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Luis Buñuel - Biographie

 

Luis BunuelLuis Buñuel
Né le : 29 Fevrier 1900
Lieu: Calanda, Espagne
Mort: 29 July 1983, Mexico, D.F, Mexique

Luis Buñuel incarne la subversion, l’insolence, et l’exaltation de la révolte propre au surréalisme. En près d’un demi-siècle, de 1929 (Un chien andalou) à 1977 (Cet obscur objet du désir) , il a signé une oeuvre majeure de l’histoire du cinéma. Une main d’homme aiguise un rasoir et vérifie son tranchant sur l’ongle du pouce. L’homme sort sur le balcon, regarde la pleine lune et trois nuages effilés. La même main écarquille l’oeil d’une femme entre le pouce et l’index. La femme nous fixe avec un léger sourire. Un nuage passe devant la lune ; en très gros plan, le rasoir coupe l’oeil de la femme. Aujourd’hui encore, les spectateurs se détournent. Certains crient. Luis Buñuel a commencé comme ça. Le 6 juin 1929, Un chien andalou est présenté au Studio des Ursulines. Examen de passage réussi : le jeune Espagnol et son complice (un certain Salvador Dalí) rejoignent le mouvement surréaliste. L’année d’avant, Georges Bataille a publié Histoire de l’oeil. C’était dans l’air.

Trente-huit ans plus tard, Luis Buñuel tourne la dernière séquence de son dernier film dans l’un de ces passages parisiens chers à Louis Aragon et Walter Benjamin. Assise dans une vitrine, une femme reprise un linge taché de sang. Jean-Claude Carrière écrit dans sa préface aux Entretiens avec Max Aub : « Il tenait beaucoup à cette image, mais sans jamais dire pourquoi. Il la retourna même, pour l’améliorer, deux semaines après la fin du tournage. Il s’agit véritablement de sa dernière image, comme s’il voulait mystérieusement refermer, cinquante ans plus tard, la première et terrible blessure. Entre les deux, le gouffre, le secret. » Et quand on sait que la légende familiale veut que le petit Luis ait été conçu à l’Hôtel Ronceray, sis sur les Grands Boulevards, au-dessus du passage Jouffroy (celui de l’ultime séquence de Cet obscur…, évidemment)
, pendant le voyage de noces de ses parents…

C’est là que l’Aragonais passe sa première nuit quand il débarque à Paris en janvier 1925. Mais brisons là tant Buñuel aurait détesté ces interprétations aussi abusives qu’impudiques. « J’aurais eu honte de penser à cela en faisant le film », répondait-il invariablement quand on lui proposait le début du commencement d’une interprétation

UN CINEASTE OBSESSIONNEL

Il n’en reste pas moins que Buñuel fait partie des grands cinéastes ouvertement obsessionnels. On peut affirmer sans exagération que la trilogie de la première partie de sa carrière (Un chien andalou / L’Âge d’or / Terre sans pain), réalisée de 1929 à 1933, contient déjà les 29 films suivants. Surréaliste, Buñuel le restera toute sa vie. Lui si peu bavard le répétait à la moindre occasion. Cette fidélité têtue à la grande affaire de sa jeunesse parisienne fait de lui l’unique cinéaste surréaliste, le seul à avoir compris le cocktail explosif entre la puissance émancipatrice du rêve et l’objectivité d’enregistrement propre au cinéma. Dès ses deux premiers films, il est un cinéaste de la netteté et non du flou artistique. C’est l’exagération proprement surréelle qui révèle un état des lieux. Prenons un exemple. Susana la perverse, Luis Buñuel

N’est-il pas vrai que la vie en société nous empêche de nous accoupler à toute heure et n’importe où ? Ces choses-là ne se font pas chez les êtres civilisés. Alors il suffira d’inventer le couple au désir inextinguible de L’Âge d’or, qui copule dans la boue pendant que l’on fonde la ville de Rome, un couple que l’on sépare sans cesse mais qui se reforme toujours, et dont la femme finit par s’exclamer : « Quelle joie ! Quelle joie d’avoir assassiné nos enfants ! » Tant il est vrai que les enfants sont rarement le facteur le plus épanouissant de la sexualité de leurs parents, dit-on.

Nous sommes loin, on le voit, d’une quelconque « écriture automatique » appliquée au cinéma. S’il est vain de vouloir le séparer du mouvement surréaliste, tant ce fut la rencontre la plus féconde de sa vie, Luis Buñuel est d’abord cinéaste, un cinéaste qui invente une nouvelle écriture naturaliste à la lumière du surréalisme. Fatalement, le résultat ne ressemble à rien de connu et obéit à une redoutable logique. Si Un chien andalou a fait sensation, L’Âge d’or fait violemment scandale. Ni les amis aristocrates du vicomte de Noailles qui refusent de lui serrer la main à l’issue de la projection, ni les ligues d’extrême droite qui détruisent le hall du Studio 28 ne s’y trompent ; eux voient bien qu’ils ne sont pas en présence d’un aimable et fumeux « film d’artiste » mais d’un véritable brûlot qui cherche à saper tous les fondements de l’ordre établi. Avec L’Âge d’or, le surréalisme est vraiment au service de la Révolution. Buñuel va le payer très cher. Sa mise entre parenthèses durera vingt ans, jusqu’au triomphe de Los Olvidados au Festival de Cannes de 1951. Beaucoup le croyaient mort.

