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LOS ANGELES (AP) - Sa sobre élégance avait marqué le cinéma américain. Héros
aussi impeccable qu'inoubliable, Gregory Peck, qui avait obtenu l'Oscar du
meilleur acteur en 1962 pour "Du Silence et des Ombres", est mort à Los Angeles
à l'âge de 87 ans.
Depuis ses débuts en 1944, il était l'une des grandes stars du cinéma
hollywoodien, à la carrière exceptionnellement variée -"Les Clés du Royaume",
"Les Neiges du Kilimanjaro", "Moby Dick", "Les Canons de Navarone", "Vacances
Romaines"- et jalonnée de grands noms, Hitchcock, Hathaway, Walsh ou Huston.
L'acteur s'est éteint dans la nuit de mercredi à jeudi à son domicile de Los
Angeles avec son épouse Véronique à ses côtés, a annoncé jeudi son porte-parole
Monroe Friedman à l'Associated Press. "Elle m'a juste dit qu'il était mort
paisiblement", a-t-il déclaré. "Il est mort de vieillesse".
Grand, brun, racé, son style sobre et son charme certain l'avaient imposé
dans le rôle du héros honnête, courageux et parfois vulnérable, une image dont
il n'avait que rarement pu se défaire pour interpréter des personnages
antipathiques -le fils traitre de "Duel Au Soleil" ou le médecin nazi Josef
Mengele dans "Ces garçons qui venaient du Brésil".
Né le 5 avril 1916 à La Jolla en Californie, Gregory Peck avait connu une
enfance solitaire. Son père, un pharmacien discret d'origine irlandaise, et sa
mère, une femme enjouée originaire du Missouri, se séparent quand il a six ans.
A dix ans, il est envoyé dans une école militaire catholique de Los Angeles.
A l'université de Berkeley, où il étudie l'anglais, il est un jour abordé par
le directeur du théâtre du campus qui recherche un homme grand pour une
adaptation de "Moby Dick". Il dit oui et fait ses premiers pas au théâtre.
Après son diplôme, il part à New York avec 195 dollars en poche. Il prend des
cours de théâtre avec Sanford Meisner et Martha Graham et fait ses débuts à
Broadway. La pièce est un échec mais il est remarqué par Hollywood. Il accepte
un film modeste, "Days of Glory" (1944), une histoire de paysans russes durant
l'occupation nazie, pour payer la facture du dentiste et ses autres créanciers.
Le producteur Darryl Zanuck lui offre alors le rôle du prêtre dans "Les Clés du
Royaume".
Les cinq premières années de sa carrière cinématographique lui valent quatre
nominations à l'Oscar du meilleur acteur, pour "Les Clés du Royaume" en 1944,
"Judy et le Faon" en 1946, "Le Mur Invisible" en 1947 et "Un Homme de Fer" en
1950.
Dans "Le Mur Invisible", Gregory Peck incarne un journaliste dans un magazine
qui se fait passer pour un juif pour dénoncer l'antisémitisme. En 1971, l'acteur
avait confié que son agent lui avait déconseillé ce rôle. "Tu es en train de te
faire une place et beaucoup de gens ne vont pas aimer ce film. L'antisémitisme
est profond dans ce pays". "Le Mur Invisible" s'était révélé un succès avant de
remporter l'Oscar du meilleur film.
L'acteur le citait parmi ses films préférés, avec l'aventure maritime
"Captain Horatio Hornblower", "Vacances Romaines" (1953) dans lequel il tombait
sous le charme d'une princesse incarnée par une débutante nommée Audrey Hepburn,
"Les Canons de Navarone" (1961) ("du bon, du pur divertissement, même si c'est
en réalité une comédie") et "Du Silence et des Ombres" (1962) qui lui avait valu
l'Oscar.
Il jouait Atticus Finch, avocat dans une petite ville du Sud qui brave
l'opinion publique pour défendre un homme noir accusé de viol. "J'ai mis tout ce
qu'avais dans ce rôle - tous mes sentiments et tout ce que j'avais appris en 46
ans de vie, sur la vie de famille, les pères et leurs enfants", disait-il en
1989. "Et aussi mes sentiments sur la justice raciale, les inégalités et les
chances".
Cette année, Atticus Finch était arrivé en tête de la liste des héros de
l'histoire du cinéma dressée par l'Institut du film américain (AFI).
Dans les années 60 et 70, les rôles s'étaient raréfiés. En 1993, il était
apparu dans un téléfilm américain "The Portrait" au côté de Lauren Bacall, sa
partenaire dans "La Femme Modèle" et de sa fille Cecilia, devenue elle aussi
actrice et en 1998, il avait joué le père Mapple dans le feuilleton télévisé
tiré de "Moby Dick", après avoir incarné le héros Ahab dans le film de 1956.
A plusieurs reprises la rumeur avait couru que Gregory Peck pourrait se
lancer dans une carrière politique aux côtés des démocrates. Mais il avait
toujours démenti. L'acteur avait fait campagne en 1948 pour Harry Truman "à une
époque ou personne ne pensait qu'il avait une chance de gagner" et s'était
engagé pour de nombreuses causes, produisant en 1972 un film contre la guerre du
Vietnam.
Dans la vie comme au cinéma, il émanait de Gregory Peck une dignité
tranquille et discrète. Après un divorce à l'amiable de sa première femme Greta,
dont il avait en trois fils, Jonathan -qui devait se suicider à l'âge de 30
ans-, Stephen et Carey, il avait épousé Véronique Passani, une journaliste
parisienne. Ils avaient eu deux enfants, Anthony et Cecilia, tous deux acteurs.
AP
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