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Synopsis titanic
Le Titanic de James Cameron
"De très haut les très grands tombent" (Thomas
Hardy)
Plébiscité par le public (1,14 milliards de dollars -
6,84 milliards de francs - de recettes en 14 semaines dans le monde), Titanic,
de James Cameron, a raflé onze Oscars lors de la 70e cérémonie qui s'est déroulé
le 23 mars à Hollywood, égalant Ben Hur, en 1960, détenteur jusqu'alors du
record. Film de tous les superlatifs, Titanic s'est vu notamment attribuer les
Oscars du meilleurs réalisateur, du meilleur film et de la meilleure direction
artistique : le contraire du naufrage que prédisait la presse au cours de son
tournage...
Le film de James Cameron, Titanic, remet à la une de
l'actualité un des plus grands drames de l'Histoire maritime. Retour en arrière
sur une énigme qui a mis 85 ans à être résolue.
Chronique d'un naufrage
annoncé L'enquête sur le naufrage Titanic, film de James Cameron : le
joyau Témoignage d'un rescapé en Les Titans, fils d'Uranus et de Gaea,
défièrent les dieux. Ils tentèrent d'atteindre le ciel en empilant montagne sur
montage. Provoquant le courroux de Zeus, ils furent foudroyés. Titanic au pied
d'argile
La révolution industrielle du XIXe siècle apporta une telle
confiance en l'homme, qu'il fut convaincu de sa suprématie sur la nature. La
construction du Titanic par les chantiers navals britanniques au tournant des
années 1910 incarnait cette victoire sur le limon originel. "L'ultime frontière"
n'était alors pas encore l'espace, mais la mer, l'océan qui hante les hommes
depuis que son regard s'est porté sur l'horizon.
Le paquebot, propriété
de la compagnie britannique White Star Line, fut construit sur les chantiers de
Belfast, à partir de 1909. Nous sommes à l'apogée de l'Empire britannique.
Etendu sur les deux hémisphères, de l'Irlande à l'Inde, des antipodes
australiennes jusqu'à la pointe de l'Afrique, il est commun de dire que jamais
le soleil ne s'y couche...
Cette suprématie territoriale, Londres la doit
justement à sa maîtrise des mers. Le Titanic est l'aboutissement de ce processus
entamé depuis la victoire britannique sur l'"Invincible Armada" espagnole,
jusqu'alors maîtresse des eaux. Mais le navire incarne surtout l'avancée
technologique de l'Empire britannique sur le reste du monde, à une époque où
Londres en est encore la capitale...
La barre reconstituée dans le film de James
Cameron
Luxueux paquebot de 300 m de long, haut de 60 m, plus grand
bâtiment jamais construit, le Titanic incarne également un mythe en s'annonçant
"insubmersible". Ce vieux rêve des hommes, frère du vol et du mouvement
perpétuel, fut monté en épingle par la presse, même si la White Star soutenait
cette avancée technologique, appliquée au plus luxueux paquebot de croisière du
monde.
Insubmersible, la White Star disait que son fleuron l'était grâce
aux chambres étanches, sous la ligne de flottaison, capables de contenir un
volume d'eau suffisant au maintien de la navigation, en cas de brèche, suite à
une collision. Au final, si le Titanic apporta un quelconque progrès, cela
s'avéra être sur le plan des sauvetages en mer...
Neuf ponts, une
capacité d'accueil de 2 704 passagers et 900 membres d'équipage, une salle des
machines colossale - 29 chaudières reliées à quatre cheminées : le Titanic, dont
la dénomination émane de cette "insubmersibilité" qui défie Poséidon, est bien
ce Titan des mers, prince de la flotte britannique prêt à régner sur les deux
océans.
Hiérarchisé en trois classes, le navire est resté célèbre pour le
luxe mis en oeuvre sur le plus sûr paquebot du monde. Cinq jours après son
lancement, le Titanic était synonyme du naufrage le plus retentissant de
l'Histoire. Quelle ironie ! C'est justement elle qui interroge le plus et posera
toujours le mystère d'un des plus grands défis de l'humanité, anéanti en
2h40...
Mercredi 10 avril 1912 La presse a couvert le départ du
voyage inaugural du Titanic, un des événements majeurs de l'année, avec moult
détails, se faisant l'écho triomphaliste de la White Star Line et de toute une
époque. Le Titanic largue les amarres pour Cherbourg où embarquent 274
passagers, puis s'en revient à Queenstown, en Irlande.
Jeudi 11 avril
Le départ de Queenstone
Le paquebot quitte
Queenstone avec quelque 2.227 passagers et membres d'équipage à bord, pour New
York, destination de sa traversée inaugurale. C'est la route du nord qui a été
choisie par le Capitaine Smith : en avril, il n'y a pas d'icebergs, et quand
bien même, la coque est solide. Ne se trouve-t-il pas aux commandes de
l'insubmersible Titanic ? L'assurance de Smith en son navire participera du
naufrage.
