Scénariste, réalisatrice et comédienne, Sophie Marceau raconte : « Un matin, pendant le tournage du film de Diane Kurys, JE RESTE, nous étions avec Charles Berling et Vincent Perez au maquillage, dans l’hôtel Normandy, à Deauville et c’est là que j’ai eu l’idée d’une intrigue qui aurait pour cadre un palace. Je m’intéresse beaucoup aux histoires humaines, aux destins, et je suis partie sur une histoire de famille. Ce qui m’a attirée, c’est l’envie de raconter la vie des gens, multiple, unique et à la fois universelle. L’hôtel permettait de réunir des gens qui ne se croiseraient jamais ailleurs, le long de couloirs mystérieux, avec autant de vies que de portes. Imaginer ce qui pouvait se dérouler derrière chacune était passionnant. »
Oury Milshtein, producteur du film, raconte : « Je connais Sophie Marceau depuis quelques années, j’étais directeur de production sur son premier film. Nous étions évidemment intéressés lorsqu’elle est venue nous présenter son projet. Quand elle nous en a parlé plus précisément, c’est devenu encore plus prenant. »
Sophie Marceau explique : « Trois personnes arrivées à un tournant de leur vie doivent régler des comptes. Il est question de leurs parents, de l’amour qu’ils ont reçu ou dont ils ont manqué, des mensonges et des vérités avec lesquels ils ont vécu depuis si longtemps. Sans se connaître, ces trois personnages se retrouvent à raconter la même histoire, à s’entrecroiser. C’est une quête au rythme d’un thriller. Je ne désirais pas faire un film psychologique où ça parle tout le temps, j’avais envie d’action. J’aime que les choses aillent vite, que ça bouge, et le thriller permet d’aborder tous les sujets en y ajoutant le plaisir cinématographique, quelque chose qui soit jouissif à filmer et proposer au public. Le film est aussi une course-poursuite, un chassé-croisé entre ces gens qui se courent après. Tous cherchent quelque chose, ils n’imaginaient pas ce qu’ils vont trouver... »
Ariane Guez, productrice, commente : « Dès le départ, il était clair que le climat serait différent de ce que l’on peut voir d’habitude. Sophie associait des ingrédients que l’on voit rarement ensemble. On percevait la dimension psychologique, mais étroitement liée à un rythme de film d’action avec des rebondissements qui enflamment, comme ceux que l’on trouve dans les feuilletons de Dumas, le tout avec un ton vif très actuel. »
A LA CROISEE DES VIES ET DES GENRES
Sophie Marceau se souvient : « L’intrigue est partie de choses assez loin de moi, mais au bout du compte, je me suis aperçue que quand on raconte une histoire qui n’est pas la sienne, l’inconscient se lâche beaucoup plus et que l’on aborde finalement des choses peut-être encore plus intimes. Quand on parle de soi, on fait toujours des demi-mensonges. »
Elle ajoute : « J’étais surtout sur les personnages du fils héritier et de la fille, mais il en fallait un troisième, un point de vue extérieur pour donner du recul et être subjectif, ou objectif d’ailleurs. C’était le personnage du flic, qui s’est imposé comme le protagoniste principal du film. C’est un peu l’innocent qui vient mettre son nez où il ne fallait pas et qui va révéler les choses, et les gens à eux-mêmes. »
Oury Milshtein précise : « Le script de Sophie était énorme, très dense, très long. Nous lui avons présenté Gianguido Spinelli. Les références de Sophie étaient assez hitchcockiennes et ce qu’écrit Gianguido, toujours très à tiroirs, est assez idéal pour un thriller. Tout en travaillant sur d’autres projets, ils ont écrit ensemble pendant trois ans. Jacques Deschamps, que j’avais rencontré sur SANS TOIT NI LOI, a beaucoup d’humour. Il a apporté un recul, une distance vis-à-vis du projet de Sophie. Du coup, on est arrivés à un équilibre entre quelque chose de grave et des moments plus légers. De façon anonyme, nous avons ensuite donné ce projet à cinq ou six lecteurs dont nous souhaitions le regard extérieur. L’une des lectrices, Rania Meziani, en avait tiré une analyse très fine et elle est venue nous rejoindre. »
