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Entretien Parlez-moi de la pluie avec Pascale Arbillot

Entretien Parlez-moi de la pluie avec Pascale Arbillot Comment êtes-vous arrivée sur le projet de PARLEZ-MOI DE LA PLUIE ?
Je crois qu’Agnès Jaoui m’a vue au Théâtre de l’Atelier dans «Adultères» de Woody Allen. J’ai passé un premier essai avec elle, puis un autre avec elle et Jean-Pierre Bacri. Elle a mis un mois avant de me dire qu’elle m’avait choisie. Et ça m’a fait un choc.

Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario ?
J’ai tout de suite pensé à Tchekhov et je n’ai pas arrêté de bassiner Jean-Pierre et Agnès avec ça : «C’est du Tchekhov !» Tout en étant ultra construit, le scénario de PARLEZ-MOI DE LA PLUIE est extrêmement elliptique et impressionniste, sans coup d’éclat dramatique. On prend des gens en cours d’existence et on déroule tout ce qu’il y a autour, comme un scanner de leur vie et de leur époque, en s’appuyant sur des petites choses impalpables et un non-dit que l’acteur doit essayer d’exprimer. Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui parlent de choses humaines qu’ils connaissent. Je pense qu’ils observent énormément les gens. Je me souviens que je me forçais presque à ne pas me raconter trop de choses sur mon personnage. Je voulais simplement bien apprendre mon texte et me laisser porter par lui, par la direction d’Agnès et le rapport aux autres acteurs. C’est en jouant que j’ai découvert combien Florence se sentait si peu en confiance, si peu aimée. Pour reprendre l’expression de Karim, elle souffre de «l’humiliation ordinaire»... Qu’est-ce qui nous humilie le plus : les autres ou nousmêmes ? Qui est responsable ? PARLEZ-MOI DE LA PLUIE pose des questions extrêmement universelles et traite de sujets beaucoup plus profonds qu’il n’y paraît. Il parle de la politique, de la religion, de la liberté de la femme... Dans un même espace-temps, on voit deux soeurs qui représentent deux pôles opposés de la féminité. L’une a des enfants et un mari, est femme au foyer ; l’autre travaille, n’a pas d’enfant, est célibataire. Et puis il y a Mimouna, apparemment l’esclave et l’humiliée... mais l’une des choses qui m’a le plus bouleversée, c’est que c’est elle qui fait un choix à la fin du film. Et si c’était elle, la plus libre des trois ?

À la fin du film, votre personnage est celui dont l’avenir semble le plus fermé, le moins tendu vers un apprentissage de la liberté...

Effectivement, Florence a envie de changement mais dès qu’il s’agit de passer à l’acte, elle fuit en courant. Quand elle dit que Stéphane est faible et a besoin d’elle, c’est pour se justifier de ne pas partir vers l’inconnu que représente Michel. Elle ne veut pas quitter ses enfants, elle ne veut pas détruire cette vie qui la rassure. Mais ce n’est pas seulement un non-choix. Je pense que profondément, elle n’a pas envie de changer sa vie. Ce qu’elle trouve dans le film, c’est peut-être un instant de complicité avec sa soeur. Florence n’a rien gagné dans cette tranche de vie mais deux ans plus tard, je ne suis pas sûre qu’on la retrouverait plus malheureuse que les autres. Je ne la sens pas condamnée. Florence fait peutêtre aussi partie de ces gens qui trouvent un équilibre dans leur douleur, s’en nourrissent. C’est aussi ça que raconte le film, qui est un miroir parfois douloureux de nos vies.

Comment s’est passé le tournage ?
Je ne saurais pas dire exactement pourquoi je suis comédienne, mais quand j’étais sur le plateau avec Agnès Jaoui, je me disais : «Je veux bien faire ça toute ma vie !» On était au service d’un texte construit au mot près et entourés de gens ultra compétents, on faisait un travail exigeant sans être «prise de tête». Il y avait une forme de douceur, de concentration et d’amusement. Je me suis vraiment sentie au service de quelque chose de plus grand que moi, et c’est très agréable. Avec un abandon total dans le regard du metteur en scène. Agnès Jaoui fait une confiance absolue à ses acteurs et le leur montre. C’est déjà 50% du travail qui est fait. J’arrivais le matin et si je ramais sur une scène, je savais que je finirais par y arriver puisqu’Agnès avait la certitude que ça allait arriver ! Agnès voit tout de suite la manière de dire les mots, elle comprend tout de suite pourquoi on se bloque, certainement parce qu’elle est actrice, mais avant tout parce que c’est une très grande connaisseuse de l’âme humaine, et Jean-Pierre Bacri aussi. Leur manière de travailler ensemble est tellement naturelle que je ne sais pas exactement comment elle fonctionne.

En le titre du film ?
J’adore ce titre parce qu’il se passe de commentaire et d’explication, comme la musique. PARLEZ-MOI DE LA PLUIE ça sonne, j’ai envie d’aller voir un film qui s’appelle ainsi ! Et puis ça me rappelle Woody Allen, qui aime filmer les gens sous la pluie car ce sont dans ces momentslà que les gens se rapprochent, se disent des choses, se collent sous les porches... La pluie crée une intimité immédiate, visuellement, dramatiquement. La pluie a un caractère hypnotique, elle évoque la vie qui passe... Elle peut aussi être gaie. À la fin du film, elle permet à Michel et la mère du copain de son fils de se retrouver sous un parapluie. Et qui sait...

Quelle a été votre réaction en voyant le film ?
J’ai été surprise. De la même manière que j’ai eu envie de relire le scénario après l’avoir lu la première fois, j’ai l’impression que je ne pourrai pas me contenter d’une seule vision du film ! Généralement, je déteste me voir à l’écran. Revenir ainsi sur mon travail me laisse une impression presque morbide. Là, c’est la première fois de ma vie que je ne me suis pas vue moi-même, que je n’ai pas regardé d’autres acteurs que je connaissais. J’ai vu des personnages coulés dans une histoire. J’ai ressenti le film physiquement.



 



 

      

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