J-P.R. : De mon inconscient, de
ma culture générale, je ne sais
pas exactement... Je connais
Albert Spaggiari depuis que je suis
gamin, même si, au fond, je ne
savais pas grand-chose sur lui.
Juste qu’il avait fait un casse
en passant par les égouts, qu’il
s’était évadé en sautant de la
fenêtre du bureau du juge et
qu’il était resté douze ans en
cavale sans qu’on ne l’attrape
jamais ! Intrigué par ce parcours,
j’ai cherché à me renseigner
davantage. Aujourd’hui,
grâce à Internet, on a accès à
beaucoup de choses. Je suis
tombé sur de nombreux documents,
sur des émissions de
télé. C’est incroyable, la quantité
d’images qu’il y a sur Spaggiari ! Je trouvais ça un peu
disproportionné par rapport à
ce qu’il a fait. C’est rare qu’un
casse génère autant d’interviews
de l’auteur du hold-up !
Tout de suite, ce grand écart
entre son acte et son comportement
m’a sauté au visage.
Spaggiari se comporte en effet
comme une vedette. Pour lui, le
fait d’être célèbre semble plus
important que le casse lui-même.
Comme si le casse n’était
qu’un moyen pour être connu,
et reconnu. D’autres font des
livres, des disques, du cinéma,
lui, il fait un casse ! C’est un mytho
qui a réussi. Fascinant. En
général, être connu est le signe
que son travail -d’écrivain, de
chanteur, d’acteur, de cinéaste -
est reconnu. Mais lui ? Il veut juste
être connu pour être connu !
Ce désir le ronge de l’intérieur.
Dans son cas, c’est d’autant
plus vertigineux que s’il se fait
reconnaître, il signe sa fin ! Il a
envie qu’on l’adule comme une
star mais il ne peut pas se faire
reconnaître. D’ailleurs, à un moment,
on l’entend dire : «Votre
public vous manque ? Oui mais
moi si je remonte sur scène, je
prends perpète !». C’est de ce
contraste-là que j’ai voulu parler.
En plus, j’ai été fasciné par
la manière dont il a fabriqué
son personnage. Parfois, il me
fait penser à Madonna ! Tout
est pensé : son look, avec ses
costumes et ses perruques,
ses phrases - «sans arme ni
violence» - conçues comme
des slogans, ses apparitions
et ses disparitions ! En fait, il
est comme ces chanteurs qui
ont fait un tube et ont peur de
retomber dans l’anonymat...
La preuve, il a même pensé à
un moment aller voler le mètre
étalon gardé au Pavillon de Sèvres
! L’acte n’avait aucun sens,
juste celui de faire parler de lui !
Quand il a raconté ça à ses copains
braqueurs, ils lui ont dit :
«Mais c’est ridicule ! Tu as pris
la grosse tête !». C’est tout ça
qui m’intéressait, c’est tout ça
que j’avais envie de jouer.
V.G. : Dans votre volonté d’interpréter Spaggiari, n’y avaitil pas aussi ce plaisir d’acteur de vous déguiser, de jouer avec les costumes, avec les perruques ?
J-P. R. : Sûrement inconsciemment,
oui. Ce que je voulais
jouer, c’est ce personnage dont
on vient de parler, son rapport
avec la célébrité, ce mélange
de sympathie qu’il dégage et en
même temps ses zones d’ombre
et son côté pathétique. Même
si c’est mon kif d’acteur de me
faire des looks et des gueules, je
n’ai paradoxalement pas pensé
aux déguisements en écrivant
le film. Mais quand on était au
montage, ça m’a sauté aux
yeux. Et je me suis dit : «Tiens, il
y a un vieux truc des Robins qui
est remonté là, cette manière
de se marrer en se déguisant,
de faire le con toujours...» J’ai
surtout réalisé que je m’étais offert
un rôle magnifique. «Je remercie
Jean-Paul d’avoir pensé
à moi !» Lorsqu’on est acteur,
on aspire à des rôles qu’on ne
vous propose pas forcément,
alors quand on peut soi-même
se faire un beau cadeau, il ne
faut pas hésiter !
V.G. : Vous êtes-vous quand
même beaucoup documenté ?
J-P. R. : On a lu tous les documents
qu’on a pu trouver, on a
rencontré des journalistes qui
l’ont interviewé, des gens qui
l’ont connu. On a essayé de
rencontrer sa dernière compagne,
Julia, mais elle ne veut
pas parler, ni se montrer. C’est
une histoire d’amour incroyablement
belle. Elle était d’une
riche famille, elle a tout quitté
par amour pour le suivre en cavale.
