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Pourquoi un thriller ?

Parce que c’est un genre où les sentiments peuvent s’exprimer de façon très violente. On se sépare rarement de sa famille dans le calme : dans mon film, ce ne sont pas les portes qui claquent, mais les coups de pistolet. Et au lieu de la partie de pêche, de la ballade en forêt ou du repas qui favorise le dialogue ou la prise de conscience, c’est un cambriolage qui permet à un père et à son fils de faire le point sur l’état de délabrement de leurs rapports. Comme dans mes autres films, ce qui compte pour moi, c’est de porter un regard sans jugement ni intentions moralisatrices sur mes personnages. Jean Renoir disait : “Chacun a ses raisons.” À moi de montrer lesquelles.

L’intrigue se situe dans une famille arménienne. Pourquoi ?

Il me semblait intéressant de situer cette histoire dans le cadre d’une communauté que je ne connaissais pas et qui, par conséquent, m’intéressait en tant que scénariste. Un monde clos, quasi autarcique, qui se replie sur lui-même pour mieux se protéger. Je suis moi-même issu d’une diaspora italienne arrivée ici après la guerre, et elle s’est greffée grâce à un réseau social aussi solidaire que structuré. Pour LE PREMIER CERCLE, j’aurais tout aussi bien pu choisir la communauté chinoise. Mais d’un point de vue dramatique, je trouvais plus excitant de situer l’intrigue dans un contexte moins familier, plus secret.

Vous ne craignez pas de la stigmatiser ?

Dans mon esprit, il n’a jamais été question de pointer du doigt les Arméniens de France. Les personnages du film ne sont en rien représentatifs d’un ensemble, et le film ne se veut pas une étude réaliste. Je le répète, il s’agit avant tout pour moi d’un outil narratif. Une grande partie du scénario repose d’ailleurs sur la manière dont le “chef de gang”, Jean Reno, se sert du passé tragique de son peuple pour manipuler les autres, asseoir son pouvoir et exercer sa domination, notamment sur son fils qui veut quitter le clan. Le film s’ouvre sur des archives historiques très douloureuses qui semblent mettre en perspective le génocide arménien et la famille Malakian… Si vous écoutez attentivement la voix off qui les accompagne, il est bien précisé que Milo fait le choix d’une vie criminelle, contrairement à l’écrasante majorité de ses compatriotes qui ont pris le chemin de l’intégration. Comme dans tout groupe humain, celui du PREMIER CERCLE comporte ses moutons noirs, et il n’y a aucune ambiguïté à ce sujet : le personnage de Jean Reno est un renégat qui se sert de la violence, de l’intimidation et du chantage tant mémoriel qu’affectif pour parvenir à ses fins. Dans ce sens, on peut dire que le prologue constitue la vision de l’Histoire subjective et déformée de Milo Malakian, ce qui ne l’empêche pas d’être totalement sincère dans son comportement, aussi condamnable soit-il.

Comment avez-vous intégré les scènes d’action dans l’histoire ?

En fonction de ce qu’elles apportaient à la définition et à l’évolution des personnages. Le vol de voiture qui ouvre le film montre d’emblée que Anton, le fils de Milo Malakian, recourt davantage à son intelligence et à sa maîtrise qu’à la violence ; le cambriolage de la villa propulse Anton dans l’univers sans pitié de son père et lui fait comprendre que ce monde-là n’est pas le sien ; l’agression de Milo contre le flic qui le traque expose pour la première fois les failles d’un homme guidé jusque-là par l’obsession du contrôle et la domination qu’il exerce sur ses émotions ; et l’assaut contre l’avion réunit en un épilogue opératique où convergent tous les ingrédients de la tragédie, jusqu’à sa résolution logique.

Quelle a été votre principale ambition en réalisant Le Premier cercle ?

Proposer un spectacle populaire à l’intérieur duquel j’ai tenté de convoquer tout l’éclectisme de ma passion pour le cinéma, d’aller à contre-courant de ce que le public peut attendre d’un film “de genre” et de capter l’attention des spectateurs avec une histoire dont les enjeux, aux résonances universelles, peuvent les concerner intimement.

 

 

 

 



 

      

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