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Rétrospective Gordon Douglas à La Cinémathèque française
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Rétrospective Gordon Douglas du 6 janvier au 8 février 2010
Cinéaste prolifique, il est le modèle du réalisateur hollywoodien à la longue carrière (des années 30 à la fin des années 70). Il s’est adapté aux modes, témoignant souvent d’un art très sûr et efficace de la mise en scène, visible dans ses films noirs et ses westerns.
Un art de l'énergie brutale Par Jean-François Rauger
Cinéaste prolifique, Gordon Douglas a suivi toute l’évolution du cinéma américain des années 30 à la fin des années 70, s’adaptant aux modes, acceptant parfois des travaux de commande et témoignant souvent d’un art très sûr et efficace de la mise en scène, très visible dans ses excellents films noirs, comme dans ses westerns. Gordon Douglas fait partie de ces cinéastes, à ce point liés et contraints par la production en série des studios et, au-delà, des changements de modes auquel obéit le divertissement tel qu’il était conçu à Hollywood, qu’il est très difficile de voir, dans une filmographie étalée sur plus de quarante ans, une vision ou une philosophie personnelle. Si ce n’est celles qui se déduisent d’abord d’un style et d’une écriture propre. Mais cela n’est il-pas l’essentiel, lorsque l’on recherche du cinéma l’expression de son autonomie ?
Gordon Douglas a très rarement été à l’origine des scénarios qu’il a filmés, et s’est vu contraint d’accepter les projets qu’on lui proposait. Contrairement aux artistes considérés comme tels et représentant ce que l’on appelle le style classique, il s’est souvent, opportunément, sans état d’âme, mais avec ce qui ressemble à une superbe désinvolture, adapté aux modes du moment, aussi triviales ou faussement modernes soient-elles. Il est de ceux qui ont su tirer paradoxalement profit des impasses dans lesquelles Hollywood s’engageait, notamment dans les années 1960. Le cinéma dès l’enfance
Gordon Douglas est né le 15 décembre 1907 à New York. Il débute très tôt dans le cinéma. Enfant, il lui arrive de faire l’acteur dans les films produits par des studios new-yorkais. Après le collège, il devient employé de bureau à la MGM à New York, puis figurant dans les studios Paramount de Long Island. Il rejoint Hollywood et y travaille avec Hal Roach, célèbre producteur de films comiques. Il est acteur, scénariste, gagman. Il se rend à ce point indispensable que Roach lui confie la réalisation de courts métrages burlesques, la série des Our Gang, mettant en scène les tribulations comiques d’un groupe d’enfants. Rien de surprenant dès lors si ses débuts dans la mise en scène se font dans l’anonymat du cinéma burlesque, assurément un genre où le réalisateur s’efface presque obligatoirement derrière l’acteur (ou les acteurs) et son personnage. Il restera d’ailleurs, tout au long de sa carrière, fidèle au comique et tournera régulièrement avec plusieurs vedettes du burlesque dont Laurel et Hardy bien sûr, stars de l’écurie Hal Roach (Saps at Sea-Laurel et Hardy en croisière en 1940). Il filmera aussi l’unique tentative de créer un couple Oliver Hardy-Harry Langdon avec Zenobia (Zénobie) en 1939, son premier long métrage. Il fera tourner Bob Hope (Call me Bwana) en 1963, et Jerry Lewis dans un médiocre vaudeville pop (Way Way Out- Tiens bon la rampe, Jerry) en 1966.
Une subversion des genres
On a beaucoup dit que Gordon Douglas était un cinéaste à l’aise dans ce que l’on appelle les genres, particulièrement le film noir et le western. Mais l’intérêt du cinéma de Gordon Douglas c’est aussi de démontrer à quel point la notion de genre est inopérante pour juger de la valeur d’une oeuvre, qu’elle constitue davantage un poids, une contrainte, une limitation. Dire d’un film qu’il est un bon film de genre, c’est dire qu’il est un mauvais film. C’est pourquoi, dans les bons films de Gordon Douglas, la notion de genre est fréquemment transcendée et dépassée par une manière, soit d’en contaminer les conventions par des éléments exogènes, soit de les envisager avec une sorte de dérision maniériste, soit de les déborder par une hypertrophie de violence, trois façons typiques du savoir-faire « douglasien ». On trouve ainsi, chez lui, une manière inimitable d’injecter, par la cruauté de certaines situations, une dimension fantastique ou d’épouvante dans le western.
L’atroce attente des soldats, encerclés par les Indiens et voués à une mort certaine, dans Only the Valiant (Fort Invincible) en 1951, ou dans Chuka (Chuka le redoutable) en 1967, font ainsi basculer la stricte convention westernienne. The Fiend Who Walked the West (1958) introduit une rhétorique de film d’épouvante dans le western. Certaines péripéties « baroques » de Rio Conchos (1963), comme la façade-simulacre du palais sudiste installé par Edmond O’Brien, les tortures subies par les protagonistes, le terrifiant massacre par lequel débute le film, suscitent le même sentiment. Them ! (Des monstres attaquent la ville) est, en 1954 un des meilleurs films de science-fiction des années 1950, parce que la dimension surnaturelle est ici favorablement contrebalancée par un sens instinctif de l’action pure. Le formidable Kiss Tomorow Good-bye (Le Fauve en liberté) réalisé en 1950 est un film noir, mais aussi l’histoire d’un personnage qui essaie d’échapper à l’univers du film noir. A cet égard, la structure du scénario, signé Harry Brown, fidèle collaborateur du cinéaste, en ferait presque une version sombre et désespérée de High Sierra, moins idéalisée. Comme dans le chef-d’oeuvre de Raoul Walsh, le héros est tenté de sortir de sa condition en épousant une femme de la bourgeoisie, mais ici il a la fureur animale et amorale de James Cagney et non l’aura romantique d’Humphrey Bogart. Come Fill the Cup ! (Feu sur le gang) en 1951 est moins un film noir qu’un poignant récit sur l’alcoolisme. En 1954, Young At Heart enfin, est une comédie musicale, genre où s’est peu aventuré Douglas, mais une comédie musicale atypique. La mièvrerie de la première demi-heure y cède la place, avec l’arrivée du personnage interprété par Sinatra, à une noirceur dépressive inattendue. Ainsi, à l’arrivée, Young at Heart est sans doute un des films hollywoodiens les plus authentiques et les plus conscients jamais fait sur la dépression. « Tu ne peux pas éviter d’être un brave type. Tu m’ennuies à mort », dit le personnage incarné par Sinatra au « héros positif » interprété par Gig Young. Mais il y a l’autre manière de contourner les genres, où du moins d’en relativiser ou d’en déplacer les enjeux. Les trois films tournés avec Frank Sinatra en vedette, entre 1967 et 1969, ont par exemple su parasiter le genre policier, soit par une désinvolture paradoxalement efficace comme dans les deux « Tony Rome », Tony Rome (Tony Rome est dangereux) et The Lady in Cement (La Femme en ciment), soit par une tristesse profonde teintée de critique sociale dans The Detective (Le Détective). Sylvia (L’Enquête) en 1965 réduit à néant les mécanismes de l’enquête policière au profit d’une mélancolie typique de cette époque où Hollywood est justement un peu dépressif.
Rétrospective Gordon Douglas à La Cinémathèque française - mis en ligne le 30/12/2009 par Philippe Baledent......
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