filmographie de Marie Trintignant

 Marie Trintignant

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 Marie Trintignant, une artiste libre, mystérieuse et forte

LE MONDE | 01.08.03 | 19h55   •  MIS A JOUR LE 01.08.03 | 20h39

La comédienne Marie Trintignant est morte, vendredi 1er août, d'un œdème cérébral, dans une clinique de Neuilly-sur-Seine. Elle était âgée de 41 ans.

Cette mort survient à la suite d'une dispute avec son compagnon, Bertrand Cantat, le chanteur du groupe Noir Désir (Le Monde du 30 juillet)

 

Une enquête a été ouverte. Marie Trintignant jouait, à Vilnius, sous la direction de sa mère, Nadine Trintignant, dans un téléfilm sur l'écrivain Colette, dont elle tenait le rôle-titre.

Après avoir tourné pour sa mère quand elle était enfant (Mon amour, mon amour, en 1967 ; Ça n'arrive qu'aux autres, en 1971), Marie Trintignant passe par le rude apprentissage du théâtre et impose à l'écran une personnalité forte, d'une grande présence physique.

Est-ce cela qui l'a autorisée à rester proche de ses parents et à travailler régulièrement avec eux? "[Ce] sont des gens que j'aimerais même s'ils n'étaient pas mes parents", affirmait-elle récemment (Le Monde du 16 mai). Après avoir joué avec son père au théâtre dans Comédie sur un quai de gare, mis en scène par Samuel Benchetrit au Théâtre Hébertot, en 2001, elle lisait avec lui les Poèmes à Lou, de Guillaume Apollinaire, au Théâtre des Amandiers, à Nanterre, reprise d'un spectacle donné en 1999 au Théâtre de l'Atelier. En 1994, elle était au côté de Jean-Pierre Marielle, dans le même théâtre parisien où se donnait Le Retour, d'Harold Pinter.

Dans ses choix professionnels, Marie Trintignant semble avant tout guidée par une fibre fidèle à une famille d'élection qui commence avec ses parents (elle a beaucoup tourné pour sa mère ; joué avec son père) pour s'étendre à des réalisateurs comme Pierre Salvadori (Cible émouvante, en 1992 ; Les Apprentis, en 1995 ; ...Comme elle respire, en 1998), Yvon Marciano (Le Cri de la soie, en 1996 ; Le Beau Sexe, en 2003), ou encore Alain Corneau.

Celui-ci lui offrit un grand rôle en 1979 dans Série noire. Elle y incarne Mona, une jeune fille sulfureuse poussée à la prostitution par sa tante et dont Patrick Dewaere, représentant de commerce, tombe déraisonnablement amoureux. Elle jouera à nouveau pour Corneau, dans Le Cousin (1998) et dans Le Prince du Pacifique (2000).

VULNÉRABLE ET LUMINEUSE 

Ses regards inquiétants, enjôleurs, sa voix douce et rauque inspireront à de nombreux réalisateurs des rôles de désaxée qu'elle disait tenir en affection. Amnésique dans Vacances au Paradis Palace du Tchèque Otakar Votocek (1991), amoureuse névrotique dans Les Marmottes d'Elie Chouraqui (1993), elle incarne un personnage de fiction suicidaire qui demande des comptes à son créateur dans Des nouvelles du Bon Dieu, de Didier Le Pêcheur (1996), une fétichiste et kleptomane dans Le Cri de la soie, une mythomane dans ...Comme elle respire. Très récemment, dans Janis et John, de Samuel Benchetrit, le père de ses deux derniers enfants, elle avait incarné Janis Joplin.

Elle ne tournera que deux fois avec Claude Chabrol, mais elle lui doit d'avoir su capter comme nul autre la mélancolie de son regard profond, d'avoir fait d'elle un personnage vulnérable et lumineux plus complexe que celui de femme fatale déséquilibrée.

Pour lui, elle sera, dans Une affaire de femmes, la prostituée attachante à laquelle Isabelle Huppert, faiseuse d'anges sous l'Occupation, loue sa chambre de bonne pour des passes. En 1992, le cinéaste lui confie le rôle-titre de la troublante Betty, qui échoue une nuit, telle une épave, dans la chambre d'hôtel de Stéphane Audran. A mesure qu'elle délivre les bribes de son histoire, Marie Trintignant laisse entrevoir, sous le masque de la débauche, la personnalité d'une femme animale, traquée, sensuelle et instinctive, fuyant une bourgeoisie honnie.

Actrice engagée dans diverses causes, la plus récente étant l'opposition à la guerre en Irak, Marie Trintignant s'est en outre illustrée, surtout pour le petit écran, dans le registre très différent de l'égérie du féminisme. Pour sa mère, notamment, qui fut l'une des signataires en 1971 du Manifeste des 343 qui affirmaient publiquement avoir avorté. Sous sa direction, elle jouera Victoire, dans Victoire ou la Douleur des femmes, saga produite par France 2, et pour laquelle Marie Trintignant recevra un FIPA d'or, en 2000. Toujours pour France 2, elle incarnera Monique Lerbier, une jeune fille de bonne famille qui conquiert sa liberté affective, sexuelle et financière après avoir été déçue par un fiancé infidèle. Elle sera aussi Charlotte Corday, dans Marat, du Libanais Maroun Bagdadi.

Marie Trintignant passait de la télévision au cinéma, de la publicité au théâtre, semblait n'avoir peur de rien. Elle avait été Arsinoé dans Le Misanthrope, de Molière, retransmis en direct par Canal+, en mai1994, après un travail de préparation qui aura duré un an. Car il ne s'agissait pas d'une captation d'un spectacle donné dans un théâtre, mais d'une production conçue pour être filmée en direct.

Récemment, elle avait prêté sa voix suave à la fabuleuse Bouche dorée dans le dessin animé de Pascal Morelli (Corto Maltese, la cour secrète des arcanes, 2002), à un poème épistolaire interactif sur CD-ROM (Ceremony of Innocence, 2000), et encore à la chanson "Pièce montée des grands jours", en duo avec son auteur, Thomas Fersen.

Marie Trintignant aimait la poésie. Après Apollinaire, elle voulait porter à la scène Les Champs magnétiques, d'André Breton et Philippe Soupault.

Isabelle Régnier   Le monde .fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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