c’était le film le plus merveilleux que j’ai jamais vu. Et peut-être souhaitait-il que j’ajoute de la musique ? Il m’a demandé en fait si je voulais être actrice. J’ai posé quelques questions, mais à l’époque, il n’avait guère d’informations. Je me suis alors lancée, je lui ai fait totalement confiance. »
Sur leur collaboration avec Wong Kar Wai :
Jude Law : « C’était une expérience extraordinaire. Les films sur lesquels j’ai travaillé où il y avait un élément d’improvisation, où il y avait un apport personnel, donnent un sentiment de liberté très fort. Sur My Blueberry Nights, j’avais l’impression que beaucoup de règles que l’on a l’habitude d’appliquer étaient jetées par la fenêtre. Je me sentais très libre, j’allais au travail ne sachant pas ce qui allait se produire. Cela ne m’a pas fait peur, c’était plus un défi excitant. Et je savais que ça allait être très créatif et juste à la fin. Ce film repose sur la collaboration, tout le monde était là pour que le produit final soit le meilleur possible. »
Norah Jones : « C’est la seule manière que je connaisse de faire des films. Pour moi, c’était drôle. J’étais présente sur tout le film, j’ai donc pu travailler avec tous les acteurs les uns après les autres, individuellement. Je me sentais tout à fait à l’aise. Je mettais juste quelques jours pour m’habituer lorsqu’il y avait un changement de partenaire. Mais je ne connais pas d’autre manière de travailler que celle de Wong Kar Wai. »
Sur les choix musicaux de My Blueberry Nights :
Norah Jones : « Avant que je ne connaisse l’histoire, Wong Kar Wai avait pris beaucoup de clichés sur la route. Il m’a demandé de choisir des musiques qui correspondent aux images. J’avais donc toute une liste de chansons que j’aimais beaucoup. Je sais qu’il a utilisé pas mal des morceaux que l’on a écouté pendant le tournage. »
Wong Kar Wai : « Tout au début, on a décidé avec Norah que les spectateurs ne devait découvrir que l’actrice. Par conséquent, on a choisi de ne pas passer ses chansons. Je ne voulais pas rappeler au public qu’elle était aussi chanteuse. Et je pense que sa performance est assez forte pour qu’elle soit maintenant perçue en tant que comédienne. »
Conférence de presse du Jury
Le Jury de cette 60ème édition du Festival de Cannes s’est réuni aujourd’hui à l’occasion de sa conférence de presse inaugurale. Pour livrer ses impressions et ses intentions aux journalistes, le Président Stephen Frears était entouré de ses Jurés Maria De Medeiros, Toni Collette, Sarah Polley, Maggie Cheung, Marco Bellocchio, Orhan Pamuk, Abderrahmane Sissako et Michel Piccoli. Morceaux choisis…
Sur la responsabilité d’être Juré à Cannes :
Marco Bellocchio : « C’est une occasion pour moi de voir des films et des grands metteurs en scène pour apprendre. C’est une forme d’émulation et je n’ai aucun problème pour juger. »
Maria De Medeiros : « C’est un grand honneur, un grand plaisir de découvrir tant de films, d’artistes, d’auteurs très importants. Ce qui compte, c’est le plaisir de découvrir ces films. Je ne sais pas si on peut juger l’art, mais ce sera merveilleux d’échanger nos idées en ce qui concerne ces films. »
Sur la préparation pour être Juré à Cannes :
Toni Collette : « Je ne sais pas comment on peut se préparer... Je pense qu’il faut accompagner les films en étant efficace. Aller aux projections du Festival comme pour n’importe quel autre film, c’est s’engager. »
Orhan Pamuk : « Nous ne sommes pas là pour juger les films antérieurs des réalisateurs présents, nous sommes là pour juger les films qui sont sélectionnés : un tel est bon, un tel autre est moins bon. On n’a donc pas besoin de préparation. Il s’agit de se rendre aux projections avec l’enthousiasme d’un enfant, de dire : voilà aujourd’hui, c’est ce film qui me plaît le plus. C’est pour cela que c’est tellement ludique et amusant ; nous ne sommes pas des professeurs d’Université, nous sommes juste des cinéphiles. »
Sur le jugement des films :
Sarah Polley : « Savoir que réaliser un film est très difficile rend plus généreux quand vous regardez le travail des autres. C’est même plus facile de voir les mérites d’un film qui n’est pas parfait. Par conséquent, je pense que je serai la critique la moins sévère envers des films en Compétition. »
Stephen Frears : « Comme on l’a dit tout à l’heure, on regarde un film et tout est là. Ce que l’on sait aide bien peu. Dans ma jeunesse, le cinéma était encore innocent avant qu’il ne prenne conscience de lui-même. Mes premiers souvenirs de cinéma ? J’allais voir des films simplement parce que je les appréciais. Peu importe sa nationalité. »
Stephen Frearssur l’importance du Festival de Cannes :
« Dieu merci, il y a une demande pour un certain type de cinéma. Dieu merci, il y a une alternative aux productions américaines. Et je pense que Cannes célèbre au mieux ce cinéma varié. Il y a beaucoup d’endroits à travers le monde, mais Cannes est en tête de ces festivals. »
Maggie Cheung sur le fait de juger les acteurs :
« Je ne crois pas qu’il y ait de règles. C’est une question de performance ; il est très difficile de juger un acteur : il peut être excellent, ou parfois la qualité de son interprétation est dûe au travail du réalisateur, alors que l’acteur n’est pas forcément compétent en soi. Il faut parler le langage de la vérité, il faut jouer. Ce que je vais rechercher, c’est un acteur ou une actrice authentique. »
Abderrahmane Sissako sur sa méthode de travail :
« Ce qui est important, c’est d’aimer voir les films. Personne n’est spécialiste, on est de simples spectateurs. Je verrai les films librement. Ce qui m’anime vraiment, c’est le sentiment de partager des visions différentes des films. Je serai capable de changer d’avis si un autre Juré m’a fait comprendre quelque chose. »
Orhan Pamuk sur son premier souvenir du Festival de Cannes :
« Probablement comme pour tout le monde, ce sont des clichés en noir et blanc, pris sur la plage, d’une femme dénudée dans les années 60. C’était ma première image, mon premier souvenir, et j’avais envie d’être à Cannes à cette époque. »
Michel Piccolisur l’évolution du Festival de Cannes :
« Depuis cent ans, le cinéma vit d’une façon extrêmement énergique dans le monde entier. (…) Il y a une chose tout à fait extraordinaire avec ce Festival de Cannes - d’abord, il se passe en France, pardon d’être un peu vaniteux – c’est qu’on peut y voir tous les cinémas du monde entier. Aux Etats-Unis par exemple, vous ne voyez que les films américains, ce qui est normal. Mais, vous ne voyez pour ainsi dire aucun film des autres pays. Je crois que ce 60ème anniversaire prouve à quel point ce Festival de Cannes a été utile pour le cinéma en général, pour le cinéma du monde entier. Continuons le combat. »
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