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Mon meilleur ennemi

Mon meilleur ennemiTitre original: Mon meilleur ennemi
Origine :
Sortie : 7 novembre 2007
Réalisateur: Kevin Macdonald

Scénariste:
Genre: Documentaire
Durée: 1h30

Distribution: Wild Bunch Distribution

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Synopsis


On connaît le nazi Klaus Barbie, chef de la Gestapo et “boucher de Lyon”, tortionnaire de Jean Moulin, condamné en 1987 à la prison à vie pour crimes contre l’humanité. Mais l’agent Barbie travaillant pour les services secrets américains ? Et Klaus Altmann, l’homme de l’ombre de la répression bolivienne ? Kevin Macdonald, réalisateur d’Un jour en Septembre et du Dernier roi d’Écosse, nous révèle, dans un documentaire sans concession, les trois vies barbares de Klaus Barbie.
A travers l’itinéraire d’un bourreau, ce film retrace l’histoire secrète du XXe siècle, ses omissions, ses contradictions et ses atrocités : pour comprendre, pour ne pas oublier...

Technique


Réalisé par .......... KEVIN MACDONALD
Produit par .......... RITA DAGHER
Producteur .......... KEVIN MACDONALD
Co-producteurs .......... BRAHIM CHIOUA et VINCENT MARAVAL
Assistante de réalisation .......... DELPHINE JAUDEAU
Musique originale .......... ALEX HEFFES
Documentaliste .......... CAMILLE MENAGER
Montage image .......... NICOLAS CHAUDEURGE
Montage son .......... JEAN MALLET
Lumière .......... JEAN-LUC PERREARD
Son .......... YVES COMELIAU, YVES LEVEQUE, STEPHANE BUCHER
Mixage .......... JEAN-PIERRE LAFORCE
Commentaire dit par .......... ANDRE DUSSOLIER
Directrice de production .......... SYLVIE BALLAND
Directrice de post production ......... CHRISTINA CRASSARIS

 

A PROPOS DE KLAUS BARBIE (D’APRÈS LES INTERVIEWS RÉALISÉES POUR MON MEILLEUR ENNEMI)


Neal Ascherson, historien et biographeNeal Ascherson, historien et biographe
Je suis convaincu que Klaus Barbie est déjà un espion à l’école. Qu’il est employé comme agent mineur pour espionner ses camarades, car il vient d’une région profondément catholique, Trea, il est dans une école catholique libérale. Tout ce que les Nazis détestent. Klaus Barbie a été membre d’un mouvement des jeunesses catholiques. Il semblerait qu’il est utilisé par les Nazis dès 33, pour espionner ses camarades, et particulièrement les organisations de jeunesse catholique, qui existent à l’intérieur même de l’école, et qui sont perçues comme antinazies. (...) Il n’y a pas un événement spécifique de son passé qui l’a rendu personnellement antisémite. C’est quelque chose qu’il prend des autres. Il y a une population juive à Trea. Ce n’est pas une très grande ville. Il connaît beaucoup de juifs. Il sait qui est le grand rabbin Altmann, quand il le croise dans la rue. Plus tard,bien plus tard, alors que le rabbin a péri depuis longtemps dans les chambres à gaz d’Auschwitz, Klaus Barbie usurpe son nom pour en faire son pseudonyme.

Ute Messner, fille de Barbie
Journaliste : Qu’est-ce que cela vous fait d’être la fille d’un homme décrit comme “Le Boucher de Lyon” ? Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Ute : On n’a jamais compris pourquoi il était appelé “le boucher”.
Journaliste : Eh bien, parce qu’il était connu pour être un grand tortionnaire.
Ute : Oui mais qui a inventé cela ? J’ai essayé de le savoir...
Journaliste : Ses victimes.
Ute : A ce propos, les bouchers de Lyon sont très contrarié

 

