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Rétrospective William Castle a la Cinémathèque française |
Producteur-réalisateur de films à petit budget, Castle signa dans les années 40 et 50 de nombreuses séries B, avant de se spécialiser dans le cinéma d’épouvante.
Pour les uns, William Castle est « un naïf qui se prend pour Hitchcock et un habile homme d’affaires qui sait rendre lucrative
ses illusions de grandeur. » (1) En revanche, dans son Dictionnaire du cinéma, Jacques Lourcelles écrit, plus justement sans
doute, que son oeuvre « mérite d’être mieux connue. »(2). L’histoire du cinéma se souvient essentiellement de lui pour la
deuxième partie de sa carrière consacrée, après 1958, au cinéma d’épouvante, abordé avec un certain humour. Castle est,
pour ceux qui connaissent son nom, un spécialiste des histoires de fantômes et des pastiches hitchcockiens. C’est aussi un
amuseur forain qui a inventé diverses attractions pour égayer l’exploitation de ses films. Pour ses détracteurs, il incarnerait une
certaine décadence du cinéma populaire et la dégringolade de celui-ci dans la parodie et l’ironie « moderne » ou « postmoderne
». Certains savent encore qu’il a été le producteur de La Dame de Shanghai d’Orson Welles et de Rosemary’s Baby
de Roman Polanski.
William Castle est né le 24 avril 1914 à New York. Il débute d’abord comme acteur de théâtre à Broadway, à l’âge de quinze
ans, en se faisant passer pour le neveu de Samuel Goldwyn. Il monte sa première pièce en 1932, une adaptation du Dracula
de Bram Stoker. Il se met à écrire des pièces pour la radio. Harry Cohn, patron de la Columbia, l’embauche comme auteurproducteur-
réalisateur. Il signe son premier long métrage en 1943 et se spécialise dans les films à petit budget, adaptés de
feuilletons radiophoniques policiers telles les séries des Crime Doctor, The Fat Man, (d’après Dashiell Hammett) et de The
Whistler, dont un des épisodes est signé William Irish.
When Strangers Marry est un film noir réalisé en 1944 avec Robert Mitchum alors débutant et Kim Hunter. Sous la houlette de
Sam Katzman, à la Columbia, entre 1953 et 1956, il réalise un nombre conséquent de films à petit budget. Des séries B
tournées en quelques jours avec des moyens dérisoires, et des stars de second plan.
DES RÉCITS CONÇUS COMME DES TROMPE-L’OEIL
En 1958, avec Macabre, il inaugure le cycle de films d’épouvante qui feront sa réputation. Castle ne s’intéresse guère aux
thèmes du gothique cinématographique classiques (à l’exception de l’excellent Mr. Sardonicus) et préfère tourner des récits de
maisons hantées et surtout de machinations diaboliques. C’est le moment où il met au point une technique à la fois originale et
primitive de marketing. Les projections étaient agrémentées par l’usage de gadgets et de trucs de fêtes foraines (fauteuils qui
vibrent, lâchers de squelettes dans les salles, compte à rebours avant la scène choc, etc.) Il faut se garder pourtant de réduire
Castle au rang d’un simple amuseur, d’un amateur d’ironies et de parodies même si la fin de sa carrière privilégiera de plus en
plus les comédies d’humour noir (Let’s Kill Uncle en 1966 ou The Busy Body en 1967 d’après Donald Westlake) ou les
étrangetés comme Shanks (1974) avec le mime Marceau !
Un certain goût pour l’inquiétant et le macabre affleuraient déjà dans certaines productions antérieures à sa période horrifique
comme l’angoisse paranoïaque qui sourd de When Strangers Marry, la caverne jonchée de squelettes et infestée de chauves
souris géantes dans laquelle échouent les héros de Fort Ti (1953), les tortures subies par Cochise (John Hodiak) dans
Conquest of Cochise (1953), par exemple. Castle fait peu appel au surnaturel.
La plupart de ses histoires décrivent des mises en scène morbides. Ce sont des fictions criminelles où les coupables font
inévitablement appel à des simulacres, à des mises en scène. Le spectacle fait ainsi partie intégrante de récits conçus comme
des trompe-l’oeil pour le spectateur comme pour les personnages. Son intérêt pour les machinations est sans doute à l’origine
de cette qualité, un goût acquis, selon Castle lui-même, à la vision des Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot. Castle est ainsi
comme les propres protagonistes de ses films, occupé à monter des stratagèmes destinés à faire peur.
INSPIRÉ PAR HITCHCOCK
Mais l’autre succès dont va s’inspirer Castle c’est bien sûr Psycho (Psychose) d’Alfred Hitchcock, réalisé en 1960, qui
engendra, comme on sait, une descendance conséquente et inégale et peut, à juste titre, être considéré comme l’oeuvre
séminale avec The Birds (Les Oiseaux) du cinéma de terreur moderne. Tout comme Hitchcock pour son film, Castle reprend
l’esthétique épuré de la télévision, le noir et blanc, la banalité des lieux d’une Amérique provinciale, des décors simplissimes,
des personnages sans qualités, souvent animés par de bas instincts et d’ignobles pulsions telles l’avidité, la peur, la frustration
sexuelle. Ce dernier état est particulièrement illustré par les personnages incarnés par Joan Crawford dans Strait-Jacket (La
Meurtrière diabolique, 1964) et Barbara Stanwyck dans The Night Walker (Celui qui n’existait pas, 1965.)
De tels partis pris semblent exprimer une volonté de stylisation consciente. Des films comme Homicidal (Homicide, 1961)
Strait-Jacket fonctionnent sur divers assemblages qui sont autant de variations sur Psycho. Castle invente d’excitantes
combinatoires narratives (le couple mère-fils du modèle devient un duel frère-soeur ou mère-fille) ou iconiques. Ainsi l’escalier,
lieu pivot de l’action, devient une figure en soi dont les possibilités plastiques et dramatiques sont ingénieusement dépliées
dans des films comme Homicidal, I Saw What You Did, The Night Walker. Le scénariste de ce dernier titre n’est autre que
l’auteur du roman à l’origine de Psycho, Robert Bloch. La scène de la douche fait l’objet d’une étonnante inversion dans I Saw
What You Did. Alors qu’un certain cinéma d’avant-garde s’est souvent enorgueilli de fonctionner comme principe de
déconstruction analytique d’oeuvres existantes, Castle, sans en avoir l’intention, a inventé une forme d’art inconsciemment
conceptuelle. Cette qualité a évidemment été déterminée par une histoire, celle du cinéma hollywoodien classique, qui arrivait à
son terme. Il y a comme un parfum de décadence et de décomposition dans le cinéma de William Castle. L’auteur d’Homicidal
est le démiurge ironique d’un monde de simulacres, fonctionnant sur la programmation mentale et la mémoire de son
spectateur, délaissant la profondeur de ses modèles pour en interroger les mécanismes.
La Cinémathèque française
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