Sophie Marceau reprend : « Mes auteurs et moi étions complémentaires, eux étaient plus dans la structure. J’ai eu besoin de Gianguido, Jacques et Rania qui est venue ensuite, parce qu’ils avaient cette faculté que je n’ai pas d’analyser et de construire. Ils ont complètement respecté mon univers et m’ont aidée à le concrétiser sur le papier. Les rapports entre les gens, leur histoire et leur psychologie, sont restés, mais nous les avons souvent bousculés pour les besoins du thriller. C’est un film qui se passe sur quatre jours, pratiquement 24 h sur 24, ça va vite. En quatre jours, ce sont quarante ans de vie qui refont surface. C’est une conjonction de destins. »
Ariane Guez commente : « Ses personnages étaient remarquablement sentis. Ils existaient, sans cliché, avec leurs contradictions, comme des gens réels dont on aurait raconté l’incroyable histoire vraie. Aucun d’eux n’était une caricature. Les monstres avaient une âme et les condamnés avaient une chance. »
Sophie Marceau confie : « Pour moi, la dualité est une composante de la nature humaine. Tout le monde existe entre deux, comme une oscillation entre les extrêmes, et c’est ce mouvement-là qui est la vie. Chaque individu porte en lui le bien, le mal, le noir, le blanc, les contraires… C’est un film de contrastes, qui balance entre nos limites. Il est aussi question d’équilibre, parce que dans le balancement, c’est une notion que l’on retrouve aussi. On ne peut réduire personne à une seule chose. J’aime explorer cela. »
CEUX QUI ONT RENDEZ-VOUS AVEC UN SECRET
La scénariste et réalisatrice confie : « Lors de l’écriture, je n’ai imaginé aucun acteur dans un rôle. Je voulais vraiment écrire des personnages. Il était important qu’ils existent par eux-mêmes avant d’être incarnés. Une fois qu’ils sont écrits, on essaie de provoquer la rencontre entre l’acteur et le rôle, et c’est encore une fois une question d’instinct. Si l’acteur que vous sollicitez s’approprie le rôle, s’il vous en parle de façon convaincante, cela signifie qu’il s’est projeté dans le personnage, et c’est une grande part du travail qui est accomplie. »
Sophie Marceau se souvient : « Pour le rôle principal, Christophe Lambert est apparu comme une évidence. Je me trouvais avec mes deux producteurs dans le bureau de Dominique Besnehard. Sa photo était sur une étagère et en la voyant, on a tous eu le déclic. Sans un mot, on s’est juste regardés : c’était lui, aussi simplement que ça. On lui a envoyé le scénario et il a répondu très vite et très favorablement, avec de vrais arguments. Il avait une façon de parler de l’histoire qui lui était presque personnelle. Il s’est complètement approprié le rôle. Il est devenu Jacques à part entière. J’avais vu peu de choses de lui, c’est quelqu’un de très particulier mais je ne le connaissais pas. Il est venu au personnage avec son histoire, toute sa vie, son expérience. Quand il incarne, tout devient fragile, vivant, complexe, passionnant parce que l’on découvre la personne en même temps que le personnage se construit. »
La réalisatrice confie : « Nicolas Briançon a été la cerise sur le gâteau. C’est Oury qui a eu l’idée de Nicolas. Il m’a montré le film de Cédric Kahn, L’AVION, das lequel il jouait pourtant un personnage complètement opposé à ce que nous cherchions, et j’ai senti son potentiel. Il a tout
suite été ému par le personnage, ce qui n’était pas évident parce que c’est un être ambigu, très doux, délicat, et les acteurs ont souvent peur d’abandonner le registre viril… Nicolas a eu envie d’entrer dans cette histoire à travers Camille. Nous avions déjà commencé le tournage depuis deux jours quand il est arrivé, et il est formidable ! »
Oury Milshtein ajoute : « Nicolas vient d’un univers de films d’auteur qui m’est assez proche. Au fur et à mesure que nous lui parlions de ce personnage assez efféminé, très différent de ceux qu’il avait déjà incarnés, il s’en imprégnait littéralement. Il était Camille. C’était un choix idéal. »
Sophie Marceau se souvient : « J’avais remarqué Simon Abkarian au théâtre, il y a longtemps. Il m’avait profondément émue. C’est un acteur magnifique et j’avais envie de travailler avec lui. Lorsque je lui ai proposé le rôle de Pierre, j’ai rencontré quelqu’un que j’avais l’impression de connaître, fidèle à ce que j’avais imaginé de lui. Les acteurs sont des enfants, quand on leur tend un rôle, un jouet, ils en ont envie, s’enthousiasment, et s’y glissent avec bonheur. C’est ainsi que cela s’est passé avec Simon et c’était fantastique. »
