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         Desaccord Parfait avec Antoine De Caunes


Entretien avec Antoine de Caunes pour la sortie de son film Desaccord Parfait le 8 novembre 2006

 

Comment présenteriez-vous le film ?

Entretien avec Antoine de Caunes pour la sortie de son film Desaccord Parfait le 8 novembre 2006C'est une comédie sentimentale, sur terrain anglais. Quant à résumer le film d'une phrase, c'est toujours difficile. Ce serait plutôt la question de Trenet : Que reste-t-il de nos amours? Le plus beau pitch de l'histoire des pitchs, c'est Roméo et Juliette : " Ils s'aimaient, leurs parents ne voulaient pas ". Sur DESACCORD PARFAIT, ce pourrait être: " Ils s'aimaient, leur fils n'était pas au courant ".

 

Le fond du film est touchant et sa forme est légère. Comment avez-vous construit ce mélange ?

Je pars toujours du principe qu'il faut aborder les sujets graves avec légèreté, et les sujets légers avec gravité. L'idée de ces deux personnages à l'égo puissant, qui ont vécu cette passion amoureuse, que la vie a séparés, et que la vie réunit accidentellement trente ans plus tard me touche et m'amuse. L'autre point, et c'est ce qui m'a conduit à situer l'action en Grande-Bretagne, c'est que j'adore l'humour anglais. Je me retrouve dans leur goût de " l'understatement ". Ne jamais montrer ce que l'on ressent vraiment, toujours minimiser. Affronter le pire et garder son flegme, se brûler au troisième degré et simplement faire remarquer que c'est chaud. J'adore le burlesque mais lorsque j'écris une comédie, j'ai plutôt envie de suggérer que de montrer. Et puis, il y a dans l'humour anglais quelque chose de gratuit, d'absurde, une culture du non-sens qui me réjouit.

 

Comment est née l'idée du film ?

Tout a commencé par deux rencontres et une remarque que je me suis faite. Comme tout le monde, je connais Jean Rochefort depuis des années et c'est quelqu'un pour qui j'ai de l'admiration et de l'attachement. Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion de le croiser sur le tournage de BLANCHE, le film de Bernie Bonvoisin. Il y a en lui une liberté et une fantaisie très communicatives. Je suis très sensible à son humour, à sa distance, à son ironie, à son refus absolu de tout esprit de sérieux. Il est toujours heureux de jouer tout en faisant preuve d'une inventivité permanente..

Lorsque quelques années plus tard, j'ai réalisé MONSIEUR N, Richard E. Grant y interprétait Hudson Lowe, et j'ai trouvé qu'il y avait vraiment un air de famille entre lui et Jean. Richard pouvait passer pour son fils, et cela m'a donné envie de les voir jouer ensemble. Un père français ayant un fils anglais dont il aurait ignoré l'existence. Dans un premier temps, j'ai commencé à écrire seul sur cette base. J'ai assez vite inventé le personnage de la mère repartie en Angleterre sans dire qu'elle était enceinte. Peu à peu, en travaillant l'idée, je me suis rendu compte que j'étais plus intéressé par l'histoire d'amour entre le père et la mère que par la découverte de la paternité. Et le fils s'est retrouvé un peu au deuxième plan. J'ai ensuite travaillé avec mon vieil ami Peter Stuart, le créateur d'" Eurotrash " sur Channel Four. Nous avons fait une première mouture de scénario assez masculine qui nous amusait mais ne suivait pas d'assez près Louis et Alice. Dans un deuxième temps, avec Jeanne Le Guillou, l'histoire s'est recentrée sur le couple.

 

Avez-vous impliqué les comédiens dans l'élaboration de leur personnage ?

Pour moi, le film se faisait avec Charlotte Rampling et Jean Rochefort  ou ne se faisait pas. Sans les impliquer directement dans l'écriture, je les ai donc évidemment tenus au courant des développements du scénario. Ils ont lu une première mouture et ils y ont apporté de très nombreux commentaires qui ont été pris en compte. Il est évident que lorsque vous écrivez pour deux personnalités aussi originales, cela influe forcément sur votre travail. Jean a une manière de faire sonner les mots, d'attaquer les phrases, qui teinte évidemment l'écriture. Et la réserve et le mystère de Charlotte donnent directement au personnage d'Alice un relief unique.

