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Interview Le Deuxième souffle  

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Michel Blanc Interview Le Deuxième souffle

Michel BlancIl est très atypique, ce commissaire Blot…

C’est quelqu’un qui cache, derrière un coté un peu théâtral et un humour à froid, une grande blessure. Il s’exprime très bien. Il est prolixe, mais jamais condescendant. Cela se voit, par exemple, dans sa façon d’apprendre le métier à son adjoint : il le titille par jeu, mais il n’a jamais de mépris pour lui.

Il n’en n’a pas non plus envers les truands…

Non, il les connait trop bien… Il a une sorte d’intimité avec les truands, c’est un monde qu’il connait parfaitement et il sait comment jouer avec eux, comme un chat avec des souris. Par exemple, dans la scène où il va voir Jo Ricci dans son bar, il est très tortueux avec lui. Ou aussi la scène chez Manouche, quand il explique à ses collègues qu’il est inutile d’interroger les présents, puisque personne n’aura rien vu. C’est une façon de dire à ces truands : allez, ne nous prenez pas pour des idiots, on a compris, donc on ne va même pas vous poser des questions, faut pas me la faire et au passage, je vais un peu me payer votre tête… Non, pour revenir à la question, le seul pour lequel Blot a du mépris, c’est Fardiano, parce que c’est un flic pourri, qui emploie de sales méthodes et cela entache l’honneur de Blot.

Est-ce qu’on peut dire que Blot a du respect pour Gu ?

Oui, et ce respect est mutuel. Par exemple, à la fin, Gu attend que Blot sorte de son champ d’action pour commencer la fusillade. Et Blot essaye de convaincre Gu de ne pas se lancer dans ce baroud d’honneur suicidaire. Blot est là pour empêcher les truands de nuire, il est même capable d’user de moyens un peu machiavéliques, mais il respecte Gu, même quand il le piège. C’est son adversaire, il veut l’avoir, mais sans l’humilier. Blot donnera le carnet de Gu pour lui rendre son honneur, il est en quelque sorte son exécuteur testamentaire : il exauce son ultime volonté. Il est respectueux de ce que Gu a de beau.

Blot apprécie aussi beaucoup Manouche

Il est touché par elle. Et à la fin du film, il choisit de sauver son avenir. Il lui ment pour l’aider à passer à une autre vie…

Dans « Monsieur Hire » de Patrice Leconte, vous endossiez le rôle tenu par Michel Simon dans le film de Duvivier. Là, vous reprenez le rôle tenu par Paul Meurisse…

…Et dans les deux cas, j’ai décidé de ne pas y penser. Chaque réalisateur apporte un nouveau regard, donc il faut s’en tenir au scénario. Et comme Alain Corneau a choisi de retourner aux sources, c'est-à-dire au roman de José Giovanni, j’ai la chance d’avoir à jouer la blessure de Blot, cette faille qu’il porte en lui et qu’il révèle au détour d’une scène. Cela change tout. Cet homme a de l’aisance, de l’assurance, mais au fond de lui quelque chose est définitivement brisé. Son brio est un vernis, il faut qu’on sente qu’il pourrait craquer à tout moment. Donc « mon » Blot est plus roublard, moins monolithique. Il a la cinquantaine, comme moi, donc, comme moi, il porte des lunettes et celles-ci sont d’époque. Elles tombent plus bas sur les paupières, c’est comme le costume, cela aide à se tenir autrement. Là, j’ai quasiment tout le temps un chapeau, que je ne retire jamais devant les truands. Tout cela vous plonge dans une forme d’inconfort qui peut vous aider à jouer. Par exemple, le col dur de la chemise fait qu’on se tient plus droit, ça participe à l’attitude un peu hautaine du personnage.