Elle l’a toujours protégé.
Depuis sa mort, jamais, elle n’a
donné d’interviews, jamais, elle
ne s’est montrée. Magnifique !
Lorsqu’on a tourné à Nice,
des tas de gens venaient nous
voir tous les jours disant qu’ils
avaient bien connu Spaggiari .
Et finalement, quand on discutait
avec eux, on s’apercevait
qu’ils ne disaient rien de plus
que ce qu’ils avaient lu dans
les journaux. Ils se sont simplement
accaparé le personnage !
Même si on ne voulait pas faire
un documentaire sur Spaggiari ,
on tenait à ce que tous les
faits qu’on montre soient vrais :
le déroulement du casse bien
sûr, et le bordel qu’ils ont laissé
dans la salle des coffres en quittant
la banque, la sortie en ville
de Spaggiari pendant le casse,
l’évasion du bureau du juge, sa
rencontre avec sa femme, chez
elle, dans l’appartement de ses
parents, la cavale en Amérique
du Sud, le cancer qui le rongeait...
Tout est vrai.
V.G. : Sauf le personnage que
joue Gilles Lellouche. À quel
moment avez-vous décidé
d’inventer ce journaliste qui
arrive à approcher Spaggiari
traqué par la police française ?
Et n’avez-vous pas hésité à
mélanger la fiction à la réalité
?
J-P. R. : Ce personnage est
une pure fiction, c’est vrai -
même s’il est forcément inspiré
des journalistes que Spaggiari a rencontrés. L’idée de ce
personnage nous est venue
très vite. On ne voulait pas faire
un film de gangsters, ni un film
d’action. On ne voulait pas faire
non plus un «biopic» classique.
Autant regarder «Faites entrer
l’accusé» qui est consacré à
Spaggiari et qui est très bien fait !
C’est en réfléchissant aux
raisons qui me poussaient à
vouloir jouer Spaggiari que ce
personnage est né. Et on a
inventé un type qui a une vie
ordinaire, presque banale, en
tout cas bien ordonnée, qui
traque Spaggiari et, une fois
qu’il l’a approché, se laisse peu
à peu séduire par lui, pas tant
par ce qu’il a fait que par ce
qu’il est... En fait, ma référence,
c’était PRESQUE CÉLÈBRE
(ALMOST FAMOUS). La vedette
du film de Cameron Crowe, ce
n’est pas le groupe de rock,
mais le gamin qui rêve d’être
journaliste pour Rolling Stone et
qui suit les musiciens. L’histoire
est toujours vue à travers
son regard. Là, c’est pareil :
tout est vu à travers les yeux
du «journaliste» ou à travers
les souvenirs que lui raconte
Spaggiari. Ce qui m’intéressait,
c’est le rapport humain qui, au fur
et à mesure de leurs rencontres,
va se développer entre ces deux
hommes, le lien qui se noue entre
eux. Le «journaliste» était un
moyen idéal pour parler de ces
contradictions entre la raison et
la séduction, entre la vie qu’on a
et la vie qu’on rêve...
V.G. : Les zones d’ombre du
personnage, ses points de
vue réac, son côté OAS, ses
réflexions racistes... N’avezvous
jamais pensé que ça
pourrait être un frein pour
aborder l’histoire de ce point
de vue ?
J-P. R. : Non, au contraire. Ça
fait partie du personnage, et
c’est même intéressant. J’en ai
assez des films «politiquement
corrects» où les gens bien sont
toujours du bon côté. Quand on
voit les interviews deSpaggiari,
on découvre un homme sympathique.
C’est un vrai sujet aussi
de montrer que la sympathie n’est pas une valeur morale. Je
ne veux pas du tout comparer
mais on ne peut pas dire que
dans LE PARRAIN, les personnages
sont des parangons de
vertu ou d’excellents modèles
pour la jeunesse ! Les Italiens,
quand ils font ROMANZO CRIMINALE, Spielberg quand il fait
MUNICH, ils n’ont pas de problème
avec les zones d’ombre
de leurs «héros». Je ne voulais
pas gommer cet aspect-là de Spaggiari, sans en faire pour
autant le sujet du film. Je tenais
à le montrer tel qu’il était, avec
des propos racistes, pas gêné
de trouver refuge dans une dictature,
nourrissant, en bon ancien
de l’Indochine, sa nostalgie
de l’Empire français, du temps
des Colonies..
V.G. : Qu’est-ce qui a été le
plus difficile dans l’écriture ?