Le spectateur va découvrir un Jean Rochefort  différent et une Charlotte Rampling  inédite. C'est d'autant plus évident pour Charlotte qui, hormis sa participation au film de Michel Blanc, EMBRASSEZ QUI VOUS VOUDREZ, n'a jamais été un personnage central d'une comédie.

 

Comment s'est passée la première rencontre avec Charlotte Rampling ?

Dans un salon de thé, et Charlotte m'a fait exactement le coup du salon de thé dans le film. J'étais impressionné parce que je l'admire infiniment. Tant pour son élégance que pour ses choix artistiques J'étais donc anxieux de la rencontrer et je redoutais qu'elle n'ait pas envie de travailler avec moi. Elle est arrivée, son regard fatal dissimulé derrière ses lunettes fumées et après dix minutes de conversation, elle a fini par les retirer. J'étais ébloui, exactement comme lorsque le couple de personnages se retrouve trente ans après !

Quelle actrice peut, de manière vraisemblable, prétendre avoir été une icône des années 1970, être toujours une femme incroyablement séduisante et en même temps former un couple plausible avec Jean ? Il n'y a que Charlotte. Je sentais qu'entre les deux, l'alchimie serait belle. Jean incarne toute la noblesse de l'esprit français, dans le verbe, les attitudes, et Charlotte est une quintessence de la féminité anglaise, tout en maîtrisant parfaitement nos usages.

 

Quel a été votre sentiment face à Jean Rochefort ?

On sent tout de suite en lui une aptitude à tout faire, à tout tenter. Souvent, je l'ai vu faire des choses complètement aberrantes ! J'étais là, bouche bée. S'il fallait refaire de façon plus classique, il le pouvait avec la même qualité mais souvent, lorsque je découvrais les rushes, ce qui me paraissait extravagant au moment de la prise, avait soudain une logique. Je pense qu'il est un de nos rares acteurs à pouvoir se permettre cela. Si ça ne risquait pas d'être mal interprété, j'irais même jusqu'à dire qu'il fait partie d'une espèce menacée. Les écologistes devraient se mobiliser ! Techniquement, il est toujours très au point, il maîtrise son texte et travaille dans les marques. Mais, d'une prise à l'autre, il est capable de tout changer, de proposer en s'amusant.

 

Charlotte, en digne représentante de l'école anglo-saxonne, fait preuve de rigueur, de discipline et de précision. Elle est un miraculeux mélange de sensiblité à fleur de peau, d'intensité, avec en réserve un potentiel de comédie Ce sont deux méthodes de jeu très différentes. Le mélange des deux est enthousiasmant, surtout pour ce genre d'histoire où le spectateur doit croire instantanément à la vérité d'un tel couple.

 

Parlez-nous de leurs personnages.

Alice d'Abanville est une actrice de cinéma qui a connu la gloire dans les années 1970. Elle a fait un bout de chemin avec le même metteur en scène, Louis Ruinard, disons un mélange de Pialat, de Sautet et Girod. Un grand metteur en scène français, devenu institutionnel, avec trente-cinq films au compteur, respecté, admiré, une référence, mais dont le cinéma ne rencontre plus le même succès qu'autrefois! Du coup, Louis se trouve obligé de travailler avec des jeunes producteurs qui se servent de lui comme d'une carte de visite sans trop se soucier de son oeuvre. Alice fut son égérie, son inspiratrice. Ensemble, ils ont tourné cinq films flamboyants. Et puis leur histoire s'est mal terminée, au point qu'Alice a disparu du jour au lendemain. Et elle a cessé de faire du cinéma pour se consacrer au théâtre.

 

Comment avez-vous composé votre casting anglais ?

J'ai travaillé avec Sarah Beardsall, la même directrice de casting que pour MONSIEUR N. Je me suis rendu plusieurs fois à Londres, surtout pour les deux rôles importants, Randall et Evelyn Gaylord.

