Adapté d’un fait réel, Je veux seulement que vous m’aimiez est le portrait d’un homme malaimé qui remplace le vide affectif par les preuves d’amour et les rapports d’argent. En filmant cette quête de la tendresse à une époque où les contacts humains sont corrompus, Fassbinder constate avec amertume que le miracle économique allemand s’est fait au prix des sentiments. S’il s’inspire des grands mélodrames conjugaux à la Douglas Sirk, ce chef-d’oeuvre romanesque est aussi une étude sur les origines quotidiennes de la folie, construite comme un puzzle émotionnel et traversée de flashbacks troublants. L’interprétation déchirante de Vitus Zeplichal, héros tragique inadapté socialement, renvoie à la personnalité complexe du cinéaste lui-même. Inédit en France, Je veux seulement que vous m’aimiez est un drame bouleversant sur les séquelles affectives de la croissance occidentale et l’une des pièces essentielles de l’oeuvre de Rainer Werner Fassbinder .
Fassbinder par Fassbinder
Amour
« Celui qui aime, ou qui aime plus que l’autre, ou qui est
plus accroché à cet amour, ou à cette relation,
naturellement, c’est lui qui est dominé. Et c’est lié au fait
que celui qui aime moins a plus de pouvoir, ça, c’est clair.
Parvenir à accepter un sentiment, un amour, un besoin,
ça demande une grandeur d’âme que la plupart des
gens n’ont pas. C’est pourquoi la plupart du temps, ça se
passe de façon assez moche. Je ne connais quasiment
pas de relations entre des gens, quels qu’ils soient, dont je
pourrais dire que c’est une belle relation. »
Enfance
« J’ai grandi dans une famille où il n’y avait pas la
moindre contrainte, où personne n’attachait une
importance particulière à l’heure à laquelle je mangeais
ou me mettais au lit. Les seules occasions où je ressentais
de la contrainte, c’est quand on me mettait chez des
voisins ou des membres de la famille, mais jamais quand
j’étais avec mon père ou avec ma mère. À partir de 4
ans, on m’a laissé décider de tout. C’est pour ça que
lorsqu’on m’a mis à l’école, je n’avais pas l’habitude des
horaires ou des règles. J’ai toujours détesté ça. »
Habitat
« Quand je raconte des histoires de gens où je veux dire
d’emblée que ça me rend triste de les voir obligés de
vivre de la manière dont ils vivent, il faut bien que je
montre ça d’une manière ou d’une autre. Je le fais au
moyen des lieux qu’ils se sont aménagés, comme autant
d’échappatoires, de lieux où ils peuvent fuir leur existence.
Le cinéma est une sorte de transposition sensible d’idées
qu’on s’était déjà faites auparavant, et montrer
l’étroitesse de l’imagination au moyen de l’étroitesse des
lieux, je trouve que c’est vraiment parfaitement logique. »
Société
« L’homme en soi est bon, bien sûr. Tout est un problème
de conditionnement. Vous pouvez dire
comme Rousseau
que c’est la société qui l’a rendu mauvais. C’est ma
façon de voir le monde. À part ceux qui s’aménagent un
petit bonheur protégé dans leur coin, on vit dans un
système qui ne donne pas la possibilité aux gens d’établir
des contacts, de communiquer. La façon dont les
différentes générations sont éduquées ne conduit qu’à
cette absence de communication. Une communication
réelle entre les gens serait révolutionnaire. »
textes extraits du recueil d’entretiens Fassbinder par lui-même
(G3J éditeur, 2010)