Né le 30 octobre 1960 dans une banlieue
loqueteuse de Buenos Aires, Maradona est
aujourd’hui une véritable icône pop, au même
titre que Brando, Elvis, Marilyn ou Bob Marley.
Avec deux différences: d’abord, Diego
Armando est une popstar… vivante. Ensuite,
cette popstar est un joueur de football.
Pourtant, Maradona possède l’aura des stars
hollywoodiennes et le charisme des plus grands
rockeurs. Car son parcours n’est pas celui
d’un footballeur ordinaire. C’est celui d’un petit
argentin doté de pieds en or, et de la main de
dieu, élu en 2000 «Joueur du siècle». D’un
sportif surdoué, enchanteur, élevé au rang
d’artiste rebelle. Un homme né pauvre, qui par
son génie, son travail et son sacré caractère,
va se hisser au sommet, connaître gloire et
fortune, puis décadence et déchéance, frôler
la mort, avant de connaître une rédemption
émouvante et engagée. Diego Armando
Maradona, athlète révolté, esthète admiré, a
vécu plusieurs vies, en voici une.
C’est à Villa Fiorito, nom fleuri qui désigne en
fait un bidonville de la province de Buenos
Aires, que naît Diego Armando Maradona en
1960. Les Maradona, famille sans le sou, ont
déjà quatre filles. Le gamin se révèle dès sa
petite enfance particulièrement agile avec
un ballon. À 11 ans, il intègre l'équipe du club
d'Argentinos Juniors. Il devient rapidement une
attraction, les médias et le public découvrant
avec émerveillement ce petit jongleur capable
de garder pendant une éternité la balle au
pied. Interviewé par une télévision, il dévoile
son plan: «J'ai deux rêves, disputer une coupe
du monde et… la remporter, avec l'Argentine.»
C’est un gosse de douze ans qui parle. Encore
trois années, et il devient joueur professionnel.
Les Argentinos Juniors sont alors un groupe
surtout connu pour se prendre de sacrées
déculottées. Grâce à Maradona, qui s’impose
comme le leader de ces ex-pieds-nikelés,
l’équipe devient une des plus redoutées du
championnat. Il faut dire que Diego enchaîne
but sur buts - 116 en 166 matches ! Repéré
par le sélectionneur national, il intègre l’équipe
d’Argentine. Il a seize ans, ce Mozart du ballon,
un âge époustouflant, mais aussi handicapant:
il est écarté de la Coupe du monde 1978, trop jeune. Il doit se rabattre sur la Coupe du monde
des Espoirs, et c’est en tant que capitaine
qu’il mène l'équipe d'Argentine junior à la victoire.
Nous sommes en 1979, Diego Maradona est
sacré Ballon d'Or argentin. Son ascension
est irrésistible, et il entre définitivement
dans la légende du football national en 1981,
en emmenant son nouveau club, le mythique
et populaire Boca Juniors, à la victoire du
championnat, face aux riches de River Plate.
Diego est un héros.
L’année suivante, il passe à côté de sa première
coupe du Monde: maltraité par les défenseurs
de tous pays, il est expulsé, et l’Argentine
éliminée. Son génie n’en reste pas moins
internationalement célébré, puisqu’il est
acheté à prix d’or par le FC Barcelone. Il
continue à faire des exploits dans les stades
(38 buts en 58 matchs), et de plus en plus
dans les boîtes de nuit. Il quitte l’Espagne à
23 ans, y abandonnant son étiquette de prodige
cool, troquée contre celle de génie givré. Il
signe au SSC Napoli, un modeste club italien
où les supporters l’accueillent en légende
vivante. L’osmose est ici parfaite, Maradona
joue non seulement très bien, son toucher de
balle reste sidérant, il apporte au club, entre
1984 et 1991, de multiples victoires et prix
(Champion d'Italie en 1987 et 1990, Coupe d'Italie
en 1987, Coupe UEFA en 1989 et Supercoupe
d'Italie en 1990), c’est aussi ici qu’il développe
sa conscience sociale, refusant de se ranger
dans le camp des nantis, célébrant ses origines
pauvres. Il se perfectionne aussi en tant que
noceur, faisant de plus en plus les gros titres
des tabloïds, alors que des rumeurs se
développent quant à de supposés liens avec
la Camorra.
S’il faut dresser un point d’orgue dans la
carrière du génie, c’est certainement 1986,
quand, à 25 ans, Diego participe à la Coupe
du monde. Il réalise son deuxième rêve: la
gagner. Grâce à son inimitable talent (jamais
joueur n’a été dribbleur aussi impressionnant),
et un sacré coup tordu: contre l’Angleterre,
Maradona marque avec la main, l’arbitre n’y
voit que du feu, le joueur se justifiera en disant
qu’il n’y est pour rien, que c’est «la main de dieu».
Quatre ans plus tard, l’Argentin est à deux
doigts de rééditer le même exploit (gagner la
Coupe du Monde), mais il est stoppé en finale
par des allemands loin d’être manchots. On
peut dire qu’à partir de ce moment là, alors
que Diego Armando fête ses 30 ans, tout va
partir un peu à vau-l’eau. Lors d’un contrôle
de la police italienne, le monde entier découvre
que le joueur est cocaïnomane. Il fuit Naples,
passe par Séville, retourne à Buenos Aires. Il
est sorti de la Coupe du Monde 1994 par la
petite porte - usage d'éphédrine. Honteux, il
traîne encore trois ans ses crampons sur les
terrains, puis laisse tomber le football.
Retraité, Maradona trompe son ennui dans la
drogue. En avril 2004: malaise cardiaque,
direction l’hôpital. Revenu du purgatoire, vat-
il trouver la sagesse? Pas tout de suite. Ces
années-là sont pour Diego assez chaotiques,
il se fait poser un anneau gastrique, replonge
régulièrement dans la drogue, retourne sans
cesse à l’hôpital. Maradona va trouver refuge
chez son ami Fidel Castro, et refait surface
avec son très populaire talk-show «La Noche
del 10». Entre deux séjours à Cuba, il continue
de s’engager aux cotés des plus démunis, devenant une figure de l’altermondialisme,
s’affichant avec le président vénézuélien
Hugo Chavez lors de manifestations anti-Bush,
exhibant à qui veut le filmer son tatouage
du Che. En mars 2007, Maradona doit
momentanément cesser toutes ces activités
pour reprendre la direction de l’hôpital –
officiellement: trop d’alcool, de cigare et de
nourriture. L’état de Diego reste alarmant,
puisque ses médecins lui détectent par-dessus
le marché une hépatite. Mais depuis un an,
ses bulletins de santé incitent à l’optimisme.
Ses fan-clubs ne font plus que louer son
génie passé, ils annoncent régulièrement les
nouveaux projets de la superstar. On ne compte
plus les chansons qui le célèbrent, dans tous
les pays. Des émissions lui sont continuellement
consacrées. Amateurs de foot ou non, des
gens du monde entier ne cessent de l’admirer.
Sa fille aînée s’est lancée dans le cinéma, et
lui, alors qu’il n’a plus rien à prouver, se voit
consacrer un film par Emir Kusturica!