Je suis allé voir Ian Richardson au théâtre juste avant le tournage car il me semblait avoir toutes les qualités requises pour Evelyn. Il est racé, élégant, tendre, chaleureux et drôle. Trouver Randall - Simon Kunz - était évidemment plus facile.

J'ai longtemps cherché l'interprète de Paul, le plus complexe des seconds rôles, mais sans trouver mon bonheur en Angleterre. C'est Michael Laguens, le chargé de casting français, qui a attiré mon attention sur James. Je l'avais aperçu dans le film de Coline Serreau, DIX-HUIT ANS APRES, mais surtout sur scène, avec son dernier spectacle. James, je pèse mes mots, est tout simplement génial. Pour le rôle de Paul, il s'est avéré que c'était une excellente idée. Dans le film, il est utilisé a minima, comme un acteur classique. C'est un acteur très physique, très inventif, très bizarre. Comme pour Jean voilà quelques années, j'ai maintenant envie d'écrire pour lui.

 

Isabelle Nanty Et Isabelle Nanty ?

Pour le rôle de Rageaud, il me fallait une comédienne française, pétillante, dotée d'une vraie personnalité, capable d'incarner l'assistante dévouée de Jean.  Isabelle Nanty était vraiment celle qu'il fallait. Dans le rôle, elle est parfaite en petit soldat toujours disponible. Elle éprouve une vraie tendresse et beaucoup d'admiration pour Louis.

 

Qu'avez-vous ressenti le premier jour de tournage ?

J'étais mort de trac en amont, avant, pendant, après ! Je travaille beaucoup avant le tournage et quand j'arrive sur le plateau, je sais exactement ce que je vais faire. Mais tout le film dépendait de l'intensité qu'il y aurait entre Jean et Charlotte.

Je crois qu'ils étaient tous les deux aussi inquiets que moi. Jean se dissimule souvent derrière ses traits d'esprit pour cacher sa fragilité et sa sensibilité. Charlotte ne l'avouait pas non plus mais lors du premier plan tourné, lorsqu'elle va le retrouver à l'hôtel trente ans après, elle tremblait tellement que je suis allé la voir entre deux prises - persuadé qu'elle jouait - pour la complimenter d'arriver à jouer ainsi la situation. Et elle m'a répondu qu'elle était morte de trac ! Je trouve très émouvant et très rassurant que des acteurs de cette dimension, avec un tel métier, gardent une telle fraîcheur sur un plateau.

 

Qu'aimez-vous le plus sur un plateau ?

Le tournage est un moment de concentration, d'invention, un exercice mental et physique dont je ne me lasse pas. On accouche de quelque chose qu'on a imaginé. Les images que l'on a vues dans sa tête pendant des mois se concrétisent tout à coup, les personnages s'incarnent. C'est  que j'aime vraiment.

Je suis fidèle à ceux avec qui je travaille depuis le début. Le cinéma est définitivement un travail d'équipe. J'ai besoin de collaborer avec des gens qui comprennent ce dont j'ai envie et m'aident à le faire venir. Il y a entre nous une vraie complicité qui nous permet de travailler dans une bonne ambiance.

 

Pourquoi avoir choisi l'Angleterre ?

Tout simplement parce que j'aime ce pays ! J'y vais depuis que j'ai dix ans. J'ai grandi dans la culture pop de l'après-guerre avec une nette prédilection pour l'Angleterre plutôt que pour les Etats-Unis, parce que je suis très sensible à son humour, à sa littérature et à sa musique évidemment. J'adore travailler avec les Anglais. J'en ai eu la confirmation avec MONSIEUR N, mon précédent film. J'ai travaillé très longtemps à la télévision anglaise. Le mélange français et anglais est très riche et peut déboucher sur des choses passionnantes. La France et la Grande-Bretagne sont deux univers différents, qui, aussi proches soient-ils, sont à des années-lumière l'un de l'autre. Les Anglais sont ailleurs. Comme le dit Louis : " Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, et les Anglais viennent d'Angleterre ".

