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Pourquoi avez-vous choisi d'adapter
un roman d'Emmanuel Bove intitulé Le Pressentiment
pour la réalisation de votre premier long
métrage ?
Peut-être parce que ce livre, que j'ai
lu il y a vingt ans, est resté imprimé en
moi depuis. J'avais gardé le souvenir d'un
récit assez mystérieux, hanté d'éléments
troublants comme, par exemple, la façon
dont les personnages évoluent, et notamment
le héros qui parvient à s'abstraire du réel
dans le sens où il ne vit pas la situation
qui existe autour de lui. Il est comme sur
une scène de théâtre, il y circule sans
être apparemment concerné par le monde.
Pour moi, la problématique traitée par Emmanuel
Bove est la manière dont on ne parvient
pas à comprendre, à maîtriser son existence.
Pourquoi cette problématique vous a-t-elle
spécialement touché ?
Parce que je ne me sens pas totalement
impliqué dans la vie. J'essaie toujours
de rester dans un état d'affranchissement
d'une codification trop élaborée de notre
société où tout est trop standardisé, dans
laquelle il faut essayer de correspondre
au schéma qu'on a tenté de vous inculquer
et de m'inculquer. C'est pour cette raison
qu'il y a à la fin du film une réplique
écrite à propos du personnage que je joue
: « Il était quand même un peu spécial ».
Cette phrase je l'entends souvent à mon
propos.
Vous avez écrit le scénario avec Valérie
Stroh, comédienne et réalisatrice, pourquoi
?
Je n'ai jamais pensé écrire seul. Je
trouve bien de se confronter au point de
vue de quelqu'un. Les idées naissent souvent
du dialogue avec l'autre, de la façon dont
on accueille quelque chose auquel on n'avait
même pas pensé soi-même, comment ça nous
fait rebondir et réagir. Avec Valérie Stroh,
nous avons commencé par lire et relire le
roman pour dégager les scènes qui nous paraissaient
essentielles au déroulement de l'intrigue.
Puis nous avons fait un travail d'adaptation
à notre époque. Nous avons donc changé les
caractères des personnages et certaines
situations. Nous avons également développé
la fin, qui dans le livre tient en quelques
lignes, pour laisser naître toute une fantasmagorie,
et une possibilité de rédemption des personnages.
La fin est donc devenue autant fantasmée
que réelle. C'est une mise en parallèle
de la rêvasserie du personnage à travers
ses pertes de conscience, avec une réalité
probable, possible. Tout finit par se confondre
et laisse au spectateur plusieurs possibilités.
C'est-à-dire ?
Le fait que le spectateur ne sache plus
vraiment s'il est dans la réalité ou non,
rejoint le propre du déroulement du film,
car le héros s'abstrait aussi du réel bien
que le réel cherche toujours à le rattraper
et à le rendre objectif. Or ce personnage
ne cherche qu'à être subjectif. Il veut
être son propre sujet. En ça, Le
Pressentiment
est un film sur une tentative de désaliénation,
une recherche de libération du fonctionnement
de tout ce qui peut vous enfermer inconsciemment
ou consciemment dans des schémas. Et si
ce sujet m'a, comme ça, tenu sans que je
le sache pendant si longtemps, si j'y suis
revenu, je pense que c'est aussi parce que
c'est un sujet sur le déclassement que j'ai
vécu dans ma vie et à travers mon métier.
Etre acteur m'a amené à savoir vraiment
ce que c'est que d'être issu d'un milieu
et d'aller vers un autre. Moi aussi j'ai
changé de classe sociale, j'ai vécu un processus
d'ascension sociale, et je ne savais pas
ce que j'allais y gagner. Le héros du Pressentiment
vit le contraire. Il sait ce qu'il abandonne
en allant dans une classe socialement moins
riche. La vie est tellement différente quand
on vit dans la protection et le confort,
a contrario elle est plus dure, plus âpre
pour tout. La beauté par exemple fait que
l'existence est beaucoup plus simple, aimable,
reposante. Quand vous habitez dans un lieu
avec une vue magnifique vous êtes déstressé
assez naturellement, en communion avec le
monde alors que lorsqu'on nage au milieu
de la vulgarité, c'est beaucoup plus difficile
de se dépêtrer de ses aliénations. Donc
en se déclassant volontairement, le héros
du Pressentiment
est un véritable aventurier.
