Paradoxalement, vous êtes souvent dans la
retenue.
Comme il s'agit d'un personnage fantasque aux
tenues extravagantes, je trouvais qu'il valait mieux
jouer la sobriété pour la rendre crédible et ne pas
aller dans la caricature. Par ailleurs, il ne fallait pas
qu'elle soit trop agressive dans ses intonations pour
qu'on comprenne que le personnage de Luchini tombe
sous son charme.
Pensez-vous qu'Audrey ait un côté manipulateur
ou qu'elle soit dans la candeur absolue ?
Je l'ai jouée sans savoir et sans prendre parti.
D'ailleurs, Anne Fontaine souhaitait que je joue sur
l'ambiguïté du personnage : par moments, elle me
disait qu'Audrey était vraiment amoureuse de Bertrand,
qu'interprète Luchini, et à d'autres, qu'elle se moquait
de lui et que c'était une arriviste. Pour moi, Audrey
est aussi une comédienne. En tous les cas, c'est elle
qui mène la barque.
Quels sont ses rapports avec Christophe,
campé par Roschdy Zem ?
Anne ne m'a pas dit grand-chose sur sa relation
avec lui. Je trouvais que c'était bien d'apporter un
sentiment amoureux dans mon regard sur lui. Même
si elle a des mots durs à son égard, je voulais que dans
la scène de la voiture, elle ait de l'amour pour lui et
pas seulement du désir.
Est-ce qu'Audrey n'est pas punie en raison
de son attitude de femme libre ?
Oui, elle se comporte en fait comme un homme.
Audrey vit sa sexualité très librement et ne se pose pas
de question quand elle couche avec tel ou tel garçon.
D'ailleurs, en me voyant à l'écran, j'ai remarqué que
j'avais une carrure quasi masculine et qu'avec des
talons hauts, je dépassais Fabrice Luchini d'une tête.
J'en ai parlé avec Anne Fontaine qui m'a dit que c'est
ce qui lui avait plus physiquement chez moi : elle
voulait jouer sur le pouvoir sensuel et physique du
personnage d'Audrey qui, dans le même temps, est
socialement inférieure à l'avocat. Moi-même, dans
la vie, je m'habille souvent comme un garçon avec
des vêtements amples et je me sens presque mal à
l'aise quand je porte un décolleté sexy ou une tenue
près du corps.
Comment expliquez-vous qu'un homme comme
Bertrand soit fasciné par votre personnage ?
Je crois qu'il la trouve drôle et qu'elle le séduit
par son absence totale d'inhibition et de névrose.
Il n'y a aucun calcul dans sa démarche et Bertrand
n'est pas habitué à ce type de femme. Du coup, cela
le soulage d'une certaine façon ! Cet homme qui
subit une pression terrible au quotidien trouve chez
Audrey une simplicité qui le repose. D'ailleurs, à la fin du film – qu'on ne révélera pas –, il est presque heureux.
Avez-vous participé à la conception des costumes
d'Audrey ?
Un tout petit peu. Au départ, la styliste avait proposé
des tenues assez ados, comme des robes à fleurs
hawaïennes. Mais ce n'était pas assez sexy et violent
pour le personnage. Je lui ai alors suggéré une boutique
que je connais et qui vend des vêtements et des
accessoires à des travestis et des strip-teaseuses du
Pink Paradise dans le quartier de la Goutte d'Or. Du
coup, presque tous les costumes que je porte viennent
de là-bas.
Vous êtes-vous inspirée de Brigitte
Bardot ?
Si je n'ai pas cherché à l'imiter, Anne Fontaine a souhaité que je sois bronzée et décolorée comme
elle : Anne a même montré des livres de Brigitte Bardot à la
coiffeuse pour qu'elle s'en inspire. Anne m'a également
demandé de danser comme Bardot dans Et Dieu créa
la femme.
Comment s'est passée la rencontre avec
Fabrice Luchini et Roschdy Zem ?
Sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus, je
ne suis jamais intimidée par les personnalités que l'on
reçoit, même si je suis souvent admirative. Avec Fabrice Luchini , je pensais être impressionnée au départ,
mais il m'a immédiatement mise à l'aise : sa drôlerie
constante permet à tout le monde de se détendre et
d'évacuer son stress.
Roschdy Zem, de son côté, m'a beaucoup appris
à jouer avec le regard de l'autre. Alors que, dans
mon travail pour la télévision, je m'adresse à une
caméra, Roschdy m'a expliqué à quel point il était
crucial que je le regarde, lui, pour savoir comment
jouer la scène.
Avez-vous beaucoup répété ?
Anne Fontaine n'a pas souhaité que je prenne
de cours avant le tournage, mais elle m'a conseillé
après coup de prendre des cours de chant pour mieux
savoir placer ma voix. En revanche, je me suis initiée
à la danse pendant trois mois et j'ai appris à faire du
scooter ! Et, surtout, j'ai énormément répété les textes
avec Anne qui m'a beaucoup coachée. Du coup, j'étais
extrêmement préparée et j'avais hâte de démarrer le
tournage.
Comment avez-vous vécu cette première
expérience d'un plateau de cinéma ?
En général, pour mon travail sur Canal Plus,
je contrôle tout : j'écris mes textes, je discute
avec le réalisateur du moindre plan sur moi, je
choisis les musiques et je participe au montage.
Du coup, cela a été un peu difficile de m'abandonner
complètement et d'être l'instrument de
quelqu'un d'autre pour faire passer un message
qui n'est pas le mien.
Par ailleurs, j'ai trouvé qu'il était parfois difficile
d'être naturelle quand on doit prendre en compte
tous les paramètres techniques inhérents à un
plateau de cinéma : l'omniprésence de la caméra, la
perche, la présence des techniciens etc. En réalité,
j'ai pris conscience à quel point rien n'est naturel
sur un tournage ! Par exemple, il était impossible de
m'équiper d'un micro sans fil en raison de mes tenues
vestimentaires particulièrement légères. Il fallait donc
que j'élève ma voix pour que le perchiste m'entende
bien – malgré le bruit constant des voitures – tout en
m'efforçant de jouer naturellement.
2008 - La fille de Monaco de Anne Fontaine avec Fabrice Luchini (Bertrand Beauvois) Roschdy Zem (Christophe Abadi) et Louise Bourgoin (Audrey Varella)