Neal Ascherson, historien et biographe
Son expérience aux Pays-Bas lui vaut d’être remarqué. Les gens comprennent qu’il est bon en interrogatoire et qu’il est un impitoyable chasseur d’hommes. Telles sont les aptitudes qu’il a développées. (...) Après cela, il est transféré dans un lieu appelé Gex, en France, près de la frontière Suisse. De là, il peut regarder ce qu’il se passe à la frontière, il capture des agents qui essayent de passer et ce genre de choses. Ensuite, il est muté à Lyon. Je pense ne pas me tromper en disant qu’il va à Lyon au moment même où les Allemands décident d’occuper, pas seulement le nord de la France, mais toute la France, et il s’y installe. Lyon est alors identifiée comme le centre de ce qui va devenir la résistance. C’est un lieu qui vous permet d’être en contact avec les deux extrémités de la France, le sud et le nord. C’est là que la résistance se met en place, commence à s’organiser, et que Barbie est envoyé.

 

Isabel HiltonIsabel Hilton, historienne et biographe
Les contacts entre Barbie et les services secrets américains ont lieu immédiatement après la guerre, lorsque les Américains réalisent qu’après la défaite du Nazisme, la Russie et le communisme sont une menace imminente en Europe. Et qui s’y connaît en communisme ? Et qui d’autre que les Nazis ont fait récemment l’expérience d’activités anti-communistes en Europe ? Barbie n’est qu’un de ceux que la CIA approche au début de la guerre froide.

 

Serge KlarsfeldSerge Klarsfeld, chasseur de Nazis
Les autorités françaises demandent l’extradition de Klaus Barbie de la zone américaine en Allemagne pour les crimes commis contre Jean Moulin et ses amis. Mais “Jean Moulin et ses amis”, pour les Américains à ce moment-là, cela fait partie de la guerre, ils sont en pleine guerre froide, contre les communistes ; et Klaus Barbie est efficace contre les communistes. Ils ne savent rien de lui et de ses crimes contre les juifs. Lorsqu’ils l’apprennent - apprennent-ils pour les enfants ? - ils sont convaincus que les Français ont rencontréKlaus Barbieà Munich et l’ont interrogé, et ils savent aussi que les Français ont tenté de kidnapper Barbie et qu’il risque d’y avoir un scandale entre les deux pays. Le ministre des Affaires Etrangères américain envoie des lettres au gouvernement français pour dire “Barbie n’est pas entre nos mains”. Alors si la vérité éclate, c’est vraiment un scandale car ils mentent officiellement. C’est à ce moment-là qu’ils décident de se débarrasser de Barbie.

 

Gustavo Sanchez, ministre bolivienGustavo Sanchez, ministre bolivien de l’Intérieur (1983)
Barbie arrive en Bolivie en 49. Après la révolution de 52, il travaille avec des juifs justement, dans une usine de meubles. Et là on le perd de vue : il ne participe à aucun gouvernement démocratique mais il met ses compétences au service des gouvernements militaires. Il participe aux interrogatoires de la guérilla de Che Guevara. C’est lui également qui ordonne que l’on exécute un citoyen bolivien emprisonné. Qu’ils soignent et qu’une fois guéri, ils abattent. Même chose avec deux autres Argentins, emmenés à l’aéroport, tués sommairement sur place, et balancés d’un hélicoptère. C’est les méthodes qu’il utilisait déjà lorsqu’il exerçait en France. Tout ce qu’il a appris en France, il l’applique en Bolivie. Absolument tout.

 

Isabel Hilton, historienne et biographeIsabel Hilton, historienne et biographe
Quelqu’un comme Barbie, opérant en Amérique Latine durant la guerre froide, est un atout évident pour les Services Secrets américains, et l’on s’intéresse de nouveau à lui. Ils savent où il est. Ils savent qui il est. L’idée, d’après ce que l’on sait, c’est que c’est au moment où Che Guevara est actif en Bolivie, que les Américains caressent l’idée de réactiver Barbie comme agent. Il y a plusieurs réunions au sujet de Barbie, entre la CIA et l’intelligence militaire américaine, où la CIA fait remarquer que cela peut être problématique de recruter quelqu’un clairement identifié comme criminel de guerre nazi. Un scrupule que les Américains ne semblaient pas avoir auparavant. Certainement dans les années 60, cela est devenu un problème. Puis, Che Guevara est capturé et l’affaire moins pressante.