C'est aussi un personnage qui refuse
de vivre selon son époque. Il n'a ni téléphone,
ni ordinateur.
Le roman est écrit à une période où tout
cela n'existait pas et dans la mesure où
le héros lâche sa vie, il lâche aussi son
époque. Et puis c'est d'abord un personnage
qui n'a pas envie qu'on l'emmerde.
Pourquoi avoir déterminé physiquement
votre personnage avec des cheveux et une
barbe ?
Il y a plusieurs raisons. D'abord parce
que c'est la première fois que je réalisais
un film et que lorsque je me suis décidé
à jouer le rôle, ce qui n'était pas prévu
au départ, l'idée de devoir me confronter
à mon visage des milliers de fois lors des
visionnages des rushes puis du montage était
plus vivable si je me reconnaissais moins.
Ensuite son origine bourgeoise m'a fait
lui mettre des cheveux.
Les bourgeois ont des cheveux ?
Oui. Même si les frères de mon personnage
n'en ont pas trop. Enfin la barbe et les
cheveux masquent un peu mon héros, il se
donne moins facilement. Son coeur qui palpite
dans sa main et qu'il offre aux gens est
plus mystérieux s'il est camouflé derrière
une masse de cheveux que sur un visage ouvert
d'entrée de jeu. Il y a quelque chose de
plus trouble avec un crâne fermé et un visage
camouflé.
De même il est le seul à porter une veste
et une chemise pendant tout le film.
Ce sont les restes de son éducation.
Et comme son propos n'est pas de renier
sa famille ni ses origines, il trouve ça
très bien d'avoir un costume et une chemise.
C'est un homme élégant et qui tient à son
élégance. Son attitude, ce retrait du monde sont une
démarche de dandy. Il cherche à se démarquer,
s'il portait un jean et un T-shirt il aurait
aussi un portable et un ordinateur, or il
est plutôt vieux jeu. Il est aussi nostalgique
d'une certaine beauté, d'un certain esthétisme,
d'une sophistication qu'il lâche certes
mais dont il est toujours imprégné. Il ne
fait pas trop de fautes de goût et même
si son appartement est dépouillé, il n'utiliserait
pas d'objets trop laids. Il faut qu'il y
ait de la noblesse dans les éléments qui
l'entourent, même si la noblesse il la voit
finalement là où, en principe, on ne la
voit pas, même si pour lui la noblesse n'est
pas hiérarchisée.
Ce personnage pourrait-il être le personnage
vieilli que vous incarniez dans MES MEILLEURS
COPAINS de Jean-Marie Poiré, avec ce même
recul, ce même détachement sur les préoccupations
matérialistes ?
Le Pressentiment
se termine sur : « Il
n'y a pas mort d'homme ». (La réplique culte
dite à plusieurs reprises par son personnage
de Mes Meilleurs copains était : « Tant
qu'il n'y a pas mort d'homme »).
C'est fait exprès sans le faire exprès
parce que Valérie Stroh, qui a écrit cette
dernière réplique, l'a fait sans connaître
MES MEILLEURS COPAINS. Donc quand elle m'a
proposé ce dialogue, ça a fait immédiatement
tilt dans ma tête. J'ai hésité à le garder,
par pudeur, puis je me suis dit que finalement
c'était un raccourci formidable. Et si ça
fait une petite complicité, un clin d'oeil
avec le spectateur, ce n'est pas plus mal.
Car ces deux personnages possèdent effectivement
le même décalage, ils ne cherchent ni l'un,
ni l'autre, à imposer quoi que ce soit aux
autres. Du coup ils se retrouvent être inquiétants
pour les autres !
Comment s'est fait votre passage à la
mise en scène ?
Concrètement l'histoire est assez simple.
