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Entretiens Fassbinder par lui-même - mis  en ligne le 12/04/2011 par Philippe Baledent.

 

Entretiens Fassbinder par lui-même - Je Veux Seulement Que Vous M'Aimiez

 

Je Veux Seulement Que Vous M'Aimiez, une tragédie moderne et déchirante, L'une des plus belles oeuvres de Rainer Werner Fassbinder . En salles le 20 avril 2011.

Adapté d’un fait réel, Je veux seulement que vous m’aimiez est le portrait d’un homme malaimé qui remplace le vide affectif par les preuves d’amour et les rapports d’argent. En filmant cette quête de la tendresse à une époque où les contacts humains sont corrompus, Fassbinder constate avec amertume que le miracle économique allemand s’est fait au prix des sentiments. S’il s’inspire des grands mélodrames conjugaux à la Douglas Sirk, ce chef-d’oeuvre romanesque est aussi une étude sur les origines quotidiennes de la folie, construite comme un puzzle émotionnel et traversée de flashbacks troublants. L’interprétation déchirante de Vitus Zeplichal, héros tragique inadapté socialement, renvoie à la personnalité complexe du cinéaste lui-même. Inédit en France, Je veux seulement que vous m’aimiez est un drame bouleversant sur les séquelles affectives de la croissance occidentale et l’une des pièces essentielles de l’oeuvre de Rainer Werner Fassbinder .

Fassbinder par Fassbinder

Amour

« Celui qui aime, ou qui aime plus que l’autre, ou qui est plus accroché à cet amour, ou à cette relation, naturellement, c’est lui qui est dominé. Et c’est lié au fait que celui qui aime moins a plus de pouvoir, ça, c’est clair. Parvenir à accepter un sentiment, un amour, un besoin, ça demande une grandeur d’âme que la plupart des gens n’ont pas. C’est pourquoi la plupart du temps, ça se passe de façon assez moche. Je ne connais quasiment pas de relations entre des gens, quels qu’ils soient, dont je pourrais dire que c’est une belle relation. »

Enfance

« J’ai grandi dans une famille où il n’y avait pas la moindre contrainte, où personne n’attachait une importance particulière à l’heure à laquelle je mangeais ou me mettais au lit. Les seules occasions où je ressentais de la contrainte, c’est quand on me mettait chez des voisins ou des membres de la famille, mais jamais quand j’étais avec mon père ou avec ma mère. À partir de 4 ans, on m’a laissé décider de tout. C’est pour ça que lorsqu’on m’a mis à l’école, je n’avais pas l’habitude des horaires ou des règles. J’ai toujours détesté ça. »

Habitat

« Quand je raconte des histoires de gens où je veux dire d’emblée que ça me rend triste de les voir obligés de vivre de la manière dont ils vivent, il faut bien que je montre ça d’une manière ou d’une autre. Je le fais au moyen des lieux qu’ils se sont aménagés, comme autant d’échappatoires, de lieux où ils peuvent fuir leur existence. Le cinéma est une sorte de transposition sensible d’idées qu’on s’était déjà faites auparavant, et montrer l’étroitesse de l’imagination au moyen de l’étroitesse des lieux, je trouve que c’est vraiment parfaitement logique. »

Société

« L’homme en soi est bon, bien sûr. Tout est un problème de conditionnement. Vous pouvez dire comme Rousseau que c’est la société qui l’a rendu mauvais. C’est ma façon de voir le monde. À part ceux qui s’aménagent un petit bonheur protégé dans leur coin, on vit dans un système qui ne donne pas la possibilité aux gens d’établir des contacts, de communiquer. La façon dont les différentes générations sont éduquées ne conduit qu’à cette absence de communication. Une communication réelle entre les gens serait révolutionnaire. »

textes extraits du recueil d’entretiens Fassbinder par lui-même
(G3J éditeur, 2010)


   

 


 



 

      

Je Veux Seulement Que Vous M'Aimiez