L'Amour à mort  
 
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La Chine est encore loin

La Chine est encore loinTitre original: La Chine est encore loin
Origine: Agerie
Sortie: 2008
Réalisateur: Malek Bensmaïl

Scénariste:
Genre: Documentaire
Durée: 120

Distribution:

Festival: Festival des 3 continents

Synopsis


Le 1er novembre 1954, près de Ghassira, un petit village perdu dans les Aurès, un couple d’instituteurs français et un caïd algérien sont les premières victimes civiles d’une guerre de sept ans qui mènera à l’indépendance de l’Algérie. Plus de cinquante ans après, Malek Bensmaïl revient dans ce village chaoui, devenu « le berceau de la révolution algérienne » pour y filmer, au fil des saisons, ses habitants, son école et ses enfants. Entre présent et mémoire, c’est une réalité algérienne émouvante et complexe, foisonnante et contradictoire, qui se dévoile.

 

 Par Baya Cheikh Ettayeb


Filmé comme ses précédentes oeuvres, au plus près de l’humain et au coeur de la plaie, le dernier documentaire de Malek Bensmaïl est encore en voie de finalisation. Programmé au dernier jour du Panorama du cinéma d’«Alger, capitale de la culture arabe 2007», les spectateurs n’ont pu en apprécier qu’une version non définitive. Ce qui n’a pas empêché l’émotion. Sarah, Besma et les autres. Des enfants bruns, blonds ou roux, surpris dans cette perfection fugitive qui nimbe les visages de la pré-adolescence.

Jour après jour, ils répètent ce que leur enseignent leurs deux instituteurs acharnés dans l’effort. Les garçons s’évadent parfois. Vont à la rivière. La caméra les suit dans le refuge où ils fument. L’instituteur sévit. Les fillettes sont sages comme des images. Besma, la petite brunette, a des problèmes scolaires. Son père la conduit chez le taleb qui lui prescrit des hrouz à boire. Jour après jour, les enfants se mettent en rang devant l’école. Ils sont copieusement cinglés par la canne souple d’un monsieur (le gardien ?) qui s’en sert aussi pour sonner les heures d’entrée et de récré. Un engin passe, les enfants suffoquent sous la poussière. Le temps passe et Sarah arrive un jour, les cheveux enveloppés d’un khimar bleu ciel. Elle ressemble à la madone des églises. En cours de français, les enfants apprennent le verbe respecter. « Les enfants respectent le drapeau », dit Sarah lorsqu’on l’interroge. La routine est rythmée par le lever quotidien des couleurs et Kassamen entonné avec plus de conviction que de justesse. Puis, seule femme visible à l’écra, la préposée à l’entretien des salles de classe. Elle balaie, époussette, lave inlassablement chaque classe. Mal enfouie sous sa blouse et hidjab, sa douleur est palpable : « Jamais, jamais je n’ai connu de tendresse. Ni celle des parents, ni celle de mes enfants, ni celle de l’époux… » Perdue dans ses pensées, la main sur la joue dans cette pose familière des femmes du Maghreb dont l’âme est endeuillée, elle se raconte enfin. Traits tirés et yeux cernés de bleu, elle narre le combat qu’elle a dû mener contre les siens pour pouvoir travailler. « C’est quand ils ont vu que je filais droit, qu’ils ont arrêté de me surveiller… »

La caméra s'égare de plus en plus souvent. On découvre le village et ses habitants. Les moudjahidine, ceuxlà mêmes qui ont fait le premier Novembre, témoignent. En arabe dialectal, en chaoui, en français, l’histoire est narrée encore et encore. « Nous ne voulions pas tuer l’instit… », « Nos parents nous ont appris à respecter l’école, toutes les écoles… » Témoignages précieux que le documentariste recueille à la source. Il laisse parler les lieux et les êtres sans jamais s’immiscer entre le film et le regard du spectateur. Au fil des saisons, celui-ci découvre des personnages qu’aucune fiction n’aurait pu rendre. Messaoud, le vieux guide du Rouffi qui passe son temps à maugréer sous sa chevelure neigeuse. Il prend soin des poteries que sa mère a modelées. Les met au soleil, les nettoie. Instant musical : un homme exécute de vieilles danses chaouies, y initie ses enfants. Et c’est la fin de l’année. L’examen approche, précédé par une grande excursion à Skikda. À la plage, les garçons plongent mais les filles restent sur le sable à échanger des recettes de pâtisserie.

« Il faut rechercher la science jusqu’en Chine ». Le hadith du Prophète Mohamed, Que le salut soit sur lui, apparaît sur l’écran. C’est le mot de la fin.

Si l'objectif du réalisateur était de nous livrer une Algérie sans fards et sans masque, il y réussit parfaitement. Loin des discours et des clichés redondants, il arrive à surprendre la réalité complexe, mouvante, contradictoire. Les images éclatent de vie et de lumière. Elles transmettent un dynamisme, un espoir que rien ne peut contrarier ni étouffer. Et cette vie qui foisonne autant que sont grandioses les paysages du Rouffi, rapproche un peu cette lointaine contrée du savoir auquel tout Algérien, petit ou grand, aspire.


 

 

 

 



 

      

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La Chine est encore loin