J'ai voulu réaliser depuis que j'ai débuté
en tant qu'acteur. Quand j'étais au Conservatoire
mon professeur Marcel Bluwal m'avait dit
un jour : « Toi, tu finiras metteur en scène
». Mais je me suis longtemps considéré comme
illégitime pour exercer ce métier-là, à
cause sans doute d'un complexe issu de mes
origines plus que modestes, très pauvres,
ouvrières, incultes, sans aucune revendication
artistique. Il n'y avait pas un livre chez
moi. Je ne me sentais donc pas le tempérament
de la revendication de la parole. Or être
réalisateur, c'est être porte parole de
quelque chose en général. Et moi je ne trouvais
pas au plus profond de moi la légitimité
que le monde m'appartenait suffisamment
pour pouvoir prendre une part de pouvoir.
Il y a des gens pour qui c'est naturel,
pour moi ça ne l'est pas. Je suis plutôt
empêtré avec la parole, avec le langage.
Qu'est-ce qui vous a finalement décidé
à interpréter le rôle principal ?
Au départ, cela m'embêtait de jouer le
rôle. J'avais envie de ce dialogue, de cette
collaboration avec un acteur qui allait
m'apporter son regard sur ce personnage
principal. Et j'avais envie aussi de lui
faire comprendre le mien. Et puis les gens
qui lisaient le scénario me voyaient jouer
ce rôle, mais j'ai mis du temps à m'autoriser
à l'incarner.
Pourquoi démarrer le film par un gros
plan sur le héros ?
Ce n'est pas un hasard si je commence
par ce plan, c'est pour que l'on comprenne
dès le début qu'on va être dans la tête
de ce personnage. C'est de cela dont il
s'agit. Il faut donc un gros plan avec une
voix off. J'aime les voix off, je trouve
que cela participe du lien concret avec
les spectateurs. Ici la voix off est double,
c'est une voix intérieure, c'est-à-dire
les commentaires spontanés du héros sur
ce qu'il observe, et c'est aussi le résultat,
le contenu du livre qu'il écrit.
Un peu comme dans les films de Jean Renoir,
ici, chaque personnage a ses raisons pour
agir de façon plus ou moins généreuse. Vous
avez ainsi consciemment voulu éviter tout
angélisme ?
Chacun est dans sa bonne volonté. Je
pense que c'est dans la nature profonde
du livre. Emmanuel Bove a une certaine cruauté
dans sa description de l'humanité même s'il
a beaucoup d'amour et beaucoup de tendresse.
Il n'a pas de jugement sur ses personnages,
ils sont naïfs quant à leur bonne volonté.
C'est ça qui les caractérise, la bonne volonté.
C'est comme dans la vie, personne ne se
prend pour quelqu'un de mauvais. Personne
ne va penser qu'il est un horrible individu.
Je ne connais pas un seul bourgeois qui
pense qu'il est un sale type et je ne connais
pas un seul prolo qui pense qu'il est une
ordure. Dans le fond, les gens font au mieux
et sont souvent tout à fait braves. Ils
font avec ce qui leur est donné et quand
ils sont méchants cela leur parait tout
à fait légitime. C'est la moindre des choses.
Le film essaie d'être dans cette réalité-là,
que les gens n'ont pas conscience du mal
qu'ils peuvent faire parce que d'abord le
mal qu'ils font est tout à fait relatif,
c'est du mal innocent, c'est ça qui est
cruel. C'est l'innocence même qui fait du
mal, la non conscience, la non façon de
se mettre à la place de l'autre. Ca peut
déclencher des paranoïas, on finit par s'imaginer
qu'il y a des gens qui ont une volonté de
nuire, mais n'importe qui, qui a une volonté
de nuire, c'est pour le bonheur de l'humanité
dans sa tête. Le mur est très mince entre
le bonheur et l'enfer, il suffit de peu
de chose. Ainsi dans le film, certains personnages
sont totalement rachetés à la fin alors
qu'au début ils sont odieux, mais si ils
le sont c'est parce qu'ils sont en but avec
leurs propres problématiques, leurs types
d'éducation, leurs rigidités, bref, ils
font les choses absolument au mieux. Le
héros du Pressentiment par son attitude
en creux, révèle ça, révèle la stupidité
des autres, leurs limites. Et les personnages
principaux des romans d'Emmanuel Bove sont
souvent des personnages très décevants pour
les autres, qui n'apportent pas ce qu'on
attend d'eux, et c'est ça qui est délicat
à transformer sur le plan cinématographique.
