Vous avez dit Serrault ? de Michel Serrault
Au départ, il y a un jeune garçon qui voulait devenir clown. Qui faillit être curé. Qui devint un des plus grands comédiens français. Et qui le reste encore aujourd'hui. Il s'appelle Michel Serrault. Si l'homme de scène est capable du meilleur dans l'excès, l'homme privé reste beaucoup plus mystérieux.
La carrière de Serrault a de quoi faire pâlir de jalousie les comédiens : des rencontres exceptionnelles – Sacha Guitry, Jean-Pierre Mocky, Henri-Georges Clouzot, Jean Yanne, Darry Cowl… et, évidemment, Jean Poiret, l'ami irremplaçable – placées sous le signe de l'humour, de l'amitié et une interminable liste de films et de pièces de théâtre. Des chefs-d'œuvre aux navets ("J'ai toujours préféré cinq minutes sublimes dans un prétendu navet à 90 minutes banales dans un film réputé bien.") Serrault a une seule obsession : jouer. De Zaza de Napoli de La Cage aux folles au Docteur Petiot en passant par les flics, les salauds, les lâches, les fous, les ordinaires, il aura tout interprété. Difficile alors de résumer une vie remplie d'autant de vies.
Côté privé, l'homme Serrault est un monstre de pudeur. De son intimité, il dit peu de choses : sa passion pour l'unique femme de sa vie, Nita, ses deux filles et sa petite-fille Gwendoline, son amour de la campagne et, surtout le drame insurmontable d'avoir perdu sa fille aînée. On devine le reste.
Les amoureux du cinéma et du spectacle trouveront sous la plume agréable de l'acteur un concentré d'anecdotes croustillantes et émouvantes. Vous avez dit Serrault ? se lit comme une histoire, une épopée dans un monde loufoque d'amitié et de passions. L'épilogue dédié à Jean Poiret est l'un des rares moments où l'homme se livre un peu plus. Où la badinerie et l'absurde, les marques caractéristiques de ce fou génial, se font plus discrètes. Albert Fratellini dit un jour au petit Michel fasciné par les clowns :
Les pieds dans le plat
de Michel Serrault
« Je ne suis pas un écrivain, encore moins un philosophe ou un moraliste, tout au plus un comédien un peu perdu, parfois, dans ce siècle tourmenté. Les journalistes me demandent souvent ce que je pense de tel ou tel événement qui surgit dans l’actualité. Une pirouette me sert presque toujours de réponse. Pourquoi se prononcer ou pousser un cri ? A quoi bon exprimer une opinion définitive sur un sujet changeant quand on n’a pas le pouvoir de modifier le cours des choses ? Mais l’année dernière, j’ai éprouvé le besoin de fixer un peu mes idées. Depuis décembre 2002, je note, sur des feuilles volantes, tout ce qui me passe par la tête, à la faveur d’une rencontre, d’une émission de télévision, d’une pièce de théâtre, d’une déclaration de George Bush au journal télévisé ou d’une apparition du Pape au balcon du Vatican. On trouvera dans ce journal ce qui me réjouit et m’agace, ceux que j’admire depuis toujours et ceux que je déteste provisoirement, des gens célèbres ou des inconnus, des commerçants de mon quartier, des moines perdus dans leur thébaïde et des metteurs en scène plus ou moins inspirés. Dans mon métier de comédien, je prétends que la « présence », indéfinissable, est déterminante. Sur scène, je veux que mon cœur pénètre au fond des âmes. Ce ne sont pas les mots qui comptent mais l’intention derrière les mots. Mon métier est un métier de croyance et de foi. Comment expliquer le mystère du comédien puisque ce qu’il fait de mieux, souvent, lui échappe ?
Il en va de même dans ce journal : beaucoup de remarques, de pensées, de critiques, d’applaudissements aussi, se sont échappés sur le papier et je ne les ai pas censurés. Me jugera-t-on avec indulgence ? Je l’espère car c’est avec sincérité et une bonne foi très relative que je réponds aux événements quotidiens, heureux ou malheureux, cocasses ou inattendus, qui s’offrent à mon regard de comédien et à mon cœur de chrétien.
Mettre « les pieds dans le plat » a deux sens très voisins d’après les dictionnaires. Soit commettre involontairement un impair, soit faire exprès de susciter un effet de scandale ou de mettre ses interlocuteurs dans l’embarras en les atteignant ouvertement. Je ne sais plus ce qui relève de l’impair, dans les pages qui suivent, ou de l’attaque volontaire. A moins que l’ensemble ait échappé à mon raisonnement sous le coup de l’émotion, de la colère, d’un éclat de rire ou de l’émerveillement.
La Cage aux folles suivi de Douce-amère par Jean Poiret et Michel Serrault
La Cage aux folles : Georges et son compagnon Albin sont les tenanciers du night-club " La Cage aux folles ". Entre petites disputes et grandes réconciliations, leur quotidien est rythmé par les aléas des spectacles et des caprices des travestis. Mais quand Laurent, le fils de Georges, décide d'épouser Muriel Dieulafoi, la fille d'une famille bourgeoise bien rangée, c'est toute la maisonnée qui se retrouve sens dessus dessous. Il va falloir apprendre à faire bonne figure devant les parents de la future mariée en bridant les habitudes et les attitudes trop équivoques... Douce-amère : Élisabeth a aimé Philippe pendant huit ans. Aujourd'hui, le couple s'est usé. Sous le regard circonspect du mari délaissé, nombreux sont alors les prétendants qui gravitent autour de cette femme libre, moderne et séduisante. Étourdie par ce manège sentimental, Élisabeth saura-t-elle résister à l'angoisse envahissante d'une inéluctable solitude ?
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