 

Alvaro de Castro, confident de BarbieAlvaro de Castro, confident de Barbie
Une délégation officielle voyage en France. Klaus comme président de la compagnie Transmaritima Boliviana, prend la tête de la délégation, accompagné de plusieurs militaires membres de la direction. Une fois sur place, Klaus se dit : “Dire que je suis à Paris... Je vais au Panthéon.” Il achète un bouquet de fleurs très beau, très cher et il va au Panthéon. Sur la tombe de Jean Moulin, il dépose les fleurs et reste là, un long moment, à repenser au passé.

 

Barbie, sans la guerre, serait devenu un escroc. Il aurait été le genre d’hommes d’affaires toujours légèrement à la limite de la loi. Ce qu’il est effectivement devenu après la guerre. En Bolivie. Il monte une affaire respectable et fait du commerce honnête, mais il a également toute une série d’activités au quotidien, pas honnêtes, pas légales et pas morales, qui ont contribué à la fin à réunir la plus grosse partie de sa fortune. Je ne crois pas qu’il avait particulièrement un sens moral. Il n’a jamais renoncé à sa foi dans le Nazisme. Il n’a jamais renoncé à sa fierté d’avoir servi le Reich. Et cette sorte de camaraderie avec des collègues officiers reste importante tout au long de sa vie. Ainsi que le sentiment que l’histoire les a maltraités. Qu’il y a une certaine injustice dans l’échec du grand projet dont il a fait partie. S’il a une croyance profonde, c’était celle-là. Mais au-delà, c’était un criminel.

 

 

Ladislas De Hoyos, journalisteLadislas De Hoyos, journaliste
À un moment, je dis à Klaus Altmann : “Faisons l’interview en français”. Il dit qu’il ne saurait pas comment, et je lui dis que je l’aiderai. C’est là qu’on entend : “Je ne suis pas un assassin... Je n’ai jamais torturé... Je ne connais pas Jean Moulin... Je n’ai jamais été avec la Gestapo de Lyon... etc.”. C’est si intense, que je n’arrête pas de me tourner vers la droite, car j’ai peur d’arriver au bout de la bobine, et il faut toujours 3 ou 4 secondes pour changer de bobine. Puis, je me tourne, je vois l’ingénieur du son, Jean-Pierre Ajax, deux microphones à la main et écouteurs sur les oreilles. Ce type a été au Vietnam, au Biafra, il a été partout, mais quand je me tourne et je le regarde, je vois ses mains trembler. C’est l’émotion de savoir que c’est Barbie et qu’il est en train de parler en français. À ce moment-là, Barbie réalise que l’interview n’est plus en sa faveur, il se lève et quitte la pièce. Je regarde les Boliviens et je dis “Je veux voir le Ministre de l’Intérieur immédiatement !”. Qui se trouve à l’étage du dessous. Je prends les bobines, les bandes et la photo de Jean Moulin que j’ai tendue à Klaus Barbie pendant l’interview, et qui porte maintenant ses empreintes digitales. Celles-ci sont très nettes grâce à la brillance du papier photo. Alors avec tout ça, je descends, passe devant la porte du Ministre de l’Intérieur, et je vais directement à l’Ambassade Française, pour mettre le tout à l’abri dans un coffre-fort.