Il y a plusieurs séquences consacrées
à Paris, qui devient un personnage à part
entière. Pourquoi ?
Les passages dans Paris n'existent pas
dans le livre. Ce sont des visions personnelles
élaborées lors de l'écriture du scénario
pour y mettre des sensations intimes. Je
pense qu'il est arrivé à beaucoup de gens
après une nuit désastreuse et triste de
voir le soleil se lever sur les quais. Par
ailleurs, les personnages du Pressentiment
sont dans leur errance et celle du héros
est importante. Emmanuel Bove, dans un autre
de ses romans, écrivait que Paris est une
des seules villes au monde où il est bon
d'être malheureux, le bonheur n'y est pas
nécessaire. Et le propre des personnages
de Bove, c'est leur malheur tranquille,
savoir qu'il y a toujours en soi une palpitation
que l'on ne commande pas et qui peut s'arrêter
à tout instant. On a tous en nous ce savoir
qu'il y a des choses qu'il va falloir abandonner
à un moment donné. Pour cette raison, le
héros du film va totalement dans l'abandon,
vers le lâcher prise. Et en lâchant tout,
il n'est plus dans le jugement, il n'a plus
de position à défendre, ni de hiérarchie,
il peut être aussi bien piéton, cycliste,
paysan, grand bourgeois... Il essaie de
ne plus avoir d'étiquette. Et échapper aux
étiquettes quand on est acteur c'est quelque
chose de très important.
Vous avez aussi travaillé ce premier
film en y mettant des symboles, comme les
inserts sur les pigeons...
C'est une image que j'avais envie de
voir dans le film : des pigeons qui se disputent
un bout de pain. Les pigeons pour moi correspondent
à quelque chose d'assez morbide. Ils représentent
une multitude. C'est un animal qui vient
vivre en ville, qui est nourri sans trop
savoir pourquoi par la société en récupérant
des choses à droite à gauche. En même temps
c'est un oiseau, c'est libre, c'est pour
ça que dans le film il y a des tas d'oiseaux,
des oiseaux empaillés, des perruches...
On entend aussi beaucoup de chants d'oiseaux
dans le film qui se déroule en été. Or l'été
quand les fenêtres sont ouvertes, on entend
les martinets. C'est formidable de voir
des vols de martinets quand on est à Paris,
de regarder comme ils s'amusent.
Y a-t-il d'autres détails personnels
auxquels vous avez tenu ?
Il y a le rapport à la peinture, qui,
si on ne le voit pas, du moins on en parle.
C'est une référence importante dans ma vie,
je vais voir de nombreuses expositions,
j'ai des tas de bouquins sur la peinture
chez moi, j'en ai fait et j'ai bien l'intention
de peindre encore.
Avez-vous alors été particulièrement
attentif aux décors, aux couleurs de votre
film ?
Il fallait créer de la « non volonté
», un non choix dans l'appartement où le
héros désormais va vivre. Et ce n'est pas
si simple. On est donc parti sur la base
que mon personnage n'avait rien refait dans
son appartement si ce n'est mettre des étagères
pour empiler ses livres. Il n'a pas vraiment
choisi l'endroit où il va habiter, il s'est
soumis au hasard. Il n'a pas voulu intervenir.
Il n'a aucune exigence en la matière. Il
tient juste à simplement être accueillant
et indulgent. Or l'indulgence est une valeur
qui m'est très personnelle. L'exigence c'est
bien mais l'indulgence je trouve ça mieux.
C'est une valeur de vie. Je suis assez exigeant
sur l'indulgence !
Qu'est-ce que cette première réalisation
vous a révélé ?