J-P. R. : La construction. C’est
toujours un peu compliqué les
constructions décousues, où
on fait des allers retours entre
le présent et le passé. Mais on
tenait à le raconter de cette manière.
L’idée par exemple de
mettre le récit du casse quasiment
à la fin du film, elle est
venue très vite. D’ailleurs, au
départ, je voulais tellement ne
pas faire un film d’action que je
pensais presque ne pas le mettre
! Et puis, je me suis dit que
ce serait trop frustrant. D’autant
que c’est un truc très fort, incroyable...
Mais le noeud du
film, c’est vraiment cette fascination
qu’exerce Spaggiari sur
le personnage joué par Gilles
Lellouche, cette relation particulière
qui se développe entre
ces deux hommes...
V.G. : On sent aussi à un
moment donné comme un
trouble naître entre Julia,
la compagne de Spaggiari,
que joue Alice Taglioni, et le
«journaliste» joué par Gilles
Lellouche...
J-P. R. : Ça, c’est aussi le miracle
du tournage, du jeu des acteurs...
Quand on écrit, on n’écrit
pas tout, en fait. C’est comme si
des choses vous échappaient et
se fabriquaient toutes seules. On
crée les personnages, on imagine
les rapports entre eux en
essayant d’être le plus vrai possible,
et puis, par l’évidence des
situations, par le jeu de regards,
par la manière dont les acteurs
incarnent leurs personnages,
des choses se mettent à exister
qu’on avait à peine esquissées...
C’est par la force du jeu d’Alice et de Gilles
Lellouche que leur relation a
soudain eu plus de force, plus
d’ambiguïté... C’est magique !
Et c’est exactement ce qu’on
recherchait : que rien ne soit
donné d’avance, que rien ne soit
tout blanc ou tout noir, que tout
se passe presque de manière
imprévisible comme ça se passe
dans les rapports humains de la
vie de tous les jours...
V.G. : De tout cela, de cette
relation à la fois amicale et
biaisée entre le «journaliste»
et le gangster, de ce destin en
fuite, de cet appétit de reconnaissance
pas satisfait, de
cet amour absolu qui unit ce
couple en cavale, il se dégage
une belle mélancolie...
J-P. R. : C’est un sentiment que
j’aime bien, la mélancolie au
cinéma... Il y a quelque chose de
touchant dans les gens qui font
semblant, qui ont du panache,
qui soignent leur image, leur
tenue, leur apparence pour faire
croire qu’ils valent mieux que ce
qu’ils sont, ou que tout va très
bien pour eux... Spaggiari , il
jouait les cadors et les flambeurs
et finalement, il se faisait payer
pour recevoir les journalistes -
3000 F en liquide ! Et on voit
dans quel HLM il habite ! Il a
un côté Cyrano. C’est un loser
magnifique, vantard et touchant,
plein d’humour, de dérision et
de contradictions.
V.G. : Qu’est-ce qui vous a
amené à choisir Gilles Lellouche
pour jouer ce journaliste
ambigu et Alice Taglioni pour
interpréter Julia la compagne
de Spaggiari?
J-P. R. : J’ai pensé à Gilles
Lellouche très
très vite lorsqu’on réfléchissait
à la relation de ces deux hommes.
Je ne saurais pas dire
exactement pourquoi. Sans
doute simplement parce qu’il a
du talent ! Déjà, je voulais qu’il
y ait un rapport d’âge assez
proche - justement pour que
la fascination soit moins attendue,
moins évidente. Ces deux
mecs ensemble, c’est un peu
«Amicalement vôtre !» Ce sont
deux personnages qui auraient
pu être à l’école ensemble et
avoir ensuite des parcours de
vie très différents. Gilles, je le
connaissais sans jamais avoir
travaillé avec lui. Je l’aime
beaucoup comme acteur, et
quand je le voyais au cinéma,
je trouvais qu’une partie de lui n ’était
pas tellement exploitée,
quelque chose de sensible
et de doux, qui a à voir avec
la densité, avec l’humanité...
Ça m’intéressait de travailler
avec lui dans cette direction-là.
C’est lui le fil rouge du film, le
personnage principal au sens
propre. C’est lui qui nous amène
à Spaggiari, qui nous amène
à Julia, qui nous amène toute
l’histoire... Il a fait un travail
formidable : il nous fait croire
simplement à cet être humain.
Quant à Alice Taglioni, j’avais déjà commencé
à écrire lorsque j’ai tourné
avec elle L’ÎLE AU TRÉSOR.