La réalisatrice explique : « Le personnage d’Antoine s’est fait désirer. C’était l’acteur le plus difficile à trouver. Antoine est un personnage difficile, intense, violent et pourtant beau. Il est dans le contraste le plus extrême. Je ne trouvais tout cela chez aucun acteur. C’est Valérie Trajanovski, la directrice de casting, qui a eu l’idée de Robert Hossein. Je suis allée le voir. Face à lui, je n’avais plus aucun doute, il avait la puissance et l’humanité du rôle. C’était lui. Il avait même un costume identique à celui que j’avais décrit dans le scénario, c’était un signe ! »
Sophie Marceau confie : « Marie-Christine Barrault est la première à qui j’ai pensé pour le rôle de Mélanie. Mais souvent, quand les choses paraissent trop évidentes, on se méfie et on essaie de prendre d’autres chemins… J’ai donc envisagé d’autres personnes, mais je restais toujours avec son image à l’esprit. J’ai décidé d’aller la rencontrer et tout s’est passé de façon très spontanée. Elle a répondu très favorablement au film, et elle est remarquablement convaincante dans le personnage. Son rôle n’était pourtant pas évident. Elle devait, tout en étant privée d’une partie de sa gestuelle, faire ressentir le conflit et les sentiments extrêmes qui la rongent. Pour cela, il faut une grande comédienne. »
La réalisatrice poursuit : « Judith Magre m’a complètement séduite. Je la connaissais du théâtre. La duchesse est un personnage qui amène beaucoup de drôlerie et de tendresse. On ignore si elle existe vraiment, c’est un personnage un peu évanescent, peut-être un fantôme. Lorsque j’ai rencontré Judith, j’ai trouvé chez elle toutes les qualités dont j’avais rêvé pour le rôle : le charme, l’humanité, une jeunesse de cœur et un côté pétillant. C’est une immense dame de théâtre qui a fait beaucoup de choses dans sa vie. Elle a cet esprit vif, elle apparaît, elle disparaît, hop ! Elle est légère, c’est un peu la fée Clochette de cette histoire ! »
Sophie Marceau observe : « Dans tous les films où j’ai vu Marilou Berry, elle impose quelque chose de très présent, de très fort. J’ai aussi eu cette impression en la rencontrant la première fois. Si elle décide que vous ne partez pas du rendez-vous, vous restez ! Elle a cette énergie. Son personnage est en tandem avec celui de Simon, qui est un type grand et fort. A côté de lui, il fallait quelqu’un qui existe, parce que ce sont deux flics, qui forment une équipe. Ils sont tout le temps ensemble. Il fallait deux personnalités qui font la paire mais ne se dévorent pas l’une l’autre. Ils devaient en plus imposer leur personnage en peu de temps. Marilou était capable de tout cela à la fois. »
UNE SEULE FEMME POUR TANT DE VISAGES
Sophie Marceau explique : « Dans mon 1er film, PARLEZ-MOI D’AMOUR, je n’avais pas joué, et pour ce film-là, au départ, je ne souhaitais pas être devant la caméra non plus. Tout le monde me disait qu’il était dommage que je n’y joue pas. Il y avait bien un rôle, mais qui n’était pas très développé. Un jour, inévitablement, ce personnage s’est mis à exister vraiment, il s’est mis à raconter quelque chose. Jusque-là, j’avais occulté son aspect mystérieux et il a bien fallu s’y atteler parce que cela manquait dans le scénario. Je n’ai pas pu résumer ce personnage féminin en un seul, il est donc devenu deux, un personnage dans la dualité, la double identité. »
L’actrice confie : « Il y a en fait presque trois personnages : la Victoria de l’époque, la Victoria vivante, et Lucie. Le cheminement vers le rôle s’est fait à travers une maturation qui a duré pendant toute la phase d’écriture. J’ai du mal à expliquer le métier d’acteur parce qu’il est davantage dans l’émotion, le non-dit, le ressenti. J’admire ceux qui travaillent un personnage, qui sont capables de se mettre une bosse dans le dos et d’accomplir une performance. Je ne suis pas certaine de faire partie de cette catégorie d’acteurs. Moi, je suis le personnage ou je ne le suis pas. Cela peut paraître un peu limitatif, mais mes personnages, je les prends comme ça, comme un fruit sur un arbre, et j’ai aussi envie de faire confiance au metteur en scène, qu’il me guide. En l’occurrence, cela me manquait un peu parfois. »
