Entretien avec valérie guignabodet  
 
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Entretien avec valérie guignabodet - Module1

 

Comment est née l'idée de Monique ?

Entretien avec valérie guignabodetCela faisait longtemps que je tournais autour de ce sujet du couple, de la pérennité de l'amour dans le couple, de la difficulté à faire durer le désir et l'enthousiasme à travers les années, quand la vie n'est plus tendue que par le fil mou du quotidien, avec sa chape de confort, de petits compromis et de silences. C'est une préoccupation à la fois très personnelle et très courante ! Tous les couples finissent par connaître ce problème-là, tous cherchent des solutions, avec plus ou moins de bonheur...

Depuis plusieurs années, j'avais donc accumulé des notes, des observations, des bouts de dialogues, mais sans trouver la forme qui me convenait. J'avais envie de traiter de l'ennui dans le quotidien, de la perte du désir, mais de façon explosive, jubilatoire. J'avais le fond mais il manquait le moule dans lequel le verser. Et puis, un matin, en lisant mon journal, à peine réveillée, je tombe sur la photo d'une fille incroyablement sexy, une bombe. L'article m'apprend que c'est une poupée en silicone moulé, à usage sexuel. Devant le mélange d'indignation, de jalousie, d'ironie, de fascination, de répulsion qui est monté en moi, j'ai aussitôt compris que j'avais trouvé mon sujet ! J'avais trouvé la bombe que j'allais faire exploser dans le couple très normal autour duquel je tournais ! Une bombe de rose fuchsia qui explose sur le gris de la vie...

J'ai fini la première mouture du scénario en trois semaines, ce qui ne m'était jamais arrivé avant !

C'est une vision assez corrosive des rapports entre les hommes et les femmes dans lesquels se débattent tous les personnages. Monique serait-elle LA solution aux rapports amoureux ?

Si seulement il pouvait exister LA solution! Chacun des personnages du film explore une voie - celle du sacrifice familial, de la séparation thérapeutique, du célibat militant ou du plaisir insouciant... Autant de tentations que beaucoup d'entre nous caressent, à un moment ou à un autre de leur vie amoureuse. Mais personne n'a trouvé LA solution pour être heureux ensemble ! La seule issue, peut-être, celle que nous dit Monique, c'est de se réveiller, de bouger, de se battre, encore et toujours, contre le gris quotidien de la vie.

C'est vrai que Monique est avant tout l'histoire d'un homme qui retrouve le désir d'aimer et de vivre. mais à travers une poupée, donc un objet sans vie !

Un objet sans vie mais qui touche, qui trouble, qui remue ! D'abord, évidemment, par sa plastique parfaite, qui nous renvoie à des images que l'on connaît, celle de la femme idéale que nous assènent la pub et la mode à longueur de journées. Mais ce n'est pas Monique qui ressemble à la femme idéale, c'est la femme idéale qui s'est mise à ressembler à une poupée ! Tellement retouchée, calibrée, gommée, lisse : regardez les pubs, les poupées sont partout !

Monique trouble ensuite par son mutisme. Sa présence immobile et silencieuse gêne. Devant elle, on ne peut pas rester muet : elle force le dialogue, épouse toutes les interprétations, oblige chacun à se révéler, dans ses attentes, ses désirs, ses frustrations, ses angoisses... Et Monique nous touche aussi parce que son histoire avec Alex ne nous est pas si étrangère... Combien d'hommes de 40 ans ont retrouvé le goût de vivre avec une poupée de 20 ans ? Combien de jeunes femmes ont été, un temps, la Monique de quelqu'un ? Et combien d'épouses ont dû se battre contre elles ?

Un rôle-titre tenu par une poupée, cela a-t-il posé des problèmes particuliers?

Plein ! D'abord convaincre les partenaires que c'était physiquement possible, que cette poupée pouvait être suffisamment réaliste, suffisamment séduisante... Certaines personnes m'ont même suggéré de faire tenir le rôle par une actrice ! Heureusement, mon producteur, Philippe Godeau, y a cru dès la première lecture et m'a fait confiance. Il a été l'interlocuteur le plus avisé, le soutien le plus solide, le regard extérieur le plus fiable. Sur le plateau ça a bien sûr été compliqué : 55 kilos de métal et de silicone, difficile à bouger et très fragile, d'où quatre doublures en cas d'accident... Une maquilleuse personnelle, qui a dû essayer toutes sortes de pigments car les produits habituels ne tiennent pas sur le silicone ; deux plasticiens pour en prendre soin, la positionner, la transporter, la réparer... ; une garde robe taillée sur mesure, la lumière travaillée pour elle... Un traitement de star, en somme. Mais au delà de tout cela, celui qui donne son talent à Monique, celui qui la fait vivre, c'est Albert. Il a une telle puissance de jeu que dans leurs face-à-face, il la remplit de ses sentiments et de ses émotions au point que, parfois, elle paraît lui répondre !

Et, en effet, le rôle semble taillé pour lui. Vous aviez arrêté votre choix sur Albert Dupontel et Marianne Denicourt dès le début ?

Oui, dès la première ligne. Dans les premières versions, les personnages s'appelaient même Albert et Marianne ! C'est eux, ensuite, qui m'ont demandé de changer les prénoms...

Ils ont été enthousiastes dès la première lecture. On ne se connaissait pas mais le scénario leur a suffisamment plu pour avoir envie de me faire confiance. C'est une chance infinie, surtout pour un premier film, de pouvoir tourner avec les acteurs pour lesquels on a écrit. Je savais de quoi Albert était capable, et je n'ai pas été déçue. Le choix de Marianne était plus instinctif, puisque ses rôles précédents étaient dans des registres très différents, souvent plus sombres, plus cérébraux. Elle est rentrée dans Monique à bras le corps, avec une énergie et une intelligence de jeu que j'ai adoré. Je pense qu'elle arrive à un moment de maturité et de confiance dans sa vie et dans son jeu qui la rendent capable d'aborder n'importe quel rôle et les réalisateurs le sentent.

Le film est très visuel - une image forte, des couleurs vives. - mais aussi très sonore : la bande originale est très fournie, constituée presque entièrement de morceaux existants, et exclusivement de voix de femmes... Est-ce un parti pris ?

En effet, c'est même quelque chose auquel j'avais pensé très en amont : Monique étant un personnage muet, la musique du film pouvait lui donner une voix, nous faire ressentir ses émotions, ou plus exactement celles que les personnages projettent sur elle... Les morceaux, choisis avec le musicien Éric Neveux qui a aussi composé la musique du générique, vont de 1961 à nos jours, une sorte de remontée dans la vie musicale de nos personnages... Ça a été un énorme travail de recherche pour trouver des morceaux à la fois évocateurs et pas trop connus. Écoutez les paroles de "Les filles, c'est fait pour faire l'amour", c'est jubilatoire ! C'est cette jubilation provocatrice et jouissive que j'ai essayé de mettre dans le film, et qui, j'espère, contaminera beaucoup de spectateurs !

 

   

 

   

      

 

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