D'abord j'ai compris que réaliser était
un métier de grande solitude. On est vraiment
seul par rapport à la vision qu'on a des
choses, par rapport à la responsabilité
du dosage des différents éléments du film.
Et même si l'on bénéficie de la confiance,
des réflexions et des compétences de tout
le monde, il y a quand même des moments
où l'on est très seul vis-à-vis de ses choix,
mais c'est aussi ça qui est vraiment passionnant
par rapport au métier de comédien. Je vois
bien que je n'aurais pas pu réaliser autrement.
Quand je regarde le film, je suis assez
content. Il y a la fluidité que je pressentais
et souhaitais dès le découpage. Il me semble
qu'on ne remarque pas les mouvements de
caméra et pourtant il y en a pas mal, ça
bouge assez. Il y a une espèce d'abstraction
de la mise en image qui me plait.
Vous avez consulté des réalisateurs comme
Robert Guédiguian pour la réalisation ?
Non. Pas du tout. Mais j'ai croisé un
jour, complètement par hasard, Jacques Audiard,
alors que j'attaquais le montage, il m'a
dit : « Ah oui, tu en es là, c'est le moment
où l'on se dit : ah ce n'est que ça ». Ça
correspondait exactement à ce que je ressentais
au regard de mes rushes.Ça m'a rassuré.
J'ai pu continuer. J'ai fait un premier
montage de deux heures cinq, alors qu'aujourd'hui
le film fait une heure quarante. Je coupe
assez facilement, peu importe si une scène
est formidable, si elle ne va pas exactement
au sein du film, je l'enlève sans état d'âme.
Je n'ai pas d'attachement particulier avec
ça. Ce qui compte ce sont les signes que
l'on envoie pour faire comprendre la narration.
Et aujourd'hui ?
Je suis dans l'attente, dans l'accueil
et la curiosité même des gens qui vont être
réfractaires ou pas au film. Emmanuel Bove
a eu toute sa vie affaire à ça, à des gens
qui adhéraient à son travail et d'autres
qui trouvaient honteux d'écrire ce qu'il
écrivait. Donc je ne vois pas pourquoi mon
film susciterait des réactions différentes.
D'ailleurs à la lecture du scénario certains
me disaient : « C'est trop sinistre ». Il
y a aussi des gens que cela remet trop profondément
en cause dans leur attachement au fonctionnement
de la société et dont l'attitude est dans
le rejet. Donc je m'attends à ce qu'il y
ait cela à l'arrivée, c'est dans la nature
du sujet. Au Conservatoire Antoine Vitez
nous disait tout le temps : « Si vous faites
des oeuvres faites des oeuvres qui divisent.
» C'était son credo. Ce qui n'est pas du
tout dans l'époque. A l'heure actuelle c'est
le contraire, tout le monde cherche à rassembler.
Mais je suis d'accord avec Vitez, il faut
faire des choses qui divisent, qui perturbent
profondément.
C'est un film pessimiste ou optimiste
?
Les deux. C'est optimiste dans la mesure
où on parle de quelqu'un qui est dans la
rupture, et la rupture c'est un nouvel élan.
Mais c'est pessimiste dans la mesure où
c'est une impasse aussi, où cet élan n'est
pas relayé, et même s'enferme sur lui-même.
En même temps le film finit sur quelque
chose de vital, il y a cette tranquillité
de se dire que tout ça n'est pas grave.
Et puis mon personnage arrive quand même
à écrire, même s'il patauge un peu, même
si c'est un oisif profond, il n'a comme
volonté que d'écrire des poèmes qui ne seront
lus par personne. Est-ce que l'existentialisme
c'est pessimiste ou optimiste ? Difficile
à dire. Moi je pense que mon héros est un
existentialiste.
Comme vous ?
Oui, j'imagine. Et un expérimentaliste
aussi, ce qui va avec. Je fais en permanence
des expériences sur la vie, les rapports,
la construction d'une parole.
Et que vous a permis cette nouvelle expérience
?
De constater, de me dire que ma cohérence
a fini par produire, par faire exister quelque
chose. J'en retiens aussi que prendre des
risques dans la vie, c'est ainsi que l'on
avance.
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