11-12 avril Le Titanic traverse 715 kilomètre par beau
temps, clair et mer calme. A bord, la haute société britannique et américaine
bénéficie des suites chamarrées, des restaurant, fumoir, casino, salle de bal...
qui agrémentent le palace flottant du premier pont. Sous eux, le bourgeois
participe de l'Histoire, émigrant ou rendant visite à quelque oncle d'Amérique.
Les plans sont arrangées de longue date ; on nous attend. Demain... New York. Au
troisième pont s'entassent les émigrants qui ont durement économisé la
concrétisation du rêve "ouestien", où l'herbe est plus verte. Tous vivent les
prémices d'un cauchemar.
Samedi 13 avril Un avis de forte banquise
est perçu en provenance du Rappahannock. C'est le premier avertissement d'une
longue série.
Dimanche 14 avril Des navires alentours préviennent le
Titanic de la présence de glace à la surface des eaux. Ce sont en tout neuf
messages qui vont s'égrener du matin au soir, sans que jamais les informations,
certaines faisant état d'icebergs, ne soient prises en compte.
La seule
décision de Smith est d'obliquer légèrement au sud, sans ralentir sa vitesse.
"Je n'imagine pas de situation pouvant mettre en péril mon navire. Les bâtiments
modernes sont conçus de façon à faire face à tout", déclarait-il.
23h40 A 750 kilomètres au sud de Terre-Neuve, les vigies signalent la
silhouette d'un iceberg, à l'avant dans la brume, par trois coups de cloche. Le
commandant en second (Smith s'est retiré pour la nuit) ordonne de virer à bâbord
toute, de stopper les machines et de battre en arrière. La proue du Titanic
effleure un iceberg sur tribord. Le géant semble frôler un rocher.
Si le
long gémissement de la coque contre le monolithe glacé a été ressenti à l'avant
du navire, les passagers, sur les ponts, sentirent à peine le choc. Le
commandant Smith et Thomas Andrews, architecte du Titanic à bord, inspectent
l'ampleur des dégâts. Constatant une importante voie d'eau à l'avant du navire,
Andrews fait un rapport catastrophique : le Titanic n'en a pas pour plus d'une
heure et demi, deux tout au plus, avant de sombrer.
23h50 (H. + 10
mn) La salle du courrier du navire, à 7 mètres au dessus de la ligne de
flottaison est inondée. Les membres d'équipage tentant de sauver les sacs, puis
de fuir, furent sans doute les premières victimes du naufrage : 7 tonnes d'eau à
la seconde s'engouffrent dans le navire.
le commandant Smith ordonne
d'émettre un S.O.S. La coque est cisaillée comme par un rasoir : la glace a
taillé l'acier en une première brèche près de la proue, puis deux autres, d'1m50
à 3 m, dans le premier compartiment. Une autre entaille de 4m50 a endommagé le
compartiment n°2, puis une autre de 10 m l'éventre jusqu'au n°3. Mais la plus
importante brèche est sur le 6e compartiment auquelle jouxte l'ultime frontière
avant la salle des machines. Chacune des entailles n'est pas plus large d'un
centimètre...
Lundi 15 avril 00h00 (H +20 mn) La proue s'enfonçant
progressivement dans les flots, le pont promenade est devenu une pente ardue.
8.000 tonnes d'eau sont à l'intérieur de l'avant du bateau.
Le California
n'est qu'a 21 kilomètres du Titanic, mais bloqué par les glaces, il ne peut se
mouvoir. Un essai de projecteur Morse entre les deux navires s'avère
infructueux, puis la distance augmentant, le contact se perd...
00h20 (H.
+ 40 mn) L'étrave du Titanic est à trois mètres de l'eau. Deux canots de
sauvetage sont lancés à la mer. Ils ne sont pas remplis, tant les passagers sont
convaincus que le navire tiendra bon.
Les canots permettent d'embarquer
1.778 personnes, alors que 2.227 sont a bord.
Le Carpathia reçoit le
S.O.S du Titanic et se dirige vers les lieux du naufrage. Il atteindra des
vitesses records, dans des eaux parsemées de glace, pour rejoindre le point
d'appel.
Le naufrage vu par Cameron 00h40 (H.+ 60 mn)
Les 6 compartiments étanches de l'avant du navire sont
entièrement inondés. 25.000 tonnes d'eau ont envahi le navire. Le commandant
Smith ordonne de lancer les premières fusées éclairantes.
