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Rétrospective intégrale de Luis Buñuel
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Rétrospective intégrale Luis Buñuel du 10 juin au 2 août 2009 a la Cinémathèque française
Luis Buñuel, auteur d’Un chien andalou et de l’Âge d’or, incarne la subversion, l’insolence, et l’exaltation de l’irrationnel propre au surréalisme. L’éloge de l’incongru, la dissolution des frontières entre rêve et réalité, la peinture de fantasmes sexuels où se mêle un regard paradoxalement naturaliste caractérisent une des oeuvres majeures de l’histoire du cinéma.
UN CINEASTE OBSESSIONNEL
Il n’en reste pas moins que Luis Buñuel fait partie des grands cinéastes ouvertement obsessionnels. On peut affirmer
sans exagération que la trilogie de la première partie de sa carrière (Un chien andalou / L’Âge d’or/Terre sans pain),
réalisée de 1929 à 1933, contient déjà les 29 films suivants. Surréaliste, Buñuel le restera toute sa vie. Lui si peu
bavard le répétait à la moindre occasion. Cette fidélité têtue à la grande affaire de sa jeunesse parisienne fait de lui
l’unique cinéaste surréaliste, le seul à avoir compris le cocktail explosif entre la puissance émancipatrice du rêve et
l’objectivité d’enregistrement propre au cinéma.
Dès ses deux premiers films, il est un cinéaste de la netteté et non du flou artistique.
C’est l’exagération proprement surréelle qui révèle un état des lieux. Prenons un exemple.
Susana la perverse, Luis Buñuel
N’est-il pas vrai que la vie en société nous empêche de nous accoupler à toute heure et n’importe où ? Ces
choses-là ne se font pas chez les êtres civilisés. Alors il suffira d’inventer le couple au désir inextinguible de L’Âge
d’or, qui copule dans la boue pendant que l’on fonde la ville de Rome, un couple que l’on sépare sans cesse mais
qui se reforme toujours, et dont la femme finit par s’exclamer : « Quelle joie ! Quelle joie d’avoir assassiné nos
enfants ! » Tant il est vrai que les enfants sont rarement le facteur le plus épanouissant de la sexualité de leurs
parents, dit-on.
Nous sommes loin, on le voit, d’une quelconque « écriture automatique » appliquée au cinéma. S’il est vain de
vouloir le séparer du mouvement surréaliste, tant ce fut la rencontre la plus féconde de sa vie, Luis Buñuel est
d’abord cinéaste, un cinéaste qui invente une nouvelle écriture naturaliste à la lumière du surréalisme. Fatalement,
le résultat ne ressemble à rien de connu et obéit à une redoutable logique.
Si Un chien andalou a fait sensation, L’Âge d’or fait violemment scandale. Ni les amis aristocrates du vicomte de
Noailles qui refusent de lui serrer la main à l’issue de la projection, ni les ligues d’extrême droite qui détruisent le
hall du Studio 28 ne s’y trompent ; eux voient bien qu’ils ne sont pas en présence d’un aimable et fumeux « film
d’artiste » mais d’un véritable brûlot qui cherche à saper tous les fondements de l’ordre établi. Avec L’Âge d’or, le
surréalisme est vraiment au service de la Révolution. Buñuel va le payer très cher. Sa mise entre parenthèses
durera vingt ans, jusqu’au triomphe de Los Olvidados au Festival de Cannes de 1951. Beaucoup le croyaient mort. |
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