 

 

Simone Lagrange, victime de Barbie
Je ne connaissais pas son nom. Je ne savais rien de lui. Vous savez, lorsqu’on était pris dans ses griffes, il ne nous donnait pas sa carte de visite. Je suis la première personne à l’avoir reconnu officiellement. Pour une simple raison. C’est la Chandeleur, je prépare des crêpes pour les enfants, et mon mari est dans le salon en train de regarder la télévision. Et il m’appelle : “Viens voir, viens voir !”. Je me souviens, je me brûle la main. J’arrive en panique et je suis stupéfaite - la télévision est en noir et blanc et il baisse le son - je me retrouve encore une fois face à ce type. Je ne peux pas bouger. Il me dit : “Qu’est-ce qui ne va pas ?” Et je dis : “Oh quel salaud.” “Qu’est-ce qu’il t’a fait? “J’ai l’impression que c’est l’homme qui m’a torturée. Il est vieux maintenant, mais j’ai l’impression que c’est lui.” Et il remet le son et le présentateur demande à tous ceux qui identifient cet individu comme étant le boucher de Lyon de bien vouloir les contacter. Alors il ajoute : “Il avait une particularité.” Je lui réponds : “Oui”. Il me tend un bout de papier et me dit : “Ecrivez quelle était cette particularité.” Et il donne du papier à Barbie pour qu’il fasse de même. Il aurait pu marquer n’importe quoi, sans aucun doute. J’écris que le chien était complètement jaune. Il avait des yeux jaunes, il était jaune. Ce n’était pas un berger allemand de couleur. Et l’autre écrit la même chose. Il y a tous ces points semblables, qui se recoupent, par conséquent, il n’est jamais capable de contredire ce que je dis. À un moment, le juge le regarde et lui dit : “Monsieur Klaus Barbie” - cela me dérange beaucoup quand il dit “Monsieur” - “j’ai l’intime conviction que vous reconnaissez l’histoire de... que vous reconnaissez Madame Lagrange.” Alors je me lève et je dis : “Votre honneur, je regrette infiniment, cet individu ne peut reconnaître Madame Lagrange. J’ai 53 ans, j’en avais 13. Il reconnaît la situation car ce n’est pas habituel de torturer un enfant de 13 ans. Mais il ne me connaît pas.” Alors l’autre répond : “Vous dites cela parce que je regarde beaucoup Madame Lagrange, mais que voulez-vous, cela fait sept mois que je suis en prison, je suis un homme, et elle est toujours très charmante.” Alors ma colère éclate et je dis que je considère être insultée par cet individu, qu’à travers moi, il insulte des millions de morts et que je tiens à ce que cela soit inscrit dans le dossier. Ainsi que mes protestations et ses réflexions. Alors Barbie dit : “Mais vous les françaises vous êtes impossibles, vous ne comprenez pas une plaisanterie.”

 

 

Maître VergèsMaître Vergès, avocat de Barbie
Nous ne comprenons jamais vraiment les gens... De tous les criminels que j’ai défendus, je crois avoir compris Barbie. J’ai toujours dit à Barbie que chacun doit comprendre de quoi la vie nous accuse. Le comprendre dans l’intérêt de la société. Je lui ai dit “Vous n’étiez pas membre d’un commando responsable de la destruction de la Russie. Vous n’étiez pas un gardien de camp à Auschwitz. Vous étiez un officier de police allemand en France. La France était un pays occupé mais dans lequel il y avait encore un gouvernement. Et ce régime a satisfait les caprices des Allemands. Vous étiez dans ce pays, et vous avez fait des choses, et vous êtes innocent. Et cela n’a aucun sens de vous décrire comme un monstre. Vous êtes une tragédie unique de notre temps. Vous êtes comme un officier américain au Vietnam qui dans les films est dépeint comme fou. Ou comme l’officier russe à Kaboul, ou certains officiers à Alger. Vous n’êtes ni meilleur, ni pire.”

 

 

Simone Lagrange, victime de Barbie
Quand Klaus Barbie est sur le point de mourir, un journaliste va le voir et lui dit : “Monsieur Barbie, vous êtes en phase terminale, vous allez mourir, quand vous mourrez, je vais aller voir Madame Lagrange. Me confiez-vous la responsabilité de lui dire que vous avez des regrets ?” Et Barbie répond en français : “Quand vous verrez cette femme, vous lui direz que le seul regret que j’ai, c’est que les gens comme elle soient revenus de là où on les avait envoyés.”

 

 


 

 


 
 

 

       

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