1h30 (H. +
1h50) Premiers signes de panique chez les passagers ; les canots, jusqu'alors
ignorés, sont pris d'assaut. Un officier tire un coup de feu en l'air pour
écarter la foule.
1h40 (H. + 2h00) Le pont avant est sous l'eau. En
raison de ce poids, c'est tout le navire qui bascule, faisant lever la poupe
au-dessus des eaux. "L'inclinaison du navire s'est accentuée, faiblement mais
sans recours. Ceux qui n'avaient pas encore été immédiatement engloutis, se sont
hissés instinctivement vers la poupe. Je savais trop combien que toute tentative
de cet ordre était vaine", témoignera le commandant en second, Charles
Lightoller, devant la commission d'enquête. Quelque 1.500 personnes sont encore
à bord.
2h20 (H. + 2h40) L'eau a envahi la salle des machines,
submergeant rapidement la première chaudière, puis la seconde... le navire se
séparant en deux parties à peu près en son milieu, entre deux des énormes
machines, de 1.300 tonnes chacune.
Le feu rencontre l'eau glacée à
-2° "L'avant du navire s'est enfoncé de plus en plus rapidement et du même
coup, la plage arrière s'est dréssée de plus en plus haut dans le ciel. La
pression considérable qui s'est alors exercée sur la coque a provoqué une
rupture au niveau de la cheminée numéro 1. Elle a basculé dans l'eau, m'écrasant
presque", relatera un survivant.
La pression exercée dans la zone médiane
du navire dépasse le double de ce qu'il peut supporter. "J'ai entendu des
détonations, des grondements violents et répétés. J'ai pensé que les ponts
explosaient sous la pression qui poussait le navire vers le fond", dira un
témoin.
Le
naufrage vu par Cameron
Alors, "les lumières se sont éteintes au
moment où le navire s'est brisé en deux", se souviendra un autre. Capharnaüm,
hurlements, le froid qui "transperce comme des centaines de poignards", lorsque
l'on plonge pour échapper au désastre...
Les deux parties du navire
séparées par un gouffre béant, grotesque et terrible sombrent dans l'abîme dans
une cataracte d'écume et de ressacs immergeant les noyés alentours, emportant
les passagers sur le pont dans la nécropole marine...
Puis, "Tout d'un
coup, ce fut le silence qui apparut durer des heures, semblant ne jamais devoir
s'arrêter".
La nuit entière, l'océan résonnera des rames des canots
repêchant des survivants accrochés aux décombres flottants. Vingt-huit hommes
seront retrouvés au matin sous un canot retourné.
4h10 (H. + 4h30) Le
Carpathia repêche les survivants du premier canot rencontré. Les opérations de
sauvetage dureront jusqu'à 8h30. 705 survivants sont recensés. Le California,
arrivé sur les lieux, tentera vainement de rechercher d'autres
rescapés.
8h50 (H. + 9h10) La White Star est informée du naufrage par
un membre de l'équipage, Bruce Ismay : "Suis au regret de vous rendre compte du
naufrage du Titanic ce jour, après avoir heurté un iceberg. Il en est résulté la
perte d'un grand nombre de vies humaines. Tous détails vous parviendront plus
tard."
Le naufrage dans la presse
Quelque 1.552 personnes ont
péri dans le naufrage. L'enquête La nouvelle sitôt connue, une commission
est mise en place à Londres qui conduira deux enquêtes. Les témoins se
contredisent. Pour les uns, le bateau à coulé d'un seul tenant, d'autres l'on vu
se briser avant de sombrer.
L'épave gît à 3872 mètres de fond, enfermant
son secret. Les hypothèses, alors, fusèrent, mais la commission conclut à une
énorme voie d'eau provoquée par le choc avec un iceberg.
Depuis 1985,
date où fut repéré l'épave du Titanic, plusieurs expéditions ont été lancées sur
le lieu du naufrage. Puis ce furent les premières images et la découverte que
les deux parties du navire étaient éloignées d'environ un kilomètre. En même
temps émergèrent les objets retrouvés aux alentours du cimetière marin :
vaisselle, bijoux, chaussures,...
Jusqu'en 1996, les dégâts réelles sur
la coque du Titanic relevaient du mystère. C'est grâce à une expédition
franco-américaine que les eaux se sont éclaircies...
Celle-ci mit en
évidence que la coque n'était pas éventrée, mais que la mauvaise qualité de
l'acier fabriqué à l'époque avait participé du naufrage. Fragilisé par
l'inclusion de sulfure de manganèse, l'acier ne resista pas à sa rencontre avec
l'iceberg dans des eaux a -2°. La glace cisailla l'acier, comme un diamant le
ferait d'une vitre, entraînant des voies d'eau importantes en raison de la
longueur des entailles.
