|
À
la lecture du scénario, quel a été
votre premier regard sur le film et Pollux ?
C'est
une histoire d'amour toute simple qui tient vraiment
à ce que dégagent les personnages. Tout
de suite, j'ai bien aimé mon rôle. À
commencer par son prénom ! Pollux, personne ne
s'appelle comme ça ! Ça éveille
plein de petites images assez enfantines. Et puis c'est
un beau personnage de femme. Elle a un côté
spontané et imprévisible. Ce n'est pas
une poupée. J'aime bien son côté
mystérieux et sauvage. On ne sait pas trop ce
qu'elle fait dans la vie, qui elle est vraiment. Elle
a quelque chose d'animal qui pourrait entraîner
Halvard dans un truc assez extrême si elle en
avait le temps.
Votre
personnage est central mais il s'impose aussi par son
absence. Comment donne-t-on de la consistance à
un tel personnage ?
Il
faut faire confiance à l'écriture et à
la mise en scène. J'aime bien par exemple que
Pollux apparaisse dans le dos de Halvard quand il boit
un café. Et puis si on est vraiment avec lui,
on se pose les mêmes questions à son sujet
et on est toujours content qu'elle arrive. À
chaque fois que Pollux apparaît, elle est toujours
attendue !
Hormis
avec Pollux, Halvard a un petit côté misogyne.
Je
n'en ai pris conscience qu'en voyant le film. Mais ça
ne me gêne pas. Je trouve que le personnage est
tellement attachant, un peu maladroit, super tendre,
sensible. Et puis quand on n'est pas amoureux, on se
trompe, on peut être con. C'est peut-être
pour ça que Halvard se comporte ainsi avec les
autres femmes. Il est à côté de
la plaque, il ne s'aime pas. Mais une fois qu'il rencontre
l'amour avec Pollux, il redevient lui-même, plus
vrai, plus sincère.
Quand
Pollux est sur le bateau, on la voit parler avec un
autre homme. Une fois de plus, on a l'impression qu'elle
pourrait s'échapper, partir ailleurs, faire partie
d'une autre histoire.
C'est
plutôt une vision de Halvard. C'est lui qui fantasme
que Pollux parle avec un autre homme, c'est sa phobie
à lui. Pour moi, on est toujours dans la tête
de Halvard. Pollux n'est pas une fille aussi incroyable
que ça. C'est peut-être lui qui la voit
comme ça.
Et
la direction d'acteur de Luc Pagès ?
Luc
a une idée très arrêtée et
précise de ce qu'il veut faire, tout était
très préparé et construit en amont.
Il avait envie que l'on respecte le texte, même
avec Gad, qui est pourtant très fort en impro.
Mais Luc est aussi un rêveur qui aime prendre
son temps, recommencer des scènes. Ce qui rendait
les choses paisibles et nous laissait une grande liberté
de jeu.
Être
filmée en numérique, et que le son soit
post-synchronisé, qu'est-ce que ça change
?
On
se sent plus libre, on a moins de contraintes techniques.
C'est davantage la caméra qui bouge autour de
nous. Et puis Luc voulait vraiment travailler le son,
que ce soit une étape à part entière
qui ne vienne pas embarrasser celle du tournage. Il
ne voulait pas retourner une scène parce qu'on
entend un avion qui passe. Au départ, nous les
comédiens, nous étions assez suspicieux
: tu joues un truc à fond et il faut tout recommencer
après dans une salle noire avec un casque sur
la tête ! Mais ce qui était génial,
c'est que la post-synchro était vraiment prévue
dans le plan de travail. On a pris le temps de se remettre
dans le film et au final, je suis convaincue ! Bien
sûr que l'on perd des choses du direct, un petit
tremblement dans la voix. Mais on peut aussi corriger
ses défauts parce que l'on s'entend.
Quelles
sont les scènes qui ont été les
plus réjouissantes à tourner ?
J'aime
la scène du poisson parce qu'il y a une rupture,
parce qu'il n'y a pas de limites a priori. Je pouvais
y aller à fond ! Moi, je fonctionne à
l'instinct. J'aime aussi toutes les scènes où
l'on court ensemble dehors, dans la nature. Elles sont
moins dialoguées, plus animales. Ce qui est incroyable,
c'est que la météo était toujours
avec nous. Elle collait sans arrêt avec le film,
comme par exemple le déchaînement des vagues
et de la pluie sur la falaise la première fois
qu'ils font l'amour.
|