C’est là que je l’ai connue, on
a sympathisé. Je l’ai trouvée
intéressante. J’aime son côté
«bonne camarade», j’aime sa
simplicité, sa sincérité. En plus,
je trouve qu’elle a un physique
des années 70, un petit
côté Mireille Darc, Catherine
Deneuve... Elle aurait été très
bien dans un film de l’époque !
Avec elle aussi, ça me plaisait de
travailler sur des sentiments et
des émotions qu’on ne lui a pas
souvent demandé d’exprimer...
V.G. : Comment et pourquoi
avoir choisi Christophe
Offenstein comme directeur
de la photo ?
J-P. R. : C’était une évidence !
Je connais Christophe depuis 15
ans. Il était chef électro sur «Julie
Lescaut» quand moi je débutais
et il a éclairé la pièce des Robins
des bois. C’est donc un vieux
pote. Il m’avait toujours dit : «Le
jour où tu fais un film, tu penses
à moi, hein !» Donc je ne pouvais
pas ne pas faire appel à lui. Sauf
que lui, entre-temps, est devenu
très demandé, surtout après NE
LE DIS À PERSONNE. Mais il a
refusé des films pour pouvoir
faire le mien ! On a très bien travaillé
ensemble, il est tellement
dynamique, tellement présent,
tellement au service du film. Moi
je lui disais : «J’aimerais bien que
ce soit comme ça» et lui, il réfléchissait
à la solution... On a beaucoup
préparé et découpé avant
le tournage, parce que je voulais
être prêt - au moins psychologiquement
! Ça me rassurait même
si ça ne m’empêchait pas de tout
changer une fois sur le plateau...
V.G. : Comment définiriezvous
vos partis pris de mise
en scène ? Quand vous parliez
avec Christophe Offenstein,
que lui disiez-vous ?
J-P. R. : Mes références sont
très différentes, extrêmes
même. Je lui ai parlé aussi bien
de HUSBANDS de Cassavetes
que de L’ÉTÉ MEURTRIER, ou
de Claude Lelouch ! J’aime bien
ce côté «à la limite», quand on
ne sait pas finalement si c’est
joué ou improvisé. J’aime bien
être un peu déstabilisé de cette
manière-là, sans pour autant
rechercher l’effet pour l’effet...
Le film est né de tout ça. On
a fait beaucoup de caméra à
l’épaule, beaucoup de plans
séquences. On n’avait pas
beaucoup de moyens et c’est
tant mieux ! Je ne voulais pas
qu’on ne voie que les moyens,
je ne voulais pas que ça fasse
trop «cinoche», avec des plans
de grue et tout le reste... J’ai dit
à Christophe : «On filme avant
tout des acteurs, et des personnages
». Je voulais qu’on
baigne dans l’histoire, qu’on se
sente comme enveloppé par
cette histoire, on a ainsi utilisé
beaucoup de longues focales.
Même dans les égouts
- qui étaient de vrais égouts et
pas un décor ! Ce qui, pour le
point, n’est pas l’idéal. Mais il
n’y avait pas de raison qu’on
soit mieux lotis que la bande de
Spaggiari quand ils avançaient
dans les égouts ! J’aimais cette
idée qu’on soit gênés, qu’on
ait peu de place, exactement
comme eux. L’atout de Christophe,
c’est qu’il travaille très
vite. Avec lui, on est toujours
sur le feu. «Allez on y va ! On y
va !» Au bout d’un moment, tout
le monde est dans cette même
énergie, les acteurs en premier.
Et c’est formidable !
V.G. : C’était facile pour vous
d’être à la fois devant et derrière
la caméra ?
J-P. R. : Les deux premiers
jours, je n’ai pas joué. Je voulais
un peu m’habituer ! Et le
troisième, qui était mon premier
jour comme acteur, c’était avec
Gérard Depardieu ! La scène où Spaggiari va voir les Marseillais. Ce n’était pas évident parce que
c’était une grosse scène. Mais
Gérard, qui avait accepté cette
petite participation par amitié, a
été super. Même quand je lui ai
expliqué que... je n’allais pas le
filmer. Juste des détails de son
corps.
V.G. : Pourquoi ça ?
J-P. R. : Tout le monde sait que
Spaggiari, avant le casse, est
allé voir un des principaux caïds
de Marseille, mais on n’a pas le
droit de dire son nom parce que
sinon on a un procès. Et je me
suis dit : «Comme je ne peux
pas dire qui c’est, je vais être
aussi hypocrite. Je vais prendre
Gérard Depardieu mais sans vraiment
montrer que c’est lui !»
J’ai donc filmé ses yeux, sa
bouche, ses mains mais ni son
visage, ni lui en pied ! Et je ne
l’ai pas mis au générique de début,
juste au générique de fin.
