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Interview Le Deuxième souffle  

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Jacques Dutronc Interview Le Deuxième souffle

Interview Le Deuxième souffleOrloff semble tout savoir sur tout le monde, et il ne dévoile rien sur lui…

L’âge lui a appris des choses. Il a sans doute un passé assez lourd, mais il a une certaine élégance dans ses délits, et une instruction plus élevée que d’autres. Il est très fidèle en amitié. Pourquoi on le respecte ? Je l’ignore, mais à jouer c’est tant mieux ! On ne va jamais chez Orloff, on ne sait pas où il habite, on sait peu de choses sur lui et c’est bien ainsi.Il faut laisser aux spectateurs leur petite part d’écriture mentale…

Vous êtes vous interrogé sur le lien, le passé qu’il a avec Gu ?

Je ne cherche pas à connaitre les coulisses, le passé d’un rôle. Ça ne me fait pas avancer dans le jeu. Je préfère m’inspirer de que je ressens, une fois en costume, dans le décor, avec les autres. Orloff apprécie Gu parce que c’est un vrai, un pur, pas une lope. En plus, sa fiancée est belle…

Orloff refuse de tuer. Parce qu’il l’a fait et le regrette, ou parce qu’il ne l’a jamais fait ?

Je préfèrerais qu’il soit spécialisé dans les casses bien gambergés, sans avoir jamais eu à provoquer la moindre effusion de sang. Orloff est plutôt du genre à ne pas tuer uniquement pour toucher un magot. Il y a deux catégories de voyous. Ceux qui ont une morale et pas de scrupules et ceux qui ont des scrupules, mais aucune morale. Orloff navigue entre les deux, tout dépend de qui il a en face. Je dirais qu’il a une morale et pas de scrupules. Mais jusqu’où va la morale ???

Vous avez tout de suite eu envie de jouer dans ce film ?

Giovanni par Corneau, franchement, qui hésiterait ? J’avais rencontré José Giovanni. Un type formidable. Tout ce qu’il dit est bien. Cela devrait être enseigné à l’école. Il avait une éthique, liée aux valeurs de son époque. A chaque époque son type de gangsters. Aujourd’hui, ce sont des voyous qui exercent dans l’informatique, les combines bancaires, les délits d’initiés. Il y a bien encore quelques roquettes tirées sur des fourgons, mais c’est une autre démarche, une autre mentalité, cela ne fonctionne plus avec les mêmes hiérarchies. A l’époque de Giovanni, chez les voyous, il y avait un genre d’arbitre, d’avocat, c’était un arménien qui arrangeait les conflits. Quand deux types étaient en conflit, on allait le voir. Il tranchait et on le suivait. C’était nickel, sa décision était approuvée sans appel. Orloff m’a fait un peu penser à lui. Il fait le médiateur vis a vis de son pote Gu, il prend des risques, il va au charbon, avec son « Zig » dans la fouille…

On dit souvent que le costume aide à entrer dans un rôle…

Ah, mais celui là est fait sur mesure ! Il va avec la Bentley, une vraie avec la conduite à droite, c’est mieux pour embrasser celle qui monte à côté. Orloff, c’est marrant, ce nom me rappelle mon enfance, Chaussée d’Antin, dans ma rue, il y avait une épicerie fine avec du saumon en vitrine, le magasin s’appelait Orloff. Celui que j’incarne a fait ses études en Angleterre, d’où le « Eden » en guise de chapeau, peut-être. Quand je suis arrivé sur le plateau, en tenue, Alain m’a dit que José aurait été ravi de voir Orloff comme ça…

Vous n’aviez jamais travaillé avec Alain Corneau

Avec lui, on a vraiment l’impression d’avoir un vrai metteur en scène en face de soi. A mon avis, c’est le seul qui reste, heureusement qu’il est en bonne santé ! Humainement n’en parlons pas. Il a l’auréole. C’est quelqu’un de formidable. Quand il y a une arme, ou qu’on parle d’armes, ses yeux brillent et j’aime sa passion. Corneau ne fait pas de psychanalyse. Ce qu’il demande est très précis, l’écriture du scénario aussi est très précise, certaines phrases sont difficiles à dire. C’est un texte particulier à apprendre. Rien n’est appuyé. C’est clair et net. Pas de mots inutiles. Quand il est venu en Corse chez moi me proposer le rôle, j’ai dit oui tout de suite, c’était un honneur pour moi. Quand il est parti, je lui ai envoyé un texto : « Merci d’être venu, signé Orloff ». En une après midi, j’ai changé de nom, j’ai demandé à tout le monde de m’appeller Orloff.

Parlez-nous de vos partenaires…

Ma partenaire est blonde, mais pas idiote, car au départ, elle est brune… Elle est plus que jolie et parfaite pour le rôle. On dessine des courbes avec ses mains quand on parle d’elle. Elle est aussi très sympathique. Comme le film est formidable, il va y avoir une suite, dans laquelle elle s’appellera Simona. Et Orloff choisira alors de s’appeler Stanislas… Eric Cantona est génial. Je regrette de ne pas jouer avec lui. Quand à Blot, ce cher Michael White, je parle de lui dans le film mais je ne le croise jamais.

Vous êtes le seul à prononcer le nom de Fardiano avec l’accent corse…

C’est normal. Je ne pouvais pas laisser passer ça... J’ai eu envie de mettre en scène un film en Corse, il y a très longtemps. La vedette, c’était la Corse vue par moi. Je mettais les touristes, dans la lumière et les Corses, dans l’ombre… Mon livre préféré s’intitule « L’éloge de l’ombre » de Junichirô Tanizaki. Tenez, je suis sûr qu’on trouve ce bouquin dans la bibliothèque d’Orloff…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 
 

 

       

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