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Je n'avais nullement l'intention
de faire des films étant jeune. Je voulais
être avocat ou physicien. Mais il y avait
ma désinvolture, incompatible avec
ce type d'études et une tradition
familiale, de mettre la nature en image.
Un arrière-arrière-arrière grand père
et son fils, respectivement, Philippe
Hermogène Calderon et Frank
Calderon, rejetons d'une vieille famille
espagnole anoblie qui comptait dans
ses rangs, le célèbre tragédien Calderon
de la Barca (LA VIE EST UN SONGE),
étaient devenus peintres en Angleterre.
Le fils dirigeait la "royal school
of animal painting". De l'anatomie
des chevaux de course, aux chiens de
chasse et aux oiseaux d'eau, rien ne leur
était étranger pour assouvir leur passion :
transcrire par la peinture le mouvement
animal et le dynamisme des êtres
vivants dans leur milieu naturel,
la campagne anglaise, du XIXe siècle
et du début du XXe.
Telle était la démarche de mes deux
ancêtres. Ce sont eux qui ont peut être
transmis à mon père devenu français,
un goût de l'image naturelle, presque
scientifique. Mon père Gérald Calderon,
banquier dans le cinéma, réalisait pendant
ses vacances des documents animaliers et
des longs métrages à caractère scientifique
pour le cinéma, produits par Pierre
Bromberger entre autres.
C'est donc dans cette atmosphère
que nous avons grandi avec mon frère
François, l'un des producteurs
de CITADELLE ASSIÉGÉE , et je dois dire que cette époque a été
déterminante pour nous, dans la mesure
où elle a fait naître en nous une passion
pour les documentaires scientifiques,
axés sur la vie sauvage et les images
de l'infiniment petit (les cellules,
les particules.)
à l'infiniment grand (les galaxies),
en passant par les fourmis !
Mon père pour les besoins d'un film
avait élevé une fourmilière dans
l'immense appartement haussmannien
où nous habitions et il n'était pas rare
de voir des colonnes de fourmis traverser
le salon où se tenaient des dîners formels,
à la grande surprise des convives.
Dans sa baignoire, il reconstituait
les débuts de la vie sur la terre
avec des maquettes.
A l'adolescence nous participions
mon frère et moi aux réalisations
de mon père pendant les vacances
scolaires dans différents pays, armés
seulement de caméras Beaulieu 16 mm.
En 1981, j'ai eu la joie d'être associé
avec l'équipe
de Gérald,autour de la méditerranée,
un personnage jouant son propre rôle :
Paltin Nottara descendant du dernier
archi-chancelier de Byzance, tout en
écrivant des mémoires apocryphes de
l'époque. J'ai abordé la frontière entre
l'homme et l'animal avec ("Washoe"),
Récit d'une expérience historique
dans les années 60 sur une chimpanzé
à qui on avait appris le langage des
signes et qu'elle avait transmis à son fils,
expérience contestée par des linguistes
comme Chomsky. Puis j'ai réalisé,
"Le Partage des Eaux", un documentaire
de 90' co-signé avec Jacques Falck,
dévoilant le rapport à l'eau vraiment
très différent qui existe, entre
la Floride du Sud et l'Egypte.
pour ce film, outre avoir coulé
en bateau dans les Everglades
au milieu des crocodiles en Floride,
nous avions filmé entre autre,
un général Egyptien hydrologue
sous Nasser, qui avant de mourir
allait visiter une dernière fois
les oasis au milieu du désert
qu'il avait contribué
à désensabler, tout en les
couvrant de barres HLM.
Avant CITADELLE ASSIÉGÉE, mes deux
derniers films furent LA GRANDE HISTOIRE
DU CERVEAU et un film sur le Général
de Gaulle à la Boisserie, co-réalisé
avec Frédéric Weber pour France 5.
La science, les comportements,
l'enfermement, la sauvagerie, la folie
collective, ces ingrédients se retrouvent
dans LA CITADELLE ASSIÉGÉE construit
comme une fiction avec les codes du film
de guerre. Ingrédients que j'avais utilisés
dans le cadre d'une soirée thématique
scientifique pour Arte, sur les insectes,
avec le film LA CITÉ DES FOURMIS.
Je travaille actuellement sur deux projets
de longs métrages, un film historique
d'après un fait divers sur le thème
de la folie collective avec l'historien
Georges Marbeck, et un film de science
fiction, tout en préparant le tournage
d'un second film animalier.
En ce qui concerne mes lectures,
les films que j'ai vu, mes centres
d'intérêt, je citerais pêle-mêle
des noms qui ont compté pour moi :
Sophocle, Platon, Kafka, Shakespeare,
Huxley, Joseph Roth, Lawrence Durell,
Proust, Faulkner, pour les écrivains,
les réflexions de scientifiques comme
Richard Dawkings (The blind
Watchmaker, The selfish gene),
Roger Penrose (The Emperor
of the mind, The road of reality),
Stephen Jay Gould, Jacques Monod
(Le hasard et la nécessité), C. Lorentz,
B. d'Espagnat, L. Cavalli Sforza.
En matière de cinéma, Ozu, Wells,
Kurosawa, Dreyer, S. Ray, Kubrick, Rossellini, Hitchcock, Rouch.
PHILIPPE
CALDERON
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