Vous aviez déjà tourné avec Alain Corneau une fiction au Pakistan…

Et ce fût une aventure incroyable, assez limite, car on tournait à la frontière afghane, c’était « chaud » et on a tous les deux gardé un souvenir très fort de cette aventure là.
J’avais très envie de retravailler avec lui, parce qu’il sait vraiment ce qu’il veut. Les metteurs en scène ne sont pas tous comme ça… En plus il est d’une culture extraordinaire, il en connait autant en musique qu’en cinéma. C’est un homme subtil, exigeant, toujours à la recherche de la vérité du personnage et de la situation. On se sent porté par lui. Il a une manière de dire peu qui en dit long… On s’était parlé du personnage avant le tournage. Il voulait qu’on sente la brisure interne du personnage et je l’ai construit dans ce sens. Il corrige ce qui ne va pas sans bavardage inutile, sans prise de tête. Il n’est pas du genre à vous raconter que le personnage est tombé d’une échelle rouge quand il avait trois ans…

Comment avez-vous travaillé pour retenir ces longues tirades ?

Il y a une seule méthode pour retenir son texte : s’y prendre à l’avance ! Pour un tournage en novembre, j’ai commencé à apprendre mes dialogues en août. Blot n’arrête pas de parler. Alors, pour lui apporter de la subtilité, le nuancer, il faut maitriser le texte à cent pour cent. Il faut toujours éviter de devenir mécanique afin de laisser venir les choses et laisser au texte le temps d’infuser en vous. Le travail, c’est ce qui rend ce métier passionnant, c’est plus enrichissant de connaître son texte, de l’avoir absorbé, d’en faire un prolongement de vous, que d’apprendre ses dialogues au maquillage… C’est un artisanat, le métier d’acteur.

Comme Daniel Auteuil, que vous aviez mis en scène dans « Mauvaise passe », vous avez d’abord été reconnu pour vos talents de comédie…

Oui, mais Daniel a une dimension de séducteur qui lui a permis de passer plus vite d’un emploi comique à des rôles plus dramatiques. Moi, avec « Monsieur Hire », je suis passé des comiques aux timbrés et lentement, j’ai évolué jusqu’à incarner des gens normaux. Avec le temps on évolue aussi. Je suis plus à l’aise, j’ai gagné en épaisseur, en patine. Il y a quelques années, j’aurais joué un Blot plus sur le déséquilibre et la fragilité, je l’aurais sans doute rendu trop névrotique. Cette année, j’ai incarné tous les genres de rôles, j’ai eu la chance de sortir d’un emploi trop précis.
Pour en revenir à Daniel Auteuil, nous n’avons que deux scènes ensemble, dont une où il est criblé de balles… Il a une vraie violence en lui, on croit tout à fait au tueur qu’il incarne. On sent que Gu est dangereux, alors que ce n’est pas du tout ce que Daniel dégage dans la vie. Il parvient dans ce rôle à trouver en lui des montées en puissance, en violence, il est capable d’une rage effrayante.

Vous n’aviez jamais travaillé avec Monica Bellucci ni avec Eric Cantona…

La première scène qu’on a tournée ensemble Monica et moi est celle qui se déroule dans mon bureau. C’est une scène intéressante, Blot lui parle avec une grande sincérité. Et Monica m’a beaucoup donné dans cette scène, un vrai regard, bien au delà de la justesse. Il émane d’elle quand elle joue une profonde et sincère générosité. Elle dégage quelque chose de rayonnant qui vous aide à jouer.
Quand à Cantona, il a une stature phénoménale. Il est formidable comme acteur, il a un regard… C’est énorme ce qu’on reçoit quand on joue avec lui. Et c’est un être adorable dans la vie, attentif, chaleureux, presque timide… Notre scène ensemble dans la voiture, c’est une idée formidable d’Alain Corneau. On ne pouvait pas marcher l’un à côté de l’autre, il est si grand, des talonnettes ne m’auraient pas suffi, il m’aurait fallu une table ! Et du coup, cela devient une scène surprenante, dans laquelle je le cuisine sans le laisser lire sur mon visage, puisqu’il est assis derrière moi. C’est aussi cela l’art de la mise en scène…

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 
 

 

       

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