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Comme une image (Agnès Jaoui)
courier adressé au Nouvel Obs
(cité cette semaine) :Abonné fidèle depuis de nombreuses années au Nouvel
Obs, je suis en phase, disons à 80 %, avec vos éditorialistes et vos
chroniqueurs. C'est la première fois que je vous écris parce que je suis indigné
et que je dois donc vous le faire savoir. Il s'agit de la critique du film
"Comme une image" parue dans le n° 2081 de TéléCinéObs et signée Marie-Elisabeth
Rouchy, en fait deux articles, l'un sur Bacri, l'autre sur Jaoui que je trouve
scandaleux. Je n'arrive pas à comprendre : soit elle s'est trompée de salle
(elle aura, par erreur, vu "Les Parisiens", ce qui expliquerait l'absence
étonnante d'article sur ce dernier film), soit elle s'est sentie personnellement
visée par ce « miroir tendu aux bobos. tous pris en flagrant délit de bassesse,
tous serviles », soit enfin, il pourrait s'agir d'un règlement de compte
personnel, allant jusqu'au au lynchage d'un film et d'un couple de
créateurs. Et pas un mot pour la jeune Marilou Berry qui pourtant crève
l'écran !Pour ma part, j'ai vu (avant de lire cette critique) un film
merveilleux, encore plus subtile que "Le Goût des autres", plein de finesse, de
nuances, d'un humour rare et incisif, auquel le public réagit avec bonheur, et
surtout des personnages hyperréalistes d'humanité, tous attachants malgré leurs
défauts.Je ne sais pas où votre critique a vu « le microcosme branché des
bobos » (gens de gauche ? lectorat du Nel Obs ?) qui devraient sans douter être
les gentils et, bien entendu, les méchants seraient de droite et ceux qui votent
Le Pen, des salauds ! Une vision de l'humanité tout aussi effrayante que celle
de W. Bush ! Cela expliquerait pourquoi des superproductions hollywoodiennes,
aux personnages creux et glorifiant l'empire du bien, sont gratifiées d'un cour
ou deux, quand un fleuron du cinéma français est assassiné d'un pique.De
plus, en observant objectivement les caractères des personnages, avec toutes
les nuances souhaitables, une bonne moitié est plutôt positive, les jeunes en
particulier, voire altruistes et désintéressés comme le groupe des chanteurs
amateurs. Le jeune arabe, dont la seule faiblesse est de changer son prénom en
Sébastien (plus facile à porter que Rachid) est un modèle de dignité.Et puis
le carriérisme, la bassesse, la compromission, la soumission, la domination, la
lâcheté ou l'autisme (du père pour sa fille) ne sont pas l'apanage des classes
dominantes. Être réaliste, autocritique et exigeant envers nous-mêmes, nos
proches, nos amis, nos camarades est plus intéressant que de s'attaquer aux
tares de ceux qui ne sont ni de notre bord, ni de notre monde.Enfin,
pourquoi reprocher à Jaoui et Bacri leur attitude à Cannes, en parfaite
cohérence avec leur propos. Que dire de plus que "merci" quand on reçoit un prix
mille fois mérité ? Devaient-ils choisir les mondanités et courber l'échine
devant l'étalage du fric ou s'adonner au star-system, plutôt que d'être au côté
des intermittents ?Je retourne la question : pourquoi tant de haine
? J'aimerais, sans remettre en cause la liberté du critique de cinéma,
pouvoir prendre en compte l'avis de mon hebdomadaire préféré, avec toute la
crédibilité, la fiabilité et la neutralité que tout lecteur est en droit
d'attendre quand il doit choisir un film. Alain Taubes
Paris octobre
2004
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