Vilnius (lituanie) de notre envoyé spécial
Le procureur de Vilnius, Zydrunas Radisauskas, a requis un mois de détention
provisoire à l'encontre de Bertrand Cantat, jeudi 31 juillet au matin. Le leader
du groupe de rock Noir Désir est soupçonné d'avoir porté des "coups et
blessures corporels graves"contre la comédienne Marie Trintignant lors d'une
dispute survenue dimanche à l'hôtel de Vilnius où ils logeaient.Depuis, l'actrice, présente
dans la capitale lituanienne pour le tournage d'un téléfilm, est dans le
coma.
Evoquant "un crime grave", le procureur a justifié ses réquisitions
par la nécessité de maintenir le chanteur à la disposition de la justice
lituanienne au terme d'une garde à vue de 48 heures.
"Je réfute le terme de crime, c'est un accident après une lutte et une
folie mais pas un crime", a déclaré Bertrand Cantat, assis dans le box des
accusés à deux mètres de Nadine Trintignant, la mère de Marie. "J'essaie de
ne pas avoir de haine en moi, je sais qu'elle est destructrice, a répliqué
Nadine Trintignant. J'en éprouve malgré tout chaque jour, chaque nuit quand
je vois mon enfant dans son coma profond après des coups portés avec une
violence extrême. Et ce sont les médecins qui me l'ont dit." La voix cassée,
le chanteur a alors ajouté : "Je demande pardon à Nadine et aux
enfants."
Selon son avocat lituanien, Me Virginijus Papirtis, le chanteur a
affirmé pendant sa garde à vue qu'il n'avait fait que gifler l'actrice au cours
d'une dispute survenue après une soirée très arrosée. D'après lui, elle aurait
perdu connaissance en tombant. "Je croyais qu'elle dormait", a expliqué
Bertrand Cantat, selon Me Papirtis, pour justifier le temps qu'il a
mis à donner l'alerte.
Selon sa version des faits, le chanteur aurait transporté Marie Trintignant
sur le lit de leur chambre puis il se serait endormi. Il aurait ensuite placé de
la glace sur la tête de l'actrice, avant de réaliser la gravité de son état et
d'absorber une importante quantité de médicaments.
"Bertrand Cantat n'a pas nié avoir utilisé la violence contre Marie
Trintignant, estime l'avocat lituanien de la famille Trintignant,
Me Vitautas Sviderskis. Il y a des motifs sérieux pour une
détention provisoire." "L'état du visage de Marie Trintignant quand elle a été
conduite à l'hôpital semble exclure qu'il s'agisse d'une chute. Il était trop
tuméfié", explique pour sa part Me Georges Kiejman, l'avocat
français de la famille.
Mercredi, à la demande du procureur Zydrunas Radisauskas, l'actrice,
hospitalisée à l'hôpital universitaire de Vilnius, a fait l'objet d'un examen
médical pour déterminer les blessures dont elle a été victime.
L'après-midi, le procureur a aussi organisé une reconstitution des faits,
longue d'une heure et quart, à l'hôtel Domina Plaza, dans le vieux Vilnius.
Bertrand Cantat est arrivé sur les lieux dans un fourgon de la police, se
cachant le visage malgré les menottes au poignet pour essayer d'échapper aux
caméras et aux appareils photos des journalistes. Le matin, il avait participé à
une confrontation avec Vincent Trintignant, le frère de Marie, présent sur le
tournage comme assistant-réalisateur. Contrairement à ce qui avait été indiqué
dans un premier temps, c'est Vincent et non Roman Kolinka, le fils de Marie
Trintignant, qui avait découvert cette dernière inconsciente et avait alerté les
secours, après avoir été appelé par Bertrand Cantat.
Interrogé dans les locaux du commissariat central après avoir été hospitalisé
dans un service de toxicologie, le chanteur a reçu, mardi, la visite de la
vice-consul de France à Vilnius, Madeleine Deschanels.
"A l'évidence, il était bouleversé, choqué et un peu dépassé par les
événements, indique-t-on de source française. Mais il comprenait les
questions qu'on lui posait et il était capable d'y répondre." Par ailleurs,
lors des interrogatoires, le chanteur s'inquiétait régulièrement de l'état de
santé de Marie Trintignant et semblait ignorer qu'il était irréversible.
Bien que jugée intransportable par les médecins lituaniens, la comédienne
devait faire l'objet, dans les prochains jours, d'un rapatriement sanitaire par
un avion d'assistance médicale. La famille Trintignant souhaite en effet que
Marie vive ses derniers moments en France. Informée dans la journée de mercredi,
l'ambassade de France a demandé aux autorités lituaniennes de faciliter les
formalités administratives. Le procureur du tribunal de Vilnius doit se
prononcer à ce sujet.
Concernant Bertrand Cantat, la justice lituanienne peut décider d'instruire
l'affaire jusqu'au bout et la juger. Elle peut aussi entamer une procédure de
dénonciation des faits, afin de transférer le dossier à la justice française.
Celle-ci pourrait alors faire une demande d'extradition. "Nous verrons quelle
sera l'attitude des autorités lituaniennes", a déclaré, mercredi, le
ministre de la justice Dominique Perben, soulignant que la victime et l'auteur
présumé étant français, la Lituanie "peut très bien nous renvoyer les
personnes concernées".
Frédéric Chambon
Le monde www.lemonde.fr