V.G. : Vous avez soigné la reconstitution
d’époque mais
sans que jamais elle ne passe
au premier plan...
J-P. R. : Je voulais que ce soit
crédible avec le peu de moyens
qu’on avait, parce que ce n’est
pas un film cher, mais sans
pour autant, c’est vrai, vouloir
en mettre plein la vue ! On s’est
même servi des contraintes
qu’on avait qui faisaient qu’on
ne pouvait pas tout d’un coup
faire un plan à 360° sinon il fallait
refaire toute la rue, ce qui
nous était impossible ! Pareil
pour le lieu de tournage, j’avais
bien fait faire un devis pour
tourner le film en Argentine ou
au Brésil, mais c’était impossible
! On a trouvé le Portugal et
on s’est dit que ça marchait. Ma
référence, c’était Z de Costa-
Gavras. Il a tourné en Algérie et y
a inventé une dictature méditerranéenne.
On a inventé un pays
qui n’existe pas, dont on ne dit
jamais le nom, dont la langue est
à mi-chemin entre l’espagnol
et le portugais, et dont le look
semble inspiré par «Tintin et
les Picaros» - par exemple, les
uniformes des policiers, le portrait
du dictateur à l’aéroport !
C’est une fiction, pas un documentaire
! Ce qui était imporn’était tant, c’étaient les ambiances,
les atmosphères... Je voulais
des vieilles voitures, je voulais
que les rues soient quasiment
désertes - comme dans BLOW
UP d’Antonioni, qui est un de
mes films préférés - pour accentuer
le côté «ville fermée», pour
renforcer l’impression d’étrangeté,
de menace, de danger...
Je ne voulais pas qu’on ait le
sentiment de feuilleter un livre
de déco, où il ne manquerait
aucun accessoire d’époque. Je
préférais que ça fasse «vécu»,
que les époques se mélangent,
s’additionnent, comme dans la
«vraie vie».
En revanche, quand
on a pu, comme pour l’évasion
du bureau du juge, on a tourné
dans les endroits où l’action
s’était vraiment déroulée. Bon,
on n’a pas pu tourner à la Société
Générale de Nice et on a dû
reconstruire la salle des coffres
en studio, mais on a visité les
vrais égouts. On y voit encore la
marque du trou que Spaggiari
et ses hommes avaient creusé.
Le ciment n’est pas le même...
V.G. : Qu’est-ce qui vous touche
le plus chez Spaggiari
aujourd’hui, après l’avoir interprété
et après avoir raconté
une partie de son histoire ?
J-P. R. : Sa mélancolie, le côté un peu pathétique du personnage,
ce mélange de panache
et de pudeur, de sympathie et
de zones d’ombre. Bref, sa
complexité humaine...
V.G. : Cette première expérience
vous a-t-elle donné
l’envie de continuer la mise
en scène ?
J-P. R. : Oui, j’ai pris un immense
plaisir à diriger les acteurs,
même si je l’avais déjà fait au
théâtre, mais là, tout s’est tellement
passé dans la confiance et
la bonne humeur avec Gilles
Lellouche et
Alice Taglioni, et tous les autres, comme
la comédienne Pom Klementieff
qui interprète la vendeuse Vietnamienne,
qui vient du Cours
Florent et qui est parfaite, que
c’était un vrai régal... J’ai bien
aimé aussi diriger l’équipe, le
côté «capitaine» ça me plaît bien
finalement, d’autant que lorsque
vous arrivez sur le plateau avec
une histoire que vous avez écrite
et que vous voyez tous ces gens
qui sont là pour vous, pour vous
permettre de la faire exister,
c’est extrêmement touchant...
C’était une équipe au sens propre
du terme ! Le matin, tout le
monde arrivait avec la pêche,
sans aucun orgueil mal placé.
Personne ne tirait la couverture
à lui, ils étaient tous au service
de l’histoire. Ils étaient tous formidables,
le premier assistant
Mathias Honoré, l’ingénieur
du son Jean-Marie Blondel, le
monteur Stan Collet, le musicien
Alexandre Azaria... J’ai déjà
envie de retravailler avec eux ! Il
n’empêche que pour l’instant,
j’ai du mal à me penser comme
«metteur en scène». Peut-être
que ça viendra au deuxième
film. J’ai bien envie d’en écrire
et d’en réaliser un autre. Je ne
sais pas pour l’instant quel en
sera le sujet, ni même si je jouerai
dedans... C’est un peu prématuré.
Sortons déjà celui-ci, et
on verra...