Entretien avec albert dupontel  
 
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Entretien avec albert dupontel - Module1

 
Qu'est-ce qui vous a séduit dans le scénario de Monique ?
Tout d'abord l'originalité du concept. Je le trouvais vraiment très pertinent, et c'est une bonne idée de comédie - c'est-à-dire enracinée dans des choses vraies et tragiques ! Mais je venais juste de jouer dans un autre film, et je redoute toujours de faire l'acteur, c'est pourquoi j'ai hésité. Mais finalement, je me suis décidé à jouer Alex, car l'idée me plaisait beaucoup.

Comment voyez-vous la crise que traverse le personnage d'Alex ?

Je comprends assez la lassitude d'Alex, même si je pense qu'il est en vérité las de lui-même, et non des autres. Ce que l'on cherche dans l'autre n'est souvent qu'un reflet de soi-même. Être avec quelqu'un, c'est faire des concessions, c'est renoncer à soi d'une certaine manière. Et souvent, on a l'impression de vivre un cliché ou même une vie déjà vécue par d'autres. En tout cas, il m'a semblé très judicieux de mettre cette poupée dans les bras d'un homme dépressif. Lorsqu'on ne peut plus supporter les autres, on se réfugie dans leurs symboles. Alex vient d'avoir quarante ans, il rejette les autres et lui-même, car il ne supporte plus ce qu'est devenue sa vie. Il cherche un reflet de lui-même pas contrariant, et satisfaisant. C'est exactement ce que lui apporte Monique, bien plus que du plaisir sexuel.

C'est le côté assez caustique du film, qu'il puisse trouver avec une poupée l'excitation et le bonheur qui lui manque avec les autres.

Je crois que d'une certaine manière, on est vraiment soi que lorsque l'on est seul. Dès que l'on est devant quelqu'un, on n'est déjà plus vraiment soi, il y a un masque. Il y a les masques de l'amour, de l'amitié, du travail. Alex est fatigué de jouer tous ces rôles. Avec cette poupée, il est seul, il connaît un moment de paix avec lui-même. Même si la solitude est à long terme quelque chose d'insupportable.

Vous reconnaissez-vous un peu dans la misanthropie du personnage ?

Je n'ai pas d'attirance particulière pour le latex, mais oui, je comprends cette volonté de se mettre à l'écart de tout, de se replier sur soi et dans le silence. C'est une tentation. Être à un moment déçu par les autres, ou par soi, c'est malheureusement une étape assez incontournable dans une vie. 

Quelle est votre approche du travail d'acteur ? N'avez-vous pas de mal à vous mettre au service d'autres metteurs en scène ?

J'essaie d'être le plus disponible possible. Plus les choses sont extravagantes, plus je me sens à l'aise. Cela dit, je n'ai pas besoin que l'univers du metteur en scène soit le mien pour m'y glisser. Même si je garde par ailleurs le besoin d'écrire de réaliser, de jouer, pour n'être pas las de tout, comme le héros de Monique. Le fait de faire l'acteur m'apprend beaucoup sur mon métier de metteur en scène. Un acteur est quelqu'un qui doit apprendre à être regardé, tandis qu'être metteur en scène, c'est avoir un regard. Inutile de dire que savoir être des deux côtés de la caméra est quelque chose de salutaire. Lorsque je fais l'acteur, je revendique une certaine irresponsabilité. Tout en restant dans une discipline, j'ai soudain le droit d'être gamin et frivole, innocent de tout ce qui arrive. C'est à la fois libérateur et reposant d'être quelqu'un d'autre.

 

   

 

 

   

      

 

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