Ariane Guez commente : « Tout le monde salue le talent avec lequel Sophie cumulait les responsabilités sur ce film, mais sa performance d’actrice est à elle seule exceptionnelle. En fait, elle joue plus que Lucie et Victoria. Elle joue Lucie qui joue Victoria. Dans toutes ses scènes, sous le fascinant masque de ce fantôme d’actrice, elle parvenait à faire sentir la fragilité et les craintes de Lucie. C’était impressionnant. Elle avait une maîtrise intuitive absolue des deux rôles. »
Sophie Marceau reprend : « Victoria et Lucie, j’ai l’impression de les connaître un peu. J’ai écrit ces personnages, ils ne sont pas complètement étrangers à ce que je suis. Même si ce n’est pas du tout un film sur le cinéma, Victoria est une actrice et Lucie est obligée de jouer quelqu’un d’autre… Ce sont des femmes très proches de ce que je suis. Je m’en sens plus proche dans la situation que dans le caractère. L’acteur a la responsabilité d’incarner, pas de raconter l’histoire. Si on demande à un acteur de raconter l’histoire, c’est qu’il y a des manques dans le scénario ou dans la mise en scène. »
LE TOURNAGE
Sophie Marceau explique : « Jouer et mettre en scène sont des choses contradictoires mais complémentaires. Je dis souvent que le metteur en scène devrait être un peu acteur, il comprendrait pas mal de choses ! Et les acteurs devraient imaginer ce que c’est d’être metteur en scène… C’est un aller-retour assez salutaire pour perfectionner chacune des deux fonctions.
« Je prends beaucoup de plaisir à réaliser. J’ai le souci du bien faire. Mes parents m’ont appris cela. Il y a une phrase de Matisse que j’adore : il disait « Ce que j’avais à faire, je l’ai fait de mon mieux ». Je trouve cela magnifique. Pour moi, c’est tout ce qui compte. Au moment où je fais les choses, j’essaie vraiment de les faire au mieux, d’être totalement concentrée dessus. »
Oury Milshtein commente : « Etre à la fois actrice et réalisatrice est bien entendu une tâche exceptionnellement lourde. Mais Sophie est solide. A la mise en scène, elle sait faire ses choix sans se perdre dans de fausses questions. Elle ne s’éloigne jamais de l’essentiel. Le film aborde la dualité, la capacité à changer de personnalité, et le fait que ce soit également la situation de Sophie sur ce projet est un plus. Sur un film de cette ampleur, la difficulté est de ne jamais perdre le fil, de garder le propos initial car c’est un film long, avec soixante jours de tournage, beaucoup d’acteurs, de décors et de cascades. »
Oury Milshtein explique : « Je fabrique des films depuis vingt-cinq ans. C’est ce que j’aime. Un peu comme au jeu d’échecs, j’aime que certaines choses deviennent réalité parce qu’on en a rêvé, qu’on y a réfléchi pour qu’elles prennent forme et vie. Mais aller chercher l’argent n’est pas drôle. Là, nous avons eu de la chance parce qu’il s’agit de Sophie. Quand on appelle de sa part, on vous répond et c’est déjà pas mal. Certains producteurs ont plus de mal pour faire leur premier film. A nous de tenir la route ! »
Il poursuit : « Je suis à l’écoute, présent pour aider Sophie si elle en a besoin. Elle a parfois des doutes ou simplement besoin de parler. C’est particulièrement vrai pendant la préparation. Après, l’opérateur, la scripte, les comédiens, prennent leur place et cela devient de plus en plus fusionnel. Alors je m’efface. Je suis tous les jours sur le tournage, pour tous les plans car c’est là que les choses se fabriquent et se gravent. En préparation, à l’écriture, on peut changer une scène ou un décor. Au tournage, ce qui est là est là et il faudra faire avec. Même si je n’ai pas grand-chose à faire sur le plateau, je préfère être là si qui que ce soit a besoin d’un regard ou d’une parole. Ensuite, c’est encore une autre forme de fabrication. On a passé trois ans à écrire, quatre mois à préparer, six mois pour la postproduction, et le tournage en lui-même ne dure que trois mois ! C’est court, c’est dense – autant y mettre toute son énergie. Je ne suis pas d’accord avec les producteurs qui disent qu’ils n’ont rien à faire sur le tournage. Si c’était vrai, je ne produirais pas de film. Par contre, je peux comprendre que la présence du producteur angoisse le metteur en scène. Pour moi, être là c’est accompagner le film, être complice avec le metteur en scène. »