 

Comment avez-vous utilisé ce choc culturel ?

Louis est perdu en Angleterre. Il ne parle pas la langue et ne saisit pas leur façon de fonctionner. Il ne comprend rien et on ne le comprend pas, alors qu'il souhaite y faire un film. Il est en complet décalage. C'est une situation qui sous-tend toute l'intrigue et les rapports avec ceux qu'il rencontre ou retrouve.

 

Y a t-il une scène que vous préférez ?

Je me suis régalé à l'écriture de la scène du dîner. Elle a été resserrée au montage parce qu'elle arrive en fin de film et qu'on n'a plus qu'une envie, c'est de savoir si les deux personnages vont se retrouver ou non.

Je manque de recul mais aujourd'hui, je crois que ma scène préférée dans le film est celle où Louis s'imagine condamné, son film arrêté, et que Charlotte  vient à la fois lui faire part de sa compassion et lui dire adieu.

 

La musique a une part importante dans votre film. Pouvez-vous nous en parler ?

Au départ, j'avais en tête une mélodie de Burt Bacharach, le genre de musique qu'Alice et Louis auraient pu écouter à l'époque. J'ai longtemps pensé à la chanson " This Guy Is In Love ", comme une indication d'humeur dont j'avais envie. Le pianiste d'Elvis Costello s'y est collé et a écrit une partition magnifique. L'enregistrement a eu lieu dans les studios mythiques d'Abbey Road. J'aime travailler avec des musiciens peu coutumiers de la musique de film, ils apportent souvent beaucoup de fraîcheur. Steve a réussi à conjuguer l'esprit de la musique Brit-pop et d'une vraie partition de musique de film orchestrée.

 

Nous avons aussi Boy George qui vient faire crooner une cérémonie qui n'est pas sans rappeler celle des Oscars ou des César, mais qui est surtout un clin d'oeil à celle des BAFTA Awards, l'équivalent anglais, qui jusqu'à une période récente, se déroulait dans un music-hall de manière extrêmement bon enfant. Boy George se fait sortir de scène par Jean qui, lui-même, prend le micro pour interpréter une version assez kitch de « Boum » de Trenet.

 

L'un des autres éléments " datés " du film est le générique...

Le but était d'expliquer l'histoire d'amour entre Louis et Alice. Pour recréer ces clichés des années 1970, nous avons travaillé à partir d'éléments que nous avons recomposés. Ce montage s'achève sur le légendaire cliché de Charlotte  par Helmut Newton.

 

Et vous, que faisiez-vous en 1975 ?

Je crois que j'écrivais un livre sur Magma. J'étais assistant réalisateur de Michel Parbot au département télévision qu'il venait d'ouvrir à l'agence Sigma. Auparavant, j'étais grouillot, je développais les négatifs et je classais les diapos, espérant devenir un jour reporter-photographe. Je le suis d'ailleurs devenu le temps d'un reportage,juste assez pour me rendre compte que ce n'était pas vraiment ce qu'il me fallait !

 

Filmographie Antoine De Caunes

 

2006 Désaccord parfait de Antoine de Caunes

2006 Un ami parfait de Francis Girod

2003 Clés de bagnole de laurent baffie

2003 Monsieur N de Antoine de Caunes

2002 Blanche de Bernie Bonvoisin

2001"Lucky Luke"(Voix) Olivier Jean Marie 

2000 Vélo de Ghislain Lambert de Philippe Harel 

2000 Là-bas... mon pays de Alexandre Arcady 

2000 Morsures de l'aube de Antoine de Caunes

2000 T'en as? de Antoine de Caunes

1999 Chili con carne  de Thomas Gilou 

1999 Au coeur du mensonge de Claude Chabrol 

1998 L'Homme est une femme comme les autres

1997 La Divine poursuite de Michel Deville

1997 C'est pour la bonne cause de Jacques Fansten

1996 Les Deux papas et la maman de Jean-Marc Longval, Smaïn

1999 Pentimento de Tonie Marshall 

 

          

 

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