ENTRETIEN AVEC GAD ELMALEH  
 

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ENTRETIEN AVEC GAD ELMALEH

 

Comment êtes-vous arrivé sur le projet ?

---De manière assez classique. J'ai reçu un coup de fil de Luc Pagès et il m'a envoyé le scénario. Quand je l'ai lu, très bizarrement, j'ai pensé à Woody Allen. Il y avait un humour, une absurdité, une intelligence dans l'écriture.

Qu'est-ce qui vous plaisait dans votre personnage ?

--Sa pudeur. J'aime les personnages inhibés. Halvard doute en permanence, mais il trace. Avec son intelligence, son charme, sa malice. Il nous séduit avec ses faiblesses, pseudo-faiblesses, car il les maîtrise totalement. Il cache son intelligence au moment où il faut. C'est une forme de manipulation psychologique que j'adore. Cette dimension du personnage était délicate à faire passer. L'un des paris du film est de jouer sur des registres différents, de passer de la comédie au drame.J'adore jouer la rapidité des mouvements émotifs. J'aimais que les moments de comédie ne soient pas dans les répliques, mais dans les situations, les quiproquos. On s'était dit avec Luc que ces moments-là devaient être joués très sincèrement. Sinon ils ne feraient pas rire. Une scène où l'on te jette un poisson à la figure, peut vite devenir lourde et vulgaire. Mais si tu ressens vraiment toute la détresse du monde, parce que ce poisson dans la figure, c'est toute ton histoire d'amour qui se barre en cacahouète, alors là ça m'intéresse.

Comment avez-vous abordé les scènes sur le Nil, ce mélange de distance et de tristesse qui habite Halvard?

---Très simplement, d'une manière quotidienne, aérée, fraîche. Le temps est passé, Halvard a pris du recul.

C'est comme un autre homme qui parle, un autre tournage, une autre énergie.

Selon vous, qui est cet homme avec lequel Pollux discute sur le bateau qui les emmène à Groix ?

--Il permet de montrer l'attachement de Halvard pour Pollux, en matérialisant la menace de la perdre sans cesse. Ça raconte aussi des choses sur elle, sur le fait que Halvard ne comprend pas tout d'elle. C'est d'ailleurs parce qu'il y a cette incompréhension que leur relation devient passionnelle.

"Les gens importants, on les croise toujours deux fois." Que pensez-vous de cet adage ?

Quand une rencontre est forte, qu'une alchimie se produit, c'est impossible que ça n'existe plus. Même si cela ne prend forme que cinq ou dix ans plus tard. Le film parle de ces chances à saisir, du destin que l'on doit guider, parce que dans la vie on n'est jamais au bon endroit.

Pollux est là, mais Halvard ne la voit pas.

Que pensiez-vous à l'idée d'un tournage en numérique ?--- Au début, j'étais un peu réticent. Le numérique trimballe une image de film underground. J'avais peur que ça fasse film de vacances. J'aime bien le côté un peu solennel du silence avant la prise, avec le clap et la grosse machine devant nous. Ça m'aide à me concentrer. Mais la chef opératrice a rajouté un socle et un manche à la caméra, pour donner plus de lourdeur et de présence aux mouvements. Et puis le découpage du film était le même que pour un film en 35 mm, avec des champs/contrechamps, des travellings et des panos. Au final, la DV ne présentait plus que des avantages : on n'attendait pas deux heures pour l'installation de la lumière, il n'y avait pas de stress sur la consommation en pellicule, on pouvait faire plus de prises. Luc laissait parfois tourner la caméra quand la scène était finie ou avant la prise pour saisir des respirations. Il a d'ailleurs gardé des moments où je me prépare, où je me concentre, où je regarde vers la caméra.

Et la post-synchro ?---

Quand Luc m'en a parlé, j'ai été à deux doigts de lui dire non. C'était presque comme s'il fallait retourner le film. Quand un film est fini de tourner, j'ai envie de passer à autre chose. Aucun des arguments de Luc ne me convainquait. Ce qui a effectivement été prouvé, c'est un tournage dix fois plus rapide, sans prise de tête avec le son. On pouvait continuer à faire notre scène d'amour, même si on entendait un bruit de mobylette ! Et puis au mixage, ça a donné une bande-son forte, où tout a la même couleur, tout est plus présent, plus chaud. Alors que dans les films en son direct, on sent l'incursion des moments post-synchronisés. Je crois aussi que notre interprétation a été améliorée. On avait du recul, une vision plus pointue des personnages et des évidences se dégageaient.

 

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