L'affiche du film
Le film de James Cameron,
Titanic, avec Leonardo DiCaprio et Kate Wislet (sorti le 11 janvier) n'est pas
le premier sur le sujet, loin s'en faut. En 1958, Atlantique Latitude 41°, de
Roy Ward Baker, prétendait déjà à une reconstitution précise du
naufrage.
D'autres films s'inspirent de la catastrophe : Atlantic (Ewald
André Dupont, 1929), Cavalcade (Noël Coward, 1933), Epilog (Helmut Kautner,
1950), Titanic (Herbert Selpin, 1943), Titanic, encore, (Jean Negulesco, 1953),
et S.O.S Titanic (B. Hale, 1979).
D'autres naufrages ont été projetés
dans les salles. On se souvient notamment de la célèbre Aventure du Poséidon, de
Ronald Neam, en 1972, avec Gene Hackman.
Le film de James Cameron dépasse
leurs ambitions. Non pas grâce à ses 275 millions de dollars (1,65 milliard de F
environ), qui en font le plus gros budget de l'Histoire du cinéma, mais en
raison de sa mise en scène.
James Cameron, qui a écrit, produit, réalisé
et monté Titanic, s'est présenté, avant tout, comme metteur en scène dans ses
précédents films. La scénographie prime sur ses sujets. Mais c'est aussi elle
qui les fait briller.
Quand Cameron décide de réaliser Titanic, il sait
qu'il s'attaque à un mythe et à un passé cinématographique. Son Sésame sera une
histoire d'amour. C'est elle qui mettra en scène le naufrage et c'est par elle
que le spectateur y participera.
Le cinéaste ne procédait pas
différemment dans Aliens, le retour, Terminator 1 et 2, Abyss ou True Lies. Ses
sujets, apparemment basiques, voire répétitifs, sont parasités par des histoires
qui, de satellitaires, portent finalement l'ensemble (le rapprochement
Ripley-Newt dans Aliens, celui entre Ed Harris et Mary Elisabeth Mastrantonio
dans Abyss,...)
Aussi, est-ce pourquoi, James Cameron privilégie le
romantisme avec l'amour entre Jack Dawson (DiCaprio), un passager de 3e classe,
et Rose Dewit Bukater (Winslet), une jeune fille de la haute société, promise à
un riche banquier.
Cliché ? La primauté donnée au romantisme dans un film
à priori "catastrophe" a pris tout le monde de court. Mais la magie qui la
traverse à fait comparer Titanic à Autant en emporte le vent. Excusez du
peu...
Comme le film de Zanuck contait le sud étasunien par
un impossible amour, Cameron raconte l'histoire du Titanic à travers une
passion, également impossible. C'est elle qui nous fait traverser les ponts du
navire, des écrins des premières classes aux planchers des troisièmes. La
comparaison entre les deux films émane également, bien sûr, des moyens déployés
: colossaux.
Sans s'attarder sur la maquette quasi grandeur nature (-3 m)
du Titanic, de l'utilisation du plus grand bassin du monde,... le film de James
Cameron resplendit par la reconstitution du paquebot et de ses occupants. Décors
et costumes engendrent des images d'une rare beauté. Un art que l'on retrouve
dans la construction du film.
L'ouverture plante l'inquiétante épave
gisant au fond de l'océan. L'histoire s'enracine dans le présent, part dans le
passé et revient à aujourd'hui, grâce au récit d'une survivante. Le noeud
gordien est le "Coeur de l'Océan", un diamant recherché par une expédition dans
le Titanic. Les va-et-vient du temps coulent, telle une nostalgie tangible,
rendant plus cruelle une perte irréparable, mais dont le souvenir est gage
d'éternité...
C'est pourtant la
vie qui l'emporte sur le drame. Celles de deux jeunes amants qui se découvrent,
bravent les préjugés de classes et les éléments. Celle d'une initiation, thème
fondateur et obsédant de la fiction américaine. Mais également vie de l'immense
rêve des paquebots, par les images chatoyantes que Cameron a
créées.
Comme les grands paquebots synthétisent l'image de ce monde
policé, luxueux et progressiste, le naufrage du Titanic incarne dans sa
tragédie, la basculement du monde à la veille de la première guerre mondiale. Un
monde s'écroule, le doute s'installe. Il n'est pas prêt de se retirer...
Le film de James Cameron n'est pas un film catastrophe de plus comme il
en a fleuri régulièrement récemment, de Twister à Independence Day en passant
par le Pic de Dante ou Vulcano. Les échos qu'il transporte et la maestria de la
mise en scène, sans parler du naufrage, dantesque, lui influant une dimension
inédite. Titanic est le film d'un orfèvre devenu joailler.