Décrivez-nous comment vous voyez Alban, votre personnage…
Dès la lecture, on comprend que c’est quelqu’un de dévoué, d’assez digne, avec une fêlure, une sensibilité. C’est un tueur, mais il est capable d’une grande générosité envers les gens qu’il aime, c'est-à-dire Manouche et Gu. Il a décidé de leur donner ce qu’il est. Il a besoin d’aimer et comme il les aime, il est capable de tout pour eux, de tout leur donner, de tuer pour eux aussi.
Vous lui avez imaginé un passé ?
Oui, dans son rapport avec Gu jadis. Alban est comme un enfant un peu perdu, il a besoin d’être guidé. Il se dévoue, c’est sa façon de trouver sa place, il s’est choisi une famille et il se consacre à eux. C’est une mission qu’il s’est fixée. Aux yeux d’Alban, Gu ne peut pas faire mal. C’est quelqu’un de fort à ses yeux, quoi qu’il arrive. Quand Gu renonce à tuer Jo Ricci, il lui trouve tout de suite une excuse : « Moi aussi, il m’est arrivé de remettre. Il faut se sentir ». Et quand il croise Blot en retournant sur les lieux, il est fier, car il se dit : « Gu n’a pas eu peur, c’est son instinct qui lui a dit de ne pas y aller. » Il a besoin de l’admirer.
Vous avez tout de suite trouvé vos marques, sur le tournage ?
Le premier jour était important, parce qu’avant le tournage, on construit son personnage de son coté et sur le plateau on va le présenter au réalisateur, on est confronté à son attente, alors quand on arrive le premier jour on est inquiet, on se demande si on est sur la bonne voie. Pour le savoir, il faut jouer. Sur ce film, il y a eu quelques ajustements et très vite, on a trouvé Alban.
Que vous inspire Alban ?
Il incarne des valeurs qui me parlent. Cela dit, le milieu des gangsters fait fantasmer beaucoup de gens, mais je ne me sens pas proche de ces gens là. Ils ont beau avoir un code de l’honneur, ce sont des tueurs. Ils me fascinent, mais dans la vie je ne choisirais pas d’être de leur côté. Je n’ai pas une grande admiration pour eux. Dans la vie, ils sont bien où ils sont et moi où je suis. Mais au cinéma, cela fait de belles histoires…
Vous êtes à l’aise avec la façon de parler de ces personnages ?
Ce sont des dialogues de l’époque, mais en même temps, je les trouve hyper modernes. On pourrait parler comme ça maintenant, ces mots de la fin des années cinquante, je pourrais les dire aujourd’hui.
L’originalité d’Alban, au-delà de sa façon de parler, c’est aussi ce qu’il dégage…
Alban, c’est une âme d’enfant dans un corps massif. Il agit avec Manouche et Gu comme un enfant avec ses parents. C’est un enfant. Il ne partira jamais et cela le blesse que Gu puisse le lui proposer. Il se sent abandonné quand on lui conseille de quitter les siens, parce que sa vie consiste à être avec eux et à se dévouer pour eux. C’est comme cela qu’il est heureux.
Vous semblez prendre beaucoup de plaisir à jouer…
J’aime ça. Je joue pour m’amuser, pour vibrer, pour toucher à d’autres choses. J’essaye de jouer en oubliant l’issue, en ne jouant que l’instant, le plan. Je joue à entrer dans la peau de gens que je ne suis pas. Par exemple, en jouant Alban, c’est la première fois de ma vie que je suis dévoué. Dans la vie, j’ai eu très tôt des gens dévoués à moi, plus que le contraire. J’ai peut-être un orgueil qui fait que je fuis ceux pour lesquels je pourrais me dévouer. J’ai peut-être un égo un peu surdimensionné, mais avec beaucoup d’humilité. Je ne cherche pas des gens dévoués à moi, ni des gens à qui me dévouer… Donc, en jouant Alban, je ne savais pas où j’allais. Mais j’ai connu suffisamment de gens dévoués pour pouvoir m’inspirer un peu d’eux. C’est agréable d’être dévoué, au cinéma…
Comment décririez-vous Alain Corneau ?
Cet homme est une encyclopédie du cinéma. Je suis fasciné par ses connaissances. Je ne sais pas si dans le foot j’en connais autant que lui dans le cinéma… L’histoire du cinéma est plus complexe que celle du foot.
Quand on sait, quand on connait son domaine, on croit que tout est simple. Mais quand on sait moins, on écoute, et comme ça on apprend. C’est pourquoi je reste sur le plateau. J’aime observer le travail. J’aime être là, parmi les autres, avec eux, comme ça, on se sent moins étranger quand on tourne. Je regarde, j’essaye d’apprendre. Par exemple, aujourd’hui, Corneau a demandé un ralenti à 50 images secondes. En fait, il faut tourner plus d’images pour faire un ralenti. J’ai appris ça aujourd’hui. C’est important de connaitre la technique. Pour décrire Corneau, je parlerais de sa connaissance. Il maitrise la technique parfaitement, donc il est libre et il sait exactement ce qu’il veut. Pour qu’un acteur se lâche et accepte tout ce que le réalisateur lui dit, c’est qu’il lui fait confiance pour l’emmener là ou il faut aller. Sur ce plateau, on lui fait tous confiance. Personne ne discute. Là où il nous emmène, ce sera l’endroit où il fallait qu’on aille…
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