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Entretien avec Olivier Gourmet - mis  en ligne le 20.09.2011 par Philippe Baledent.

 

Entretien avec Olivier Gourmet

 

Entretien avec Olivier GourmetComment le projet de L’EXERCICE DE L’ÉTAT est-il parvenu jusqu’à vous ?
Le producteur Denis Freyd m’a envoyé le scénario, j’étais en tournage à Lille et je me souviens l’avoir lu très vite - j’avais vu Versailles. que j’avais beaucoup aimé. J’ai rappelé Denis en lui disant que j’étais sous le charme du scénario et du personnage. Déjà un premier rôle, c’est passionnant, parce qu’on participe à la création du film du début à la fin. Et, comme je fais plus souvent des personnages appartenant à des classes sociales plus basses, jouer un ministre m’inquiétait et m’excitait à la fois. J’ai eu peur que leur choix dévie et qu’ils proposent le rôle à quelqu’un d’autre. Mais je n’ai pas fait d’essai et, à partir du moment où Denis m’a rappelé, c’était acquis.

Comment Pierre Schoeller vous a-t-il présenté le film ?
Avant de parler d’un fi lm politique, la première chose que Pierre m’a dite, c’est qu’il voulait tourner un film sur les humeurs. Il voyait L’EXERCICE DE L’ÉTAT comme un film sur la mafia, le milieu, la vitesse, l’adrénaline du pouvoir et la frustration. Cela confi rmait mon impression à la lecture du scénario : en plus d’un film qui traite de l’intérieur de la politique avec un vrai suspense, il s’agit du portrait d’un homme. Quand je l’ai vu fi ni, j’ai été très content de voir que Pierre avait réussi, à partir d’un scénario très complexe, à réaliser un fi lm aux enjeux très clairs. Pour moi, c’est vraiment du cinéma de qualité mais accessible à un large public.

Aviez-vous un modèle pour interpréter Saint-Jean ?
Pierre m’a proposé de lire Le Coût et le goût de l’exercice du pouvoir, l’ouvrage d’une jeune sociologue, Aude Harle, sur les cabinets ministériels. Je l’ai lu et j’y ai pioché des choses très intéressantes. Il m’a aussi conseillé de lire Quai d’Orsay , la bande dessinée de Christophe Blain et Abel Lanzac sur un ministre des Affaires étrangères inspiré de Dominique de Villepin.

Avez-vous côtoyé un ministre en exercice ?
Oui, j’ai demandé s’il était possible d’entrer dans le Saint des Saints et j’ai pu partager brièvement le quotidien d’un ministre en exercice. J’ai eu la possibilité de suivre Frédéric Mitterrand toute une journée. C’est toujours riche pour un acteur de sentir, d’observer et d’absorber comme une éponge. J’aime me tremper dans le jus, sans forcément poser 45 000 questions… Au Conservatoire en Belgique, on nous envoyait une journée entière observer quelqu’un avant de revenir le « rendre » sur le plateau. Je ne le fais pas pour tous les personnages que j’interprète mais dans le cas de Saint-Jean, ça me semblait nécessaire pour être crédible.

Vous êtes-vous posé la question de savoir si Saint-Jean était un ministre de droite ou de gauche ?
Ma première impression, à la lecture du scénario, était qu’il est un ministre de gauche dans un gouvernement de droite d’ouverture. Ou un centriste… J’ai demandé à Pierre, mais il ne m’a jamais répondu. Qu’on soit de gauche ou de droite, l’adrénaline du pouvoir est la même, la chimie est semblable. Dans l’enquête que Pierre m’a fait lire, la sociologue demandait aux hommes politiques de droite et de gauche quel était leur premier sentiment en découvrant les dorures de leur bureau. Tous avouent un sentiment de puissance extraordinaire. Même moi, quand on a commencé le tournage et qu’on passait devant un ministère, j’avais la chair de poule. Je me disais : « C’est la maison ! » Et la première fois que je suis entré dans le bureau, reconstitué dans un hôtel particulier, j’ai eu un frisson.

Dans une bonne partie du film, le ministre est en voiture.
Cela a-t-il entravé votre liberté de jeu ?

C’est très compliqué, je n’aime pas du tout la voiture.
On est confiné dans un espace restreint, le cadre est très précis et contraignant. Et, moi qui suis assez grand, je devais presque plier la tête. C’est difficile d’être naturel dans ces conditions, on n’est pas libre de ses mouvements et c’est très peu amusant. Je pense que Pierre écrira moins de scènes de voitures dans son prochain film ! Mais là, c’était inévitable. Le reste du temps, Pierre ne donne pas beaucoup d’indications. D’emblée, il laisse l’acteur se lancer avec son humeur du moment et rectifi e au fur et à mesure. Il précise les intentions : plus agressif, moins agressif… C’est la façon la plus intelligente de travailler.

Le fi lm a-t-il changé votre vision des hommes politiques ?
D’une certaine façon, oui. J’ai plus d’indulgence pour eux.
On a tellement l’habitude de les traiter de pourris qu’on ne se rend pas compte de leur charge de travail, qui est énorme.
Quand L’EXERCICE DE L’ÉTAT a été présenté au festival de Cannes, un critique a dit : « Le film est bien, le problème c’est Gourmet. Il défend tellement bien le ministre qu’on tombe en empathie avec lui ». Au contraire, je pense que le fi lm est juste parce qu’il ne verse pas dans la dénonciation, il traite de la politique sans casser un homme ou un parti.
Peut-être qu’il s’adresse aussi à la classe politique, afi n qu’elle se rende compte à quel point elle s’est égarée dans des chimères.


Entretien avec Olivier Gourmet pour son rôle de Bertrand Saint-Jean dans L'Exercice de l'Etat film de Pierre Schoeller

 

   

 


   

      

Entretien avec Olivier Gourmet