|
Comment ce projet est-il né ?
Mon film précédent, FRAGILE(S), était une histoire croisée, avec beaucoup de personnages. Pour ce nouveau projet, je souhaitais une ligne narrative plus simple. J’avais l’envie d’un duo de personnages opposés et tout à la fois complices, dans la tradition des grands films comiques français.
C’est une histoire de famille originale…
Même si je l’aborde de façon différente, la famille reste toujours un thème central dans mes films. Les histoires de famille sont propices au cinéma parce qu’elles offrent un potentiel aussi riche que complexe. Ce film-là nous entraîne aux côtés de deux quinquagénaires arrivés à un point de leur vie où ils se demandent un peu ce qu’ils doivent faire de leur existence. Ils vont se lancer à la recherche de leur fille. J’aimais l’idée d’associer ces deux personnages dans une quête. Tout les oppose sauf leur but. Il est bien sûr question de paternité, mais aussi des liens distendus et de ce qu’il est possible de faire pour rattraper le temps perdu. Ils sont à un âge où l’envie de se racheter se fait de plus en plus forte…
Vos deux personnages ont effectivement des choses à regretter…
J’ai une vraie tendresse pour les losers magnifiques. Ce sont eux qui ont le plus à raconter parce qu’ils sont en permanence dans l’échec de la quête qu’ils mènent. Au-delà de ce qu’ils paraissent, ce sont des Don Quichotte. J’aime le côté chevaleresque de ces personnages qui ne sont pas gâtés, soit parce qu’ils ont manqué de chance, soit parce qu’ils ont commis des erreurs. La solitude de leur parcours les révèle. J’aime les gens seuls, un peu misanthropes, un peu en dehors du monde, qui essaient soudain de se raccrocher à cette humanité dont ils se sont coupés. Leur côté touchant s’intègre parfaitement à l’univers de la comédie.
Comment les avez-vous définis face à Chloé ?
J’aime la maladresse, le côté décalé, perpétuellement à côté de la plaque. Je les ai souhaités émouvants, un peu enfantins. Ils ont beau avoir la cinquantaine passée, ils ont très peur de leur fille. L’idée de la retrouver les terrorise, mais ils essaient quand même. Chloé n’est pas simple non plus, elle s’invente une vie incroyable pour échapper à la réalité et briller aux yeux de son mari. Ses mensonges me touchent aussi beaucoup. Ces deux « papas » revendiquent une fille sans être certains de savoir de qui elle est. En se persuadant, en essayant de se rassurer, de se prouver, ils me touchent. Bien que le film traite du rapport père/fille, j’avais aussi envie de mélanger les genres et d’être à la fois dans une comédie très française – un cinéma que j’aime comme celui de Oury ou Veber – et une comédie sentimentale avec le couple formé par Chloé et son mari. Je voulais absolument que l’on se sente bien à la fin du film, heureux et tout à la fois déçu de les quitter…
Le choix de vos acteurs était essentiel, comment les avez-vous choisis ?
Je travaille depuis un moment avec François Berléand dont j’aime la fidélité. J’espère qu’il continuera longtemps à me faire l’honneur de me suivre! On l’a souvent vu dans des rôles d’homme cynique et un peu méchant. Mais il me semble au contraire qu’il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue quelqu’un de tendre et lunaire. Car, d’une certaine manière, il est « ailleurs ». De par son jeu très expressif, souvent assez décalé, fort d’une vraie spontanéité, il est toujours juste mais jamais comme les autres. Il a besoin de s’amuser pour se concentrer mais, trop éduqué, il ne le fait jamais aux dépens d’un de ses partenaires. Il peut chahuter mais s’arrête toujours au bon moment. Cet homme délicieux est capable de dire des horreurs hilarantes, mais toujours avec classe. C’est notre troisième film ensemble et je le connais par cœur – il me fait rire et me détend. Avec Gérard Jugnot, c’est une très belle rencontre. C’est lorsqu’il a accepté de participer au projet que je me suis rendu compte à quel point ce rôle était écrit pour lui. Tout à coup, l’évidence s’est imposée à nous deux. À l’écriture, nos désirs inconscients finissent toujours à un moment donné par ressurgir. Il me semblait logique de lui proposer ce rôle, ces mots qu’il était le seul à pouvoir dire. Qu’il s’y reconnaisse n’a fait que me conforter. Gérard, tout en étant très drôle, dégage une émotion incroyable. Il est capable d’émouvoir à travers le moindre geste. Il est de ces gens que l’on peut tout simplement poser devant la caméra et qui vous serrent le cœur – tout en vous faisant rire ! J’aime son sens de l’exigence, et sa grande délicatesse de proposer sans jamais imposer. Gérard m’a très vite donné sa confiance et je ne voulais surtout pas le décevoir !

Pour faire face à ces deux personnalités, il en fallait une autre…
Depuis longtemps déjà, lorsque je voyais ses clips, je me disais qu’Olivia Ruiz avait un vrai potentiel pour le cinéma. L’idée d’associer à François et Gérard l’espèce de fraîcheur, de candeur, qu’elle recèle, m’a très vite tenté. Je suis persuadé – et elle va le démontrer de plus en plus – qu’Olivia a un potentiel formidable. À partir de là, je n’ai plus pensé à elle comme à une chanteuse mais comme à une actrice. Pour l’éloigner un peu de l’image qu’elle s’est construite auprès du public, j’ai essayé de gommer son look de chanteuse, en lui interdisant le rouge qu’elle porte souvent sur scène, dans ses clips ou à la télé et en modifiant sa coupe de cheveux. Elle en était ravie car elle a une vraie volonté de cinéma. Cette très jolie femme, très agréable à filmer, dotée d’une grande énergie et d’une grande vitalité, a joué le jeu complètement. Chose assez rare chez une femme aussi séduisante, elle possède également un réel potentiel comique et n’a pas peur d’en jouer. Je crois qu’elle en a même très envie.
Comment avez-vous choisi l’interprète de son mari ?
Jouer Stephen, cet espèce d’archétype, beau, intelligent, riche, généreux, ouvert, n’était pas évident du tout. Le moindre excès risquait de pousser le personnage vers la caricature et l’on pouvait rire à ses dépens. Jamie Bamber a su trouver l’équilibre. Il n’avait pas peur du rôle. Il fait de ce personnage un gamin attendrissant, à la recherche d’un père de substitution. Avec une précision chirurgicale, par petites touches, avec cette espèce de retenue anglaise – irlandaise en l’occurrence puisqu’il est américano-irlandais –,il arrive lui aussi à évoluer sur cette fine ligne entre le rire et l’émotion.
Comment avez-vous défini votre style de mise en scène ?
Chaque histoire implique sa propre manière de filmer. Sur LES AMATEURS, je ne voulais absolument pas tourner caméra à l’épaule alors que j’ai adoré le faire pour FRAGILE(S). Un jour mon père viendra , je recherchais une certaine élégance visuelle. J’ai donc privilégié des plans plus fluides, en travelling, à la grue ou au steadicam, ce qui permettait de suivre les acteurs qui sont toujours en mouvement. Il y a dans ce film un côté « rêve de princesse » propre à Chloé – et je voulais un décor qui le matérialise, particulièrement au moment où le père retrouve sa fille qui, pour réaliser ses rêves, a renié son passé.
De l’écriture avec Gianguido Spinelli, mon coscénariste, jusqu’au montage du film je n’ai eu qu’une seule obsession, qu’un seul moteur, que le spectateur sorte de ce film l’esprit léger et le sourire aux lèvres. Comme après une bonne soirée entre amis en quelque sorte…
Bande Annonce de Un jour mon père viendra
|