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Francesca Comencini  

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Conversation avec Francesca Comencini

 

Le monde du travail, les relations professionnelles et humaines fortement marquées par l’appât du gain et l’argent : depuis MOBBING jusqu’à ce dernier A CASA NOSTRA, le travail est toujours au centre de votre attention. Est-ce une réflexion nécessaire, inévitable, dans la société italienne et dans les sociétés d’aujourd’hui en général ? A CASA NOSTRA est un fi lm qui ne parle pas de manière directe du milieu du travail, comme le faisait mon précédent film, MOBBING. Il y a cependant des points communs entre les deux fi lms et l’un est un peu le fruit de l’autre. La question de départ pour tous les deux est : «quelle est la valeur de la vie dans un monde où le profi t est l’unique moteur ?». Si dans MOBBING la vie de l’employée, Anne, était scientifi quement mise en morceaux afi n que l’entreprise puisse avancer, dans ce fi lm j’ai tenté de raconter la rencontre de nombreuses vies dans une grande ville italienne d’aujourd’hui où l’argent est devenu la chose la plus importante. Qu’est-ce qui reste de ces vies dans cette situation ? Il me semble que cette question est nécessaire et inévitable car aujourd’hui comme jamais dans l’histoire des hommes, la pure et simple recherche du gain, sans les contrepouvoirs qu’ont pu être la religion, a politique, l’ambition personnelle, l’aspiration à la connaissance et au savoir, n’a été autant le moteur des actions humaines. Je trouve que c’est une situation qui fait peur, il est important d’y faire face. Je ne souhaite, ni à nous ni à nos enfants, de se retrouver dans un monde pareil.
Les diverses histoires de ce film se tissent étroitement entre elles comme pour composer une narration circulaire dans laquelle les personnages principaux entrent et sortent. Il s’agit d’un choix linguistique qui avance par fragments, qui choisit la choralité et abolit les hiérarchies… Le choix narratif que nous avons déterminé avec mon scénariste, Franco Bernini, est en effet celui de raconter une histoire circulaire et fragmentaire à partir de la thémathique de l’argent. L’argent circule, unit et divise à la fois, mais il passe de manière impitoyable entre les personnes. Nous voulions que l’histoire du fi lm ait cette même circularité. La ville a dans ce fi lm un rôle très important. Pourquoi avoir choisi Milan ? Vos personnages auraient-ils pu être romains ou turinois ? J’ai choisi Milan pour tourner ce fi lm parce qu’en Italie, c’est dans cette ville que l’on trouve les centres fi nanciers, les grandes banques et la Bourse. Et aussi parce que Milan est une ville protagoniste de notre pays, mais invisible, silencieuse, mystérieuse dans le fond. J’en suis totalement fascinée. Mais l’histoire que je raconte pourrait se dérouler à Paris, à Londres, à Berlin... dans n’importe quelle grande ville dans laquelle l’argent est si important et central. La photographie de Luca Bigazzi, est livide et froide en extérieurs, comme à son habitude, mais en intérieurs elle devient souvent chaude, chargée et luminescente. Il y a une volonté très précise, une manière de dessiner le milieu dans lequel bougent les personnages. L’approche de l’image par Bigazzi dans ce fi lm répond à la double

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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