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Amat Escalante - Interview
Comment est née l'idée du film ?
Ce projet est né en marchant dans les rues de Mexico, en écoutant les gens
parler dans les bus et en observant ce qu'ils mangent, ce qu'ils jettent. Les
différences sociales et économiques évidentes dans mon pays ont créé un
déséquilibre culturel, économique et humain flagrant. Cela engendre un
désenchantement et une frustration sur une population désormais incapable de
prendre en charge son propre avenir. Ces gens ont perdu toute capacité et tout
désir de communiquer rationnellement avec les autres et particulièrement avec
leurs proches.
Qu'elle est, selon vous, l'influence des feuilletons télévisés sur les gens
les plus simples ?
Les gens, tout au moins à Mexico, regardent les feuilletons télévisés tous
les soirs et ils se mettent même à parler et à se comporter comme les
personnages de ces séries. Cela explique pourquoi la plupart des dialogues de
mon film pourraient être extraits directement de l'un de ces feuilletons, ce qui
est à la fois absurde et ridicule. Je suis convaincu que cela envahit les gens à
un degré qui échappe à tout contrôle car ces feuilletons sont généralement
porteurs d'un message fort sur le plan moral.
Votre personnage principal, Diego, a toujours l'air sur le point d'exploser,
mais il semble aussi se retenir en permanence. Pourquoi cette
attitude ?
C'est de cette façon que je vois le monde d'aujourd'hui, toujours sur le
point d'exploser, alors qu'en fait rien ne semble se passer. Il se contente
d'absorber tous les problèmes auxquels il se trouve confronté et, une fois qu'il
ne peut plus supporter cette situation, il se comporte avec une grande stupidité
sous le coup de la peur. C'est très frustrant. Il n'explose pas, parce qu'il a
trop peur de ce que pourrait engendrer une telle réaction.
Pourquoi avez-vous utilisé le Cinémascope pour filmer une histoire aussi
intime ?
J'apprécie ce format pour sa façon de remplir l'espace d'un écran de
cinéma.
J'ai découvert qu'en utilisant de longues focales en intérieur, ce format me
donnait une forte sensation de claustrophobie et en même temps, il m'offrait la
possibilité de donner une grande impression de liberté et une vision panoramique
dans les extérieurs de la fin du film, au moment où le monde semble s'ouvrir.
J'aime la façon dont ce format coupe la tête et le corps et je l'ai utilisé dans
cet esprit. Par ailleurs, il correspond parfaitement aux plans du long divan sur
lequel sont vautrés en permanence les deux personnages.
Amat Escalante
Né à Barcelone en février 1979, Amat Escalante vit au Mexico depuis son plus jeune age. Très Jeune il
se passionne pour le cinéma et réalise un premier court-métrage à 14 ans. Quelques années plus tard et
après avoir été déçu par différentes écoles de cinéma, il achète sa première caméra 16 mm et l'inaugure
en réalisant son second court-métrage, AMARRADOS. Le film remporte plusieurs prix dans des festivals
internationaux. En 2003, il commence l'écriture de SANGRE, son premier long-métrage, qu'il réalisera
l'année suivante. Entre temps, il travaille aussi comme assistant réalisateur (entre autre sur le long
métrage BATALLA EN EL CIELO de Carlos Reygadas).
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