Ariane Guez commente : « Voir Sophie travailler est étonnant. Elle est calme, elle s’investit dans chaque point avec une implication maximale. Elle est remarquablement claire , l’équipe est très soudée et elle a su établir un lien quasi affectif avec chacun. Sophie suscite cela. On a envie de l’aider, elle motive énormément les gens. »
La réalisatrice reprend : « Tout m’intéresse, le jeu des comédiens, le cadre, tout, mais il y a des choses que je ne sais pas faire. Ce sont les détails qui permettent d’exprimer une pensée. Ce que chaque spectateur va saisir dans une scène – le cri d’une mouette, ou bien un acteur qui pleure – doit aller dans le même sens. Pour moi, ce tout, cet objet rond qu’est le film, est fait d’une multitude d’éléments dont aucun n’est anodin. Même ce que vous oubliez vous révèle. Tout signifie quelque chose. Au cinéma, vous avez tellement de détails à aborder pour construire l’ensemble que rien ne doit être laissé au hasard. J’ai envie que tout concoure à raconter ce que j’ai imaginé, toujours dans une volonté de clarifier les choses. Il est déjà tellement difficile de s’exprimer qu’il faut utiliser tout ce qu’on a sous la main pour tenter d’y parvenir. »
Sophie Marceau : « Nous avons tourné onze semaines, c’était un tournage long et dense. Je souhaitais un film assez découpé, ce qui multipliait les plans. J’étais heureuse d’aller sur le plateau le matin, j’étais gourmande de toutes les scènes.
Oury Milshtein commente : « Chaque élément du film porte la marque de Sophie, de son univers. Elle a teinté chaque aspect, des décors au travail avec les acteurs en passant par les choix de cadre, le rythme de montage ou le mixage. C’était déjà le cas pour son premier film mais cette fois, le rythme est plus vif, avec plus d’humour, des poursuites, de l’action… »
Sophie Marceau confie : « Actrice ou réalisatrice, les deux font partie de ma vie. Je trouve mon compte dans les deux – je dis deux, mais pour moi c’est une même chose. Le métier de réalisateur est venu de celui d’acteur, parce que quelque part sur les plateaux, j’ai toujours été très observatrice de ce qui se passait, proche de la mise en scène.
DEUX MONDES POUR UN UNIVERS
Sophie Marceau raconte : « L’histoire est née au Normandy, et bien que nous ayons aussi vu d’autres hôtels, elle y est revenue ! Pourtant, sur ce seul lieu, il manquait le mouvement. Ce palace a vraiment trouvé sa raison d’être le jour où Le Havre est devenu l’autre décor de l’histoire. Il fallait faire la balance, le pendant entre Camille et Jacques, entre le Normandy et Le Havre. D’un côté il y a Deauville, le luxe, le velours rouge, les ambiances confinées, enfermées, les gens dans le silence, où les choses ne se disent pas, et de l’autre on trouve Le Havre, la ville ouvrière, traversée par les vents, où tout est vivant, vrai. Entre les deux, le pont de Normandie est comme un trait d’union. Le Normandy existe parce qu’il y a Le Havre et vice-versa. Ce sont deux univers assez opposés. Le flic vient d’un monde plus dur, mais le Havre est aussi une ville où les gens travaillent ensemble, où on trouve quelque chose de très communautaire, de très chaleureux. C’est une ville sublime de beauté, très cinématographique. Face aux containers et aux docks, les planches et le glamour de Deauville… Cela correspondait tout à fait au film. »
La réalisatrice confie : « J’ai envie que le spectateur s’amuse, que l’action le surprenne et que les sentiments lui parlent. L’histoire ramène à l’intime, mais il y a plusieurs lectures possibles de ce film. En invitant les gens dans la salle, je souhaite que l’on puisse se dire qu’on est tous ensemble, qu’on va partager un moment, qu’il y sera aussi question de nous. On va se faire des confidences, on va s’amuser. Si on écrit, si on fait ce métier, quoi que l’on fasse dans la vie, c’est souvent parce que l’on a un besoin vital d’exprimer, de partager.
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