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Entretien de Maxime (Jean Reno) pour Cash 

Jean RenoPour moi c’est toujours pareil, il existe des projets mais il faut d’abord sentir ceux avec qui on va s’embarquer. D’une part, j’avais cette fidélité avec Patrice Ledoux, le producteur, et ensuite j’ai rencontré Eric Besnard et le courant est passé. Il est l’inverse de ses scénarios, c’est un homme discret, qui ne parle pas trop alors que ses histoires sont extrêmement riches, foisonnantes, pétillantes. Je me suis aussi rendu compte qu’il avait un vrai rapport avec ceux avec qui il travaille. L’amitié est quelque chose qui compte pour lui ; il est proche de François Berléand, il a un lien avec Jean Dujardin, avec Valeria, Clovis, et il aime bien Alice et Jocelyn. Il associe un côté jeune à une vraie sagesse. C’est quelqu’un qui aime les comédiens et ça donne envie de partir avec lui.

En lisant le scénario, je me suis dit que le terme “intrigue” avait été inventé pour ce genre d’histoire parce qu’on est effectivement intrigué. On a envie de savoir, de comprendre. C’était déjà passionnant sur le papier, mais c’est en commençant à le jouer avec mes partenaires que j’en ai saisi toute l’ampleur et la malice. Eric a tissé une histoire précise, et il ne dit que ce qui est nécessaire pour que les spectateurs se sentent concernés, embarqués. En découvrant le film, j’y ai encore trouvé une autre dimension, tout ce qu’Eric y a mis en termes de rythme, d’habillage, et j’ai beaucoup aimé. Je redoute toujours un peu de voir le film achevé parce que j’ai peur qu’il ne soit pas au niveau de la promesse. Quand j’apprécie quelqu’un, je ne veux pas avoir à lui dire que j’ai été déçu mais en l’occurrence, il n’y a eu aucun problème. J’ai même été spectateur, ce qui est assez rare sur des films dans lesquels je joue, car je doute toujours beaucoup en me voyant. Le film m’a procuré un tel plaisir que j’ai eu beaucoup moins de questionnement que d’habitude. CASH donne de la bonne humeur, de l’énergie, de belles choses à voir et il associe le spectateur à sa mécanique. C’est un plaisir pour les yeux et l’esprit, sur la forme et sur le fond.

Certains rôles sont l’occasion de redéfinir un comédien, parce qu’ils intègrent le temps qui passe et les films qui ont été faits avant. Vous arrivez à chaque fois avec votre histoire, votre image, peut-être une maturité, un recul. Dans un film comme celui-ci, il est difficile de définir mon personnage uniquement par rapport à lui-même parce qu’il existe aussi beaucoup dans son rapport aux autres. Maxime est un peu une légende dans le milieu de l’arnaque. Il est un maître, il inspire. Il a commencé jeune et il a mis de l’argent de côté dans tous les paradis fiscaux, histoire de pouvoir faire du tango à Buenos Aires tous les lundis ! Il sait qu’il peut aller en prison, il court le risque mais il ne sait faire que ça et je crois qu’il aime l’esprit de ce qu’il fait, ce mélange de jeu, de danger et d’absence de violence. C’est un esthète de l’arnaque. Maxime semble un peu plus solide, un peu plus mystérieux que les autres simplement parce que ses histoires d’amour ne sont pas soulignées. Une histoire d’amour humanise et affaiblit. On ne sait rien de sa vie affective et cela le place un peu à part.

Si le cinéma est un art, c’est de toute façon un art de groupe. Parfois, on a presque toute la mélodie à jouer, et parfois on est dans l’orchestre pour trois coups de triangle. En l’occurrence, j’aimais la musique qui se jouait et même pour trois jours de tournage, j’aurais dit oui. Le fait d’avoir seulement une partie à jouer ne simplifie pas pour autant le jeu. Ce que vous avez à jouer doit être en phase avec ce qu’interprètent les autres, chaque pièce doit être à sa place dans le puzzle. Maxime est toujours en train de manipuler. Pour ne pas mentir, il faut jouer sans tenir compte de ce que sera le dénouement final. D’action en action, de réplique en réplique, le personnage avance dans l’intrigue et il faut aller d’une étape à l’autre en essayant d’oublier la totalité du chemin. C’est le seul moyen de jouer vrai tout en construisant un mensonge.

L’histoire se déroule dans un milieu où les gens agissent souvent en groupe mais sans en constituer un. On n’est pas dans la Mafia. Tous les protagonistes sont associés pour ce coup-là mais ils ne travaillent pas toujours ensemble. Le fait que les premiers et les seconds couteaux soient joués de la même façon brouille encore un peu plus les cartes. On ignore quel sont les liens personnels qui existent entre eux, on ne sait rien de leurs véritables motivations. Tout cela se révèle au fur et à mesure et le découvrir accélère et reteinte à chaque fois l’histoire.

Pour définir la silhouette de Maxime, nous avons bien sûr travaillé les costumes, le bouc, les lunettes, mais Eric m’a aussi demandé de penser à Robert De Niro parce qu’il sait que je le connais bien. J’ai intégré cette piste au personnage écrit. Le fait de jouer dans des décors superbes, avec des voitures de rêve, face à des gens très élégants vous inspire également. Le personnage naît à la fois de ce que vous dit le metteur en scène et de la réflexion que génère la lecture du scénario. On y pense et il existe une sorte d’alchimie que le metteur en scène affine en fonction de l’ensemble de sa vision. Un des premiers axes de réflexion pour moi était d’imaginer mon rapport avec la “victime” de l’arnaque. Il ne faut surtout pas déflorer l’histoire, mais ce rapport-là conditionnait beaucoup de choses. Comment allaiton s’approcher ? Il y avait quelque chose du fauve. Comme souvent dans le film, les gens se jaugent, se sentent, on ne sait pas toujours qui sera la proie et qui le prédateur…

Ce film a aussi été l’occasion de jouer quelque chose d’assez nouveau pour moi. Je crois que c’est la première fois que j’ai une scène de séduction de ce type. Le décor était étonnant, sur un bateaumouche qui glisse sur fond de Paris illuminé, j’étais avec Valeria Golino, magnifique. C’était une partie subtile à jouer. Ce fut un vrai plaisir. L’un des bonheurs de ce film, en tant que comédien et en tant que spectateur, je l’espère, c’est la variété des confrontations et des rencontres. Aucune scène n’est anodine, toutes contiennent des clefs et reposent sur des situations fortes à jouer. Me retrouver face à Jean Dujardin était un plaisir. Pour les scènes sur le golf par exemple, on a beaucoup joué l’un avec l’autre. Il y avait de la malice et de l’envie dans le jeu. C’est un bûcheur. Aussi haut soit-il aujourd’hui, il n’a pas encore fini de monter, sa trajectoire est magnifique.

L’une des qualités du film est aussi d’associer des comédiens connus, mais pas seulement pour rendre l’affiche attractive. Nous sommes tous là pour servir l’histoire. Ce film reste comme une excellente expérience, c’est aussi une étape de plus dans ma relation avec Patrice Ledoux. Il est arrivé avec ce film comme avec un bouquet de fleurs ! Je sais que c’est un film important pour lui et il l’est donc encore un peu plus pour moi. J’aime le cinéma qui dépasse les frontières, les genres. Je suis heureux de tourner dans ce type de film, ici ou aux Etats-Unis. Je suis impatient de revoir CASH, pour apprécier en connaissance de cause les magnifiques tours de passe-passe auxquels Eric convie le public !

 

 



 

      

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