LA PERIODE MEXICAINE

Buñuel sait qu’il est trop atypique pour espérer faire carrière dans les studios et qu’en Europe, tout le monde l’a oublié. L’avenir semble irrémédiablement bouché et, en désespoir de cause, il s’apprête à devenir citoyen américain, un citoyen au chômage. C’est alors que le Hasard, le seul Dieu surréaliste, intervient sous les traits de Denise Tual. Veuve de Pierre Batcheff (l’acteur d’Un chien andalou) , elle est envoyée aux États-Unis par Gallimard. L’honorable maison d’édition compte redorer son blason, terni par les ambiguïtés de l’occupation, en battant le rappel des cinéastes exilés. Denise Tual est chargée de leur proposer des adaptations des oeuvres dont Gallimard détient les droits. « Lors d’un dîner chez René Clair, elle me dit qu’elle avait les droits pour produire La Maison de Bernarda Alba de Garcia Lorca. Elle voulait tourner le film en France et que j’en sois le réalisateur. » Mais Tual veut d’abord aller au Mexique pour rencontrer le producteur Oscar Dancigers et l’intéresser au projet. Buñuel l’y accompagne. De Mexico, il prend la précaution de joindre le frère de Garcia Lorca qui l’informe qu’il a une meilleure proposition pour la pièce. Buñuel n’insiste pas mais sa rencontre avec Dancigers – qu’il connaissait déjà de Paris, où Jacques Prévert le lui avait présenté – est décisive dans son installation au Mexique.

En novembre 1946, il commence le tournage de son premier film mexicain : Gran Casino. Mais le sort s’acharne, le film est un bide. Le déclic va encore venir de Dancigers qui l’engage pour mettre en scène une petite comédie avec Fernando Soler, célèbre acteur mexicain, Le Grand Noceur. Cette fois, le film est un succès public. Et c’est encore Dancigers qui lui souffle l’idée de faire un film sur les enfants misérables de Mexico. Ce sera Los Olvidados, le film du grand retour. Vingt ans après. Buñuel tournera vingt films au Mexique, avant de redevenir définitivement un cinéaste français avec le triomphe commercial de Belle de jour en 1967. Mais il continuera de vivre à Mexico, ne se déplaçant à Paris ou Tolède (Tristana, 1970) que pour les tournages. Au Mexique, il s’adapte facilement aux codes du cinéma populaire local et devient enfin un cinéaste professionnel qui enchaîne les films avec une régularité de métronome. Mais sans vouloir faire de la peine aux amis mexicains de don Luis, qui qualifièrent son cinéma de « décaféiné » quand il repartit tourner en France, force est de constater que les films très mexicains dans leur ambiance (l’amusant El rio y la muerte, 1955 ou le pénible et franco-mexicain La Fièvre monte à El Pao, 1959) sont loin d’être les meilleurs. Alors que El (1952) , La Vie criminelle d’Archibald de la Cruz (1955) , Nazarin (1959) ou L’Ange exterminateur (1962) sont autant de chefs d’oeuvres qui pourraient se dérouler n’importe où.

Au Mexique, Buñuel livre son Vertigo avec El, et préfigure Théorème avec Susanna la perverse (1951) , mais c’est en Espagne franquiste qu’il retourne – à la surprise générale et consternée – pour accoucher de Viridiana (1961) , le chef d’oeuvre des chefs d’oeuvres et le plus grand film catholique romain de l’histoire du cinéma, à la fois épisode de la Légende dorée et mise en cendres de tous les dogmes. « Le plus espagnol des Espagnols », pour reprendre l’expression de son ami et producteur Ricardo Muñoz Suay, s’amuse à coller le récit picaresque sur une (vague) réalité mexicaine (La Montée au ciel, 1952 et On a volé un tram, 1954) et s’attaque une première fois à son cher Pérez Galdós avec Nazarin. Et quand il adapte des oeuvres immortelles, il va tout naturellement puiser dans la bibliothèque surréaliste avec son Robinson Crusoé (1952) et ses Hauts de Hurlevent (1953) . Au-del à de ses nombreux sommets et de ses quelques faiblesses, la période mexicaine peut se lire comme un véritable éloge de la constance. Buñuel poursuit ses quelques idées fixes mais sans avoir l’air d’y toucher, tout en recevant les plus grandes récompenses dans les festivals internationaux. Mais au fond, rien n’a changé : la bourgeoisie est toujours aussi odieuse (L’Ange exterminateur, 1962) et seuls les saints et les fous méritent d’être sauvés. Ce qui tombe bien : ce sont souvent les mêmes.


Filmographie

Cet obscur objet du désir(1977)
Le fantôme de la liberté (1974)
Tristana (1970)
La voie lactée (1969)
Belle de jour (1967)
Simón del desierto (1965)
Le journal d'une femme de chambre (1964)
El ángel exterminador (L’Ange exterminateur)(1962)
Viridiana (1961)
The Young One (1960)
La fièvre monte à El Pao (1959)
Nazarín (1959)
La mort en ce jardin (1956)
Cela s'appelle l'aurore (1955)
El río y la muerte (1955)
Ensayo de un crimen (1955)
Robinson Crusoe (1954)
Abismos de pasión (1954)
La ilusión viaja en tranvía (1954)
El (1953)
El bruto (1953)
Una mujer sin amor (1952)
Subida al cielo (1952)
La hija del engaño (1951)
Susana (1951)
Los olvidados (1950)
El gran Calavera (1949)
Gran Casino (Tampico) (1947)
¡Centinela, alerta! (1936)
¿Quién me quiere a mí? (1936)
Las Hurdes (1933)
L'âge d'or (1930)
Un chien andalou (1929)

 

 

 

Galerie Photos